20 mars 16

France/Guyane - Flashback : Annemasse, septembre 2008

Il est toujours intéressant de capitaliser sur une expérience de mobilité internationale ou ultramarine en la resituant dans un contexte plus général ou sociologique. En effet, l'historique de ce blog présente notamment une expérience personnelle et professionnelle d'un an en Guyane française...or, pour un métro lambda n'ayant pas beaucoup voyagé avant 2007, cette expérience est forcément assez intense, car le territoire guyanais offre beaucoup de "nouveautés" par rapport au bassin lémanique. Or, ma connaissance de la Guyane, avant cette expérience, se résumait à quelques grandes représentations et images floues sur le territoire.

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Les quelques images floues que j'avais de la Guyane avant de partir : le spatial, les bestioles, la forêt. Habituel, comme on va le voir.

La lecture d'une thèse de doctorat en sociologie sur les métropolitains en Guyane, soutenue il y a 10 ans par Marion Thurmes, téléchargeable sur la toile, offre une variété d'informations sociologiques sur les métros, de quoi continuer à capitaliser sur cette petite expérience d'un an, bien qu'elle commence à dater. Un travail d'enquête a notamment été réalisé auprès d'un échantillon non représentatif de la population métropolitaine en Guyane. D'une part, il est sympathique de resituer sa propre expérience de mobilité dans celle plus générale des métropolitains qui s'installent en Guyane. D'autre part, il est aussi sympathique de situer son expérience en parallèle avec les représentations des habitants habituels de la Guyane. Le lecteur lambda de ce blog, s'il fouille dans les pages historiques présentant l'expérience guyanaise, peut en effet y voir quelques photos qu'il est possible d'interpréter :

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Message du 3 mai 2010 - Un samedi soir avec une partie des copains de l'époque : mais alors, Manu, qu'avec des métros (ou presque) pendant un an ?

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Message du 3 novembre 2008 : pour un métro lambda, "tout est nouveau", mais pour l'habitant de Guyane, le métro, lui, est "tout sauf nouveau"

Alors bien sûr, derrière ces quelques lectures et réflexions sociologiques, n'oublions pas que rester soi-même suffit souvent à nourir de belles relations. Mais quand même, il est clair que "je", comme d'autres métropolitains qui débarquent sur le sol guyanais, suis arrivé avec quelques vagues images et représentations du territoire, et que "je", comme d'autres métropolitains, suis aussi source de représentation pour les habitants de Guyane. Est-ce normal ? Qu'en dit Marion dans sa thèse? Quelles sont les représentations de la Guyane avant la migration, pour les métropolitains en général ? Un peu de recopiage de cette thèse passionnante. Comment se construisent les représentations sur la Guyane, alors que l'individu n'est pas encore sur le territoire? On pourrait penser que les images sur la Guyane découleraient de l'histoire que l'on a appris à l'école. Pourtant (dans l'enquête), les individus ne parlent jamais de leur éducation scolaire, il semblerait que ce que l'on apprend à l'école en métropole sur les DOM-TOM soient assez limité. L'acquisition des images se fait par trois moyens principaux : la documentation, les relations personnelles et l'expérience.

La documentation est constituée de différents supports : guides touristiques, sites internet, affiches publicitaires, reportages vidéos. Alors, Manu, tu t'es documenté ? Ben oui, un peu ! Guide touristique, un des seuls qui existe est le petit futé, et il ne permet pas vraiment de mieux se représenter le département; sites internet, celui de mes potentiels employeurs (notamment l'administration sanitaire lors d'un entretien pour un autre poste); Et les reportages vidéos, alors là, attention ! Car on le sait tous, nos chers journalistes télé en font, de la désinformation ! Et à l'époque, aucun Guyanais n'a oublié le reportage d'Enquête exclusive sur la Guyane et son insécurité. Un ramassis de conneries dans lequel on voit notamment des dealers vendre de la drogue en pleine rue. Hé ben, alors, qu'est-ce que c'est original ! Parce qu'à Lausanne, ville de ma période étudiante, c'était pas pareil peut-être ? Bref, passons.

Ensuite, les relations individuelles sont aussi sources d'images. Ces dernières circulent librement dans les conversations. Les individus qui sont allés en Guyane renvoient une image largement positive de ce territoire contrairement à ceux qui n'y sont jamais allés. Ainsi, les Métropolitains de retour en métropole (en tout cas une partie) deviennent des ambassadeurs du département et contribuent à la dynamique de la migration en transmettant cette image positive. Beaucoup sont finalement venus parce qu'ils ont entendu parler de la Guyane en termes positifs par des relations plus ou moins proches. Dans mon parcours, il est vrai que le fait que j'ai un ami sur place m'a incité en partie à venir. En effet, cela faisait une quinzaine d'années que j'échangeais avec lui sur son expérience kouroutienne, et forcément, cela donne envie d'aller voir sur place. Alors venir, oui, mais à la condition de trouver un poste en adéquation avec ma formation en ingénierie de l'environnement et aménagement du territoire ! Et surtout, de le trouver avant de partir. Car malheureusement, la Guyane de 2008 n'est pas l'Irlande de 2007, fonctionnant en plein emploi. Mais est-ce que je serais allé en Guyane sans avoir cette connaissance sur place ? A vrai dire, difficile à dire.

Ainsi, la lecture de cette partie sur l'avant-départ montre à quel point cette expérience de mobilité s'est construite de manière on ne peut plus normale : des représentations et images très floues, comme celles de la majorité des métros. Des représentations de deux grands types : la Guyane, comme espace naturel : l'environnement naturel, la situation géographique; la Guyane, comme société : une société multi-culturelle, des notions historiques comme le bagne.

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La période du bagne en Guyane, principale image historique qui m'est évoquée en France métropolitaine, encore aujourd'hui

La Guyane comme environnement naturel 

La situation géographique. Hé oui, bosser une année dans un territoire situé sur le continent sud-américain : voilà une belle idée ! Et cette situation géographique m'attirait particulièrement lorsque je postulais aux offres. La position géographique est une distance avec la métropole, un sentiment d'éloignement. Là, aussi, autre intérêt qui m'attirait : partir loin, vivre en dehors de l'Europe continentale pour la première fois! Eloignement synonyme d'exotisme, caractéristique d'un changement de cadre.

La Nature, entre hostilité et attirance. Plutôt positives pour les métropolitains enquêtés (53%), et pour moi aussi. Bien sûr, évidemment, les serpents et la forêt. Et forcément, pour tout amateur d'observation naturaliste, la Guyane est au top. D'ailleurs, le mythe de la forêt hostile ne semble plus aussi tenace dans l'esprit des individus que ce que l'histoire aurait pu le présumer. Dans les représentations négatives, le climat apparaît comme redouté, reste des représentations transmises par l'histoire qui associent le climat humide aux maladies incurables: "le ciel est brumeux, couvert, humide", "la chaleur est oppressante". Il faut remarquer que nombreux sont les Métropolitains qui viennent avec une appréhension plus ou moins grande sur ce qu'ils vont vivre...oh, Manu, la veille du départ, autour d'une bière avec quelques anciennes amies...je me rappelle encore de cette "foudre" ressentie une seconde en m'interrogeant de ce que j'allais vivre là-bas.

La Guyane comme société

Des notions historiques: le bagne. Les images concernant la société sont moindres et celles concernant l'histoire sont quasiment nulles, dans l'échantillon non représentatifs des métropolitains enquêtés. Il y a quelque images liées au bagne, rien d'autre. Idem me concernant.

La société guyanaise: en développement, tranquille, multiculturelle. Un territoire en développement. Représentation exacte me concernant, au niveau démographique, et c'est ce que le chef de service qui m'avait embauché m'avait expliqué. Le spatial, particulièrement médiatisé dans les médias métropolitains. Représentation exacte également.

Alors voilà. Finalement, la majorité des métropolitains qui partent vivre et travailler en Guyane n'ont pas vraiment une image unique de la Guyane avant d'y venir. Les représentations sont globalement plutôt positives ou plutôt négatives pour un individu : elles sont en tout cas nuancées puisque aucune image négative n'est assez forte pour empêcher la venue d'un individu présent en Guyane. Et finalement, en recadrant mon départ dans ce contexte plus sociologique, on se rend compte à quel point il était on ne peut plus "normal". La suite bientôt !

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Septembre 2008. De la savane, de la forêt, une grue...

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06 juin 15

Irlande/Guyane - 5 ans plus tard, qu'en est-il ?

5 ans après, et si on faisait un petit bilan ? D'un côté, partir une année en Irlande et une année en Guyane, puis baigner dans une magnifique association proposant des échanges interculturels via divers dispositifs de mobilité et volontariat facilite d'éventuels futurs départs plus conséquents, si le souhait s'en fait sentir, et permet bien évidemment d'entretenir et développer cette ouverture sur le monde et les échanges interculturels. D'un autre côté, la mobilité hexagonale offre déjà des challenges d'intégration parfois relevés, tels que celui de s'installer et s'intégrer, notamment socialement, dans un territoire rural. Cette mobilité spatiale prend diverses formes dans l'historique de ce blog: d'Annemasse à Dublin, pour apprendre une langue et vivre dans une capitale européenne. Pour faire germer les graines de l'ouverture sur le monde, semées dès l'enfance, ne serait-ce que par la configuration internationale du bassin lémanique. De Dublin à Madrid, du fait d'une lègère tendance à l'héliotropisme. D'Annemasse à Cayenne, pour travailler dans un territoire ultra-marin et découvrir un coin d'Amazonie. De Suzini à Baduel, pour prendre le bus m'emmenant au travail, en bord de forêt : souvenirs, quand tu nous tiens ! Et aujourd'hui, il est un fait que ces expériences de mobilité m'offrent une réelle aptitude et un goût au changement. Une installation temporaire à Clermont-Ferrand n'aura fait que confirmer ce plaisir à la découverte de nouveaux territoires. Quelques jours et de suite, un sentiment d'être chez soi. Ce sentiment d'adaptation facile à de nouvelles aires n'est pas quelque chose d'automatique, mais bien un acquis, au moins pour l'hexagone et l'Europe continentale, à entretenir certes, mais fruit des expériences relatées dans ce blog. Alors tant mieux ! Attention, je ne me lance pas des fleurs, il y a de nombreuses personnes qui sont très épanouies dans leur territoire d'enfance, et c'est très bien ainsi. Mais alors que le premier départ à l'étranger, un an par exemple, semble difficile pour beaucoup avant de le départ, de nombreuses personnes en redemandent après l'expérience.

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Un avion passe-t-il au dessus du plan d'eau de Longeville, dans l'Ain ?

Mais continuons à réfléchir sur les règles d'une mobilité hexagonale ou internationale pour éventuellement mieux repartir. Sur ce thème, il existe des écrits, dont un livre d'Aymeric Bouthéon, que je recopie un peu, particulièrement intéressant. L'une des règles est donc celle de l'ouverture d'esprit. Cette ouverture dont parle cette candidate italienne au SVE, Laura, dans l'article précédent. Bien sûr, les graines bien semées par l'éducation reçue, les lectures, le contexte socio-culturel dans lequel une personnes grandit, facilite le développement de cette ouverture sur l'international. Chacun de nous a son passé, ses références, ses habitudes...et lorsqu'on déménage dans un nouveau territoire, que ce soit au sein de l'hexagone, dans un département ultra-marin ou à l'international, chacun d'entre nous a une part de lui-même qui résiste, qui se raccroche à ce qui est connu, à ses références. C'est un phénomène naturel. Une fois connue cette tendance, il est important de savoir la maîtriser, de savoir prendre sur soi pour ne pas se recroqueviller sur ces repères. Un élément qui ressort et est particulièrement important, il me semble, quand on déménage, est le respect du territoire d'accueil et de ses habitants : je pars en Irlande, il y a des choses qui me plaisent, d'autres moins, c'est comme cela. Ce n'est pas forcément moins bien ou mieux, il y a juste quelques nuances dans la vie de tous les jours, mais il est important de les respecter. De toute façon, on parle bien de nuances, rien de plus....ne l'oublions pas : partout dans ce monde, il y a des voix qui résonnent, et ces voix peuvent parfois bien s'entendre, qu'elles soient du Tibet ou de Haute-Savoie ! Petite allusion à une soirée récente passée à discuter avec un Tibetain très chouette, à Annemasse ! A Dublin, il m'est arrivé de ressentir des résistances. A Cayenne aussi. Rien d'anormal, hein. Mais là-bas, cette résistance peut résonner un peu différemment, du fait de l'histoire du département. Alors utiliser le modèle de Benett, pourquoi pas, pour se situer quand on a un ressenti négatif par rapport à un nouveau territoire d'accueil.

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Alors que j'écoutais l'interview d'un coopérant suisse long-terme en Haïti dans le cadre d'un reportage radio sur la politique d'aide au développement de la Confédération Helvétique dans ce pays, celui-ci, dont les parents avaient aussi été expatriés, expliquait : " les enfants qui vivent en Suisse n'ont pas cette conscience là d'être différents. Mes expériences dans l'enfance avec mes parents m'ont permis de dépasser ce "cap du Blanc": car c'est aussi un moule dans lequel on se glisse rapidement, et il faut faire des efforts pour sortir de là. Et mes parents m'ont appris à ne pas rester dans cette vie paisible d'expatriés qui ne cotoient que des expatriés, et d'aller plutôt aussi vers d'autres personnalités, d'autres gens. Avec mes expériences expatriées quand j'étais enfant, j'ai eu une phase de rejets des expatriés et j'ai vu qu'on pouvait passer à travers cela, et malgré tout, créer des liens assez forts. Et je pense que cela, c'est très important." Cet extrait est particulièrement intéressant pour mettre en valeur un autre critère très important que je tire de mes mini-expériences à Dublin et Cayenne, sans oublier quelques années en Suisse : il existe bien entendu des prédispositions à la mobilité internationale et nous n'avons pas toutes les mêmes, nous ne disposons pas tous des mêmes aptitudes à la base : son éducation et son habitude d'avoir vu, enfant, des personnes en situation de mobilité internationale : par exemple grandir avec un frère ou une soeur à l'étranger, les croiser pendant les vacances, permet d'incarner la mobilité internationale, lui donner une représentation. Plus difficilement, on note également le cas de la mobilité intégrée dans la culture : il existe en effet des zones géographiques où les contraintes économiques font, durant des décénnies, que les personnes partent loin pour trouver un travail. N'était-ce pas le cas de l'Irlande, qui devint, lors de la période du tigre celtique, pour la première fois de son histoire un pays d'émigration.

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Quelle que soit son histoire de vie, la mobilité internationale doit se préparer. ne serait-ce qu'administrativement : vaccins, passeports etc...mais elle se prépare aussi et surtout dans la façon de voir le monde, d'appréhender les nuances culturelles qu'on va rencontrer. Et même si au jour d'aujourd'hui, dans les métropoles européennes du moins, il est possible d'affirmer qu'on baigne dans un environnement globalisé et que l'international devient une dimension tellement prégnante que chacun est automatiquement préparé à la mobilité, attention ! Ce n'est pas automatique, et par exemple, un échange erasmus est très différent d'un poste professionnel ! Aussi, ce serait pur orgueil que de penser ne pouvoir s'appuyer que sur ses propres qualités. Et l'humilité est précisément l'une des attitudes vivement conseillées pour réussir la mobilité internationale : humilité devant la culture et le mode de vie qu'on rencontre...Mais bien sûr, dans une expérience à l'étranger, il n'y a pas que des pièges à éviter. Il y a aussi une multitude de choses à savourer. Tout d'abord, en ne restant pas chez soi, mais en prenant son agenda et en calant les sorties, visites, activités permettant de savourer la période...oh, ces samedi et dimanche à Dublin, souvenirs ! Ne serait-ce aussi qu'en allant faire les courses dans les marchés et supermarchés. Le contenu et l'agencement des étalages et des rayons sont un voyage à proprement parler. De la même façon, un simple voyage en véhicule, en transport en commun, peut constituer une découverte...Dublin, janvier 2008, à un arrêt de bus, attendant durant une heure un bus précis pour récupérer un objet perdu: Oh, le bus N°8, ce n'est pas lui. 10 secondes plus tard : tiens, un deuxième bus N°8. Encore 10 secondes plus tard : tiens, un troisième bus N°8. Marrant ! Et puis il y a toutes ces choses typiques que vous ne pourrez faire ou voir qu'ici et qu'il ne faut pas rater : un dimanche matin à Cacao par exemple.

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Ayumi (Japon) jouant au jeu de palets bretons - Laurenan 2014

L'une des pépites de l'expatriation, c'est de tisser des amitiés belles, sincères et uniques avec des personnes d'autres horizons. Oui, en situation d'expatriation, les amitiés se lient plus vite, on partage des moments forts, on partage directement l'essentiel, on ne dispose plus de ses repères donc on s'ouvre plus facilement. C'est de nouveau une aptitude qui se travaille, et je pense alors à Sylvia, une mexicaine rencontrée à Lyon dans une soirée polyglotte, qui après six mois dans la capitale des Gones n'avait pas encore rencontré de Français ! C'est souvent comme ça, les autochtones ne sont pas les plus simples à rencontrer ! Ainsi, quelque soit la situation, il est important de saisir chaque opportunité de contact et d'échange, comme Sylvia à cette soirée. Avec les locaux comme avec d'autres expatriés. Si l'échange culturel n'est pas simple, il suffit de la simplifier, en se rapprochant des personnes qui nous y aideront, et en évitant par exemple l'expatrié étroit d'esprit qui passe son temps à critiquer. Et puis parfois, l'expatriation participe aussi à un changement dans le regard du voyageur sur la vie et sur le monde. Beaucoup reconnaissent qu'ils apprennent une certaine sagesse, qu'ils prennent un certain recul. L'expérience internationale peut aider à relativiser...Bref, ami lecteur qui tombe sur cet article, tu peux le voir : si tu as l'occasion de partir vivre hors de tes cadres, fonce !

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15 nov. 14

France/Guyane - l'Oyapock : le pont, extraits choisis

Oiapoque est la ville brésilienne frontalière de la Guyane française et de la commune de Saint-Georges de l'Oyapock. Entre les deux communes s'est vu construire un pont, source de discorde. Ce petit article sans prétention synthétise quelques témoignages de personnes qui sont concernés d'une manière ou d'une autre par ce pont. Par exemple, Mael Cabaret, réalisateur breton dont vous trouverez le portrait en cliquant sur le lien précédent, a réalisé un beau reportage d'environ 1 heure, Oyapock, sur cette frontière fluviale davantage médiatisée depuis quelques années. De ma découverte des lieux, soit dans le cadre professionnel (Saint-Georges), soit dans le cadre personnel (Oiapoque), il n'est qu'une envie qui me dessine : continuer à apprendre sur ce territoire interragissant au jour le jour que compose les deux communes. Apprendre par la lecture, ou par l'écoute, et bien sûr,  dans l'idéal, par l'échange avec les habitants.

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 Pont sur l'Oyapock (photo du web)

Avant d'inaugurer le pont, les autorités veulent d'abord trouver un nouvel accord transfrontalier pour les habitants de la vallée. Car pour beaucoup comme pour Rona, guide touristique, la notion de frontières, sur le fleuve Oyapock, c'est tout neuf. "On avait pas besoin de ce pont. On dit ici qu'ils sont en train de construire un nouveau mur de Berlin". Retour à Saint-Georges de l'Oyapock. De ce côté-ci, on commence aussi à être agacé par ce pont. Comme cet habitant, qui indique qu'il ne peut plus faire de parties ou jeux avec ses amis d'Oiapoque. Lors de l'annonce du projet, ni la population, ni les élus locaux n'ont été consultés. Chacun s'apprête à vivre avec un pont majestueux, mais jamais désiré...toutefois, Fabienne Mathurin, ex-maire de Saint-Georges, propose que s'il y a bien un ouvrage qui symbolise l'intégration de la Guyane en Amérique du Sud, c'est bien ce pont sur l'Oyapock. Pour Gérard Police, docteur en civilisation brésilienne interrogé dans ce reportage vidéo, les 50 millions d'euros dépensés pour la construction de ce pont ne représentent en réalité que très peu d'argent, par rapport aux enjeux économiques, financiers et militaires entre la France et le Brésil. Il y avait besoin d'un symbole de ces partenariats : ce pont.

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Comme on peut le lire dans cet article d'Hervé Théry,  pourquoi un pont aussi grandiose alors que l'on attend un trafic très limité, qui aurait très probablement pu être absorbé sans difficulté, à un coût moindre, en renforçant le service des bacs qui assuraient déjà la traversée. Cela ne s'explique que dans une perspective géopolitique régionale de liaison entre le Brésil et ses voisins du Nord. Ces voisins se sont longtemps méfiés de son expansionnisme, notamment la France qui s'est abstenue de construire la liaison routière de 80 km entre Régina et Saint-Georges. Ce n'est que plusieurs années après le retour de la démocratie au Brésil, après la période de la dictature militaire (1964-1985), que les travaux ont été entrepris en achevés en 2003. Avec leur conclusion, l'axe RN1/RN2 assure désormais la liaison de 450 km entre Saint-George et Saint-Laurent-du-Maroni à la frontière du Suriname. Avec la construction du pont, la route côtière constitue donc désormais un maillon d'une panaméricaine atlantique. Il faut toutefois noter que le Brésil n'avait pas attendu de se doter d'une autre sortie vers les Caraïbes, via l'ouverture de la route Manaus-Caracas...

Ainsi va le Monde, la vie qui avance dans ces deux communes d'Amazonie...alors que plusieurs années après sa construction, de l'eau en a coulée...sous ce fichu pont !

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04 mai 10

France/Guyane - Prochaine étape ?

Prochaine étape: Journalisme amateur? De retour en France métropolitaine, je vais faire une pause dans ce blog. Toutefois, j'aime vraiment écrire et j'ai envie de continuer à progresser en photo au fil du temps, aussi je risque d'avoir très ponctuellement l'envie de publier quelques articles orientés vers du journalisme amateur sur les thématiques du développement local durable et de l'environnement, sur des sujets photographiables.

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"Vu la tête de ce champignon, le nuage ne s'est pas arrêté à la frontière" (journalisme amateur !)

Prochaine étape: France métropolitaine? Hé oui, à priori je suis parti pour rester quelques années en France métropolitaine. Voir autre chose permet aussi de mieux percevoir, à la fois sa propre histoire, sa propre identité, mais aussi les territoires dans lesquels on vit. Je veux parler de la France métropolitaine dans son ensemble, ou plus particulièrement de la Haute-Savoie, de Rhône-Alpes etc. En 2010, il est vraiment facile et utile à tous d'aller voir ce qui se passe ailleurs. A ce jour, partir dans un autre pays de l'UE est particulièrement facile sur les plans administratifs, et dans cette identité européenne qui se construit petit à petit chez une partie de la population du vieux continent, c'est une possibilité qui vaut vraiment le coup et qui permet de prendre du recul sur les mouvements nationalistes et le repli sur soi. De même, vivre une expérience dans un département français d'outre-mer offre à chaque métropolitain la possibilité d'avoir une vision plus fine de la France, tant par l'histoire, la géographie que par l'actualité. la France métropolitaine et ultramarine est composée d'un nombre de territoires particulièrement variés, avec des identités culturelles régionales assez diverses malgré un système centralisé. Dans un pays qui a changé, la richesse et la diversité des cultures, qui fait particulièrement peur aux nationalistes, est à mon avis dans la lignée de la construction d'une France plutôt mélangée dans un monde de plus en plus brassé. La Guyane offre un exemple de mélange qui se passe plutôt bien, où chacun arrive à vivre avec chacun sans trop de racisme.  

Prochaine étape: on force la machine ! Petite allusion à un artiste qui m'a toujours donné envie de découvrir l'Amérique du Sud. Faire de plus en plus attention à nos actions au jour le jour, acheter simple, malin et responsable. Travailler sur des projets liés à ses idées. Tout cela est bon pour soi-même mais aussi pour autrui et l'environnement. Mettons cela en pratique au jour le jour ! Un petit signe de paradis avec cette dernière photo, pour rappeler aussi l'existence de l'effet papillon dans chacune de nos vies. A bientôt !

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03 mai 10

France/Guyane - Remerciements

Ce premier article en guise de conclusion, je le consacre à toutes les personnes qui m'ont aidé à la réalisation de ces projets dont je parle sur ce blog depuis maintenant de 3 ans. Tout d'abord, par envie de transparence, je tiens à remercier mes parents qui ont eu un rôle important en m'aidant à m'installer en Irlande. En m'avançant le financement de mes cours d'anglais en avril-mai 2007, ils m'ont permis de m'installer plus tranquillement et surtout de me laisser le temps de trouver un emploi de qualité, donc d'avoir diverses une expérience professionnelle et de valider un séjour de presque un an sur l'île d'Emeraude...ce séjour ayant été primordial dans l'obtention de ce poste en Guyane française et dans la réalisation de cette expérience parfaitement dans la lignée de la construction d'un projet personnel et professionnel. Merci beaucoup à mes parents donc, qui ont en plus fait la démarche de venir découvrir la Guyane, ce qui leur a surement fait autant plaisir qu'à moi. Il est certain que cette aide m'a été précieuse en 2007, mais de faibles ressources ne doivent pas empêcher quelqu'un de partir vivre une expérience loin de ses cadres. Je pense que le plus important est de garder un peu d'argent sur un compte à part pour financer un éventuel retour en cas de pépin dans le pays expat ou dans le pays d'origine. J'ai rencontré des personnes qui sont arrivées en Irlande avec environ 500 euros. Ça fait peu, c'est certain, mais avec un brin de détermination et de débrouillardise, elles sont arrivées à s'installer et à trouver un job, dans une économie certes très favorable à l'époque. Dans tous les cas, partir travailler ailleurs vaut vraiment le coup.

Ce séjour en Guyane m'a permis de rencontrer de nombreuses personnes avec qui j'ai noué des relations de qualité. Je pense à ma colocataire durant 8 mois, et dont le parcours professionnel m'inspire particulièrement, je pense à Hervé, mon compère bénévole avec qui j'ai parcouru les plages, je pense à Eric qui aura été toujours là et en particulier le week-end ou j'avais besoin de lui, je pense à Steph et Lola, qui m'ont hébergé à deux reprises. Je me suis fait un groupe de potes grâce au couchsurfing, et ai pu découvrir de super personnes: Dave et Ophélie, Claude, Delphine, Elisa, Audrey, Jody pour ne citer qu'eux.

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Il y a aussi Marc et Alain, deux ingénieurs civil guyanais avec qui je travaillais et qui ont su m'intégrer au service et me faire apprécier ce département, il y a bien sur les kouroutiens (Ludo, Caro, Kamal, Sandra, Alexandra, Joachim pour ne citer qu'eux). Et puis je n'oublie pas Raph, Juliana, rencontrée à Dublin et recroisée à Cayenne, Marie, Sylvia, Eddy et toutes les personnes avec qui j'aurai partagé quelque chose à un moment ou un autre. Et un petit clin d'oeil aussi à Babzy, commentatrice de choc ! Travailler sur des projets sur un territoire donné, que ce soit en France métropolitaine, dans les DOM ou dans n'importe quel pays, nécessite un minimum d'engagement dans son projet professionnel. Dans ce sens, j'ai eu une chance de rencontrer des personnes passionnées et passionnantes tout au long de cette expérience professionnelle. Je pense à deux Inspecteurs de l'Education Nationale avec qui j'ai partagé la pirogue m'emmenant sur le Maroni et l'Oyapock et pleinement investies dans leur tâche de superviser et d'améliorer l'enseignement du premier degré dans leurs circonscriptions. Comprendre le fonctionnement de l'Education Nationale, qui plus est dans le contexte guyanais, est particulièrement utile. Ajouter une brique aux constructions scolaires du département le plus jeune de France, comprendre la relative critique de nos compatriotes guyanais vis-à-vis de l'État, avoir une première perception de l'Amérique du Sud, et tout simplement avoir une vision plus complète de la France, sur les plans historiques, géographiques et culturels, fait partie de ce que peut apporter une expérience en Guyane. Merci à vous tous pour tous les moment de qualité passés en votre compagnie !

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02 mai 10

France/Guyane - Retours au vieux port de Cayenne

Le vieux port, beau site pour l'observation des oiseaux limicoles des vasières et mangroves.

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Moucherolles pies en train de faire la maison (à gauche) et les bébés (à droite)

Chaque passage sur ce site m'offrit la possibilité de quelques observations de qualité. Voilà une aigrette neigeuse.

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Mais une sortie me fit vivre des émotions particulièrement forte. 9 octobre 2009. La saison sèche est là, et cette soirée, le soleil couchant nous offre un cadre d'observation absolument splendide. Des milliers d'oiseaux limicoles -oui, des milliers - passent autour de nous, observateurs avides de clichés et de moments intacts, remontant les vasières, longeant cette côte mobile pour le plus grand plaisir des yeux.

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Vol d'ibis rouges, observation géniale sur fond de soleil couchant

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Le soleil enveloppe la surface de l'eau de tout son éclat, et cette sortie hasardeuse illumine une année guyanaise remplie d'expériences très fortes. Mais voilà, mon contrat d'un an s'est terminé, et même si certains objectifs de ce projet n'ont pas aboutis, d'autres objectifs et une certaine réalité m'incitent à un retour en France métropolitaine, pour une durée indéterminée. Pas de boulot, plus d'appart, pas de moyen de déplacement, et toute la vie devant moi pour revenir un jour peut-être travailler dans ce département intéressant et accueillant. En ce 9 octobre, je laisse mes émotions vibrer à la vue de ce paysage naturel paradisiaque, et revisualise intérieurement nombre de moment vécues durant ce séjour qui restera gravé pour sa richesse tant sur les plans personnels que professionnels. En ce 9 octobre, j'ai la satisfaction d'avoir réussi de nombreuses choses mais la sensation que cette expérience guyanaise n'est qu'une première étape d'un projet professionnel et personnel plus conséquent qui me verra probablement reposer un pied ici. Car au bonheur d'avoir fait des rencontres si enrichissantes s'ajoute celui de mieux percevoir son histoire et son identité, en tant qu'individu mais aussi en tant que personne française parmi tous les citoyens du monde. En ce 9 octobre, le moment est gravé, les conclusions s'imposent et le retour en France métropolitaine se décide progressivement...

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Un coucher de soleil comme clôture d'un séjour faisant rayonner les envies

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01 mai 10

France/Guyane - Excursion dans l'Ouest

Le paradis existe, il suffit d'ouvrir les yeux. Cette affirmation est particulièrement vraie lorsqu'on dors en Hamac au gîte Angoulême, sur la route de l'ouest guyanais, et qu'au petit matin une multitude de chants d'oiseaux réveille l'homme de passage pleinement assoupi au milieu de la forêt.

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Coucher de soleil sur la forêt

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Lever du jour sur la forêt 

Cette forêt est toujours aussi envoutante et surprenante. Le gîte est un point de départ idéal pour une balade dans ses alentours, et c'est surveillé par le païpayo que nous nous y aventurons. un petit sentier, une rivière, des arbres majestueux, welcome to Amazony!

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Le gite est sur une clairière aux nombreux arbres et arbustes fruitiers. Quant aux serpents collectionnés dans l'alcool, ils proviennent des alentours...

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L'ouest, c'est aussi Saint-Laurent du Maroni et son marché aux multiples couleurs. Le marché le plus sympa que j'ai réalisé en Guyane, duquel on sent le Suriname. Il y a aussi ces petites cases sur le bord des routes, où des personnes, souvent bushinengés, vendent leur production de fruits et légumes. Puis, la route nous fait traverser Mana et nous fait arriver au bout de la Guyane, dans la commune amérindienne d'Awala-Yalimapo. Une petite commune aux habitations typiques, et un petit moment fort sympathique. L'ouest guyanais, c'est encore une autre saveur, qui se termine à Awala ou en remontant le Maroni, fleuve majeur de ce département et autre source de rencontres et de découvertes enrichissantes.

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Vente de fruits sur le bord de la route, ouest guyanais

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30 avr. 10

France/Guyane - 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1...0

La visite du Centre Spatial Guyanais (CSG) offre l'opportunité de découvrir les salles de lancement ou encore le musée de l'espace qui retrace l'histoire de l'industrie spatiale européenne. Cette visite, gratuite (site industriel), est intéressante et permet d'accéder aux salles de lancement et autres bâtiments permettant l'envol des lanceurs Ariane 5. L'industrie du spatial apporte probablement à l'économie guyanaise et a abouti au développement urbain de la ville de Kourou. Une ville particulière, une fraction de l'identité guyanaise. Un autre exemple de cette diversité culturelle du département.

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Assister à l'envol d'une fusée est forcément marquant. Je pense notamment à ce premier vol, de nuit, où le ciel illuminé laissait découvrir une bande de flamme énorme, alors qu'un bruit assourdissant enveloppait mon tympan. Un moment mémorable. Ci-dessous quelques photos d'un deuxième vol auquel j'ai assisté durant cette expérience guyanaise.

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24 avr. 10

France/Guyane - De la forêt !

Le bassin amazonien s'étend sur 650 millions d'hectares de forêt primaire répartie entre 9 pays. Située au coeur de ce bassin, la forêt du plateau des Guyane revêt un intérêt écologique et biologique universellement reconnu. Comment le prendre en compte pour assurer le développement économique de la Guyane dans le cadre d'une coopération régionale Amapa-Guyane-Suriname-Guyana sans réduire les fonctions capitales de ces forêts tropicales? Cet article, dont certains éléments sont repris sur la description d'un projet financé par l'Agence Française de Développement (AFD) de Guyane, se veut une introduction sur le financement international de la protection/gestion/valorisation durable de l'environnement. Il est agrémenté par des photos d'une sortie en forêt, à la montagne des singes, vers Kourou. La montagne des singes: une belle promenade qui nous amène à un carbet avec une vue imprenable sur le littoral et l'intérieur de la Guyane...de la forêt, de la forêt, encore de la forêt ! 

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La forêt guyanaise, un morceau européen de l'Amazonie

L'Agence Française de Développement constitue l'organe français de distribution de l'Aide Publique au Développement, dans les Départements d'Outre-Mer et dans les pays dits "en voie de développement". Dans un monde de plus en plus globalisé, cette contribution financière, seule véritable politique publique à l'échelle internationale, peut avoir un rôle dans la protection de ces biens communs. Aussi, un apport financier du gouvernement français pour la gestion durable de la forêt du plateau des Guyanes prend tout sens. D'autres services de l'État prennent aussi en compte le financement de projets de développement local dont la prise en compte de critères environnementaux est importantes. On peut penser aux subventions de l'ADEME pour le financement de constructions publiques selon une architecture bioclimatique peu consommatrice d'énergie. Le financement du développement durable doit ainsi nécessairement prendre en compte ses trois composantes: la lutte contre la pauvreté, le développement sanitaire et social (santé, éducation), et la protection de l'environnement. Ainsi, l'aide publique au développement peut, par des actions ciblées et peu onéreuses, encourager des pays dits "en voie de développement", selon une expression critiquable, à réduire le rythme de la déforestation, aujourd'hui responsable de 20% des émissions mondiales de CO2. 

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Ce projet de gestion durable des forêts du plateau des Guyanes, mis en oeuvre par le WWF, qui concerne le Guyana, le Suriname, la Guyane et l'Amapa, comprend 6 composantes, dont la gestion des aires protégées, la réduction des impacts de l'orpaillage, la mise en place d'une gestion forestière durable, la gestion et la conservation des écosystèmes aquatiques, la gestion et conservation des espèces, et une composante de communication et d'éducation à l'environnement. Aussi, la préservation des ressources naturelles, la réduction des effets négatifs des activités économiques, la préservation des services environnementaux ainsi que des savoirs et techniques des habitants des pays et de la Guyane sont autant d'éléments qui contribuent au développement socio-économique de la région. En matière environnementale, le projet contribue à la préservation de la biodiversité encore intacte de la zone.

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Ce projet est un bel exemple de ce que ce petit livre accessible à tous traite: le financement du développement international. A l'heure du bilan de cette expérience professionnelle et personnelle, certaines réflexions sur ce que j'ai pu comprendre, notamment en travaillant avec deux ingénieurs civils guyanais qui m'auront fait aimé ce département, me semblent intéressantes à être échangées.

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"La constatation que la Chine est devenu le premier pays émetteur de CO2 au monde ne doit pas faire oublier la responsabilité historique des sociétés industrialisées dans la consommation de ressources naturelles finies et la dégradation de l'environnement mondial. Ainsi, les émissions de CO2 de la Chine ont beau avoir dépassé celles des Etats-Unis, ses émissions par habitant restent encore très inférieures à celles des sociétés développées: moins de 4 tonnes de CO2 contre 20 tonnes par Nord-Américain, 10 tonnes par Japonais ou Allemand". Une première conclusion très simple est à mettre en valeur: dans les sociétés "développées" du Nord, il existe des disparités réelles entre les productions de gaz à effet de serre et l'empreinte écologique moyenne des pays. Un danois, soumis à une flexsécurité du travail et allant à son travail en vélo se sent-il pour autant moins heureux qu'un américain sans assurance-santé de qualité et qui utiliserait régulièrement de l'eau pour laver sa voiture? L'irlandais de 2010, vivant dans un pays devenu un des plus riches d'Europe en 20 ans, est il réellement contrarié de ne pas avoir d'autoroute 4 voies reliant Dublin à Galway, mais au contraire des routes simples, plus proches des pays dits "en voie de développement"? Il existe autant de modèle de développement qu'il existe de pays et la qualité de vie voire la croissance dans un pays n'est pas directement lié au niveau de développement de ses infrastructures. 

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La naissance de la politique d'aide au développement est souvent datée par le plan Marshall, qui oeuvra à la reconstruction des pays d'Europe de l'Ouest après la seconde guerre mondiale. W.W Rostow, dans son livre intitulé Les étapes de la croissance - Un manifeste non communiste, exprimait les différentes étapes de développement d'un territoire, de la société traditionnelle à l'ère de consommation de masse.

>> Prochaine étape: développement durable, décroissance, crise majeure, guerre?

La prise en compte de la composante environnementale tant dans les modèles de développement territoriaux que dans la vie de chaque individu devientindispensable en Occident et dans les pays industrialisés. Bien plus qu'une tendance à la mode, elle passe tant par l'orientation des politiques publiques vers un financement de projets durables (consommations énergétiques, énergies renouvelables, mobilité douce, agrandissement des parcs naturels, réduction des consommations d'eau etc) que par une évolution des moeurs à l'échelle individuelle. Car comme l'idée de base de la micro-finance d'assurer le développement d'un territoire à partir du financement de l'entrepreneur individuel du PVD, c'est aussi l'évolution des comportements à l'échelle individuelle qui aura des conséquences sur le développement durable d'un territoire dans son ensemble, et cette évolution sera d'autant plus forte si elle a impact limité sur le portefeuille de chaque individu ! Dans une Europe où nombre de sourires sont partis avec le précédent métro, dans une Europe en recherche d'identité et de sens, nombre de démarches collectives et individuelles se mettent en place, à l'image de cette démarche de covoiturage intéressante d'un ami annécien ou à celle d'une amie de ne plus manger de viande le soir pour limiter les gaz à effets de serre, provenant de son intestin comme de ceux de la vache :).

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Comment faire pour que la planète supporte 8 milliards d'individu sans que de graves conflits, voire une guerre mondiale, apparaissent? Quand un débat sur l'identité nationale en France est lancé dans une visée électoraliste alors que si le niveau de l'océan monte vraiment, l'Europe devra se serrer les coudes pour accueillir bien plus de monde et le Monde se brasser de plus en plus, va t'on encore nous baratiner sur des discours nationalistes à visée électoraliste? Quand va t'on réellement apprendre aux métropolitains que d'autres concitoyens peuplent le Monde, ou encore que dans le passé, des ultramarins ont eu des postes très importants dans le gouvernement? Pourquoi ne pas parler de la malbouffe américaine, qui elle, a un réel effet sur la santé et la diminution des identités culturelles européennes? Bref, passons et revenons à des extraits de ce livre. "Les sociétés en développement occupent une place centrale dans la crise environnementale globale à un troisième titre: en tant que pourvoyeur de solutions. En effet, c'est en partie sur leurs territoires - qui abritent l'essentiel des "puits à carbone", des réserves de biodiversité et des sources inexploitées d'énergie propre à la planète - que se mènera demain la bataille écologique. Celle-ci est déjà engagée: des projets sont par exemple en cours pour favoriser l'exploitation durable des forêts tropicales grâce à des rythmes de coupes d'arbres compatibles avec la régénérescence des espèces végétables et la préservation de l'habitat des espèces animales. (...) Pour être victorieuse, cette vaste bataille pour l'avenir de la planète devra être menée via une collaboration active entre pays du Nord et du Sud. Car ces derniers hébergent, il ne faut pas l'oublier, l'essentiel du patrimoine environnemental menacé. La protection du patrimoine naturel qu'ils hébergent vaudra à certains pays en développement des ressources considérables sur longue période qui, intelligemment investies, pourront alimenter la croissance économique. Ce type de collaborations Nord/Sud est ce qui permettra aux voies de développement de s'émanciper des trajectoires de croissance non soutenables empruntées par les sociétés industrialisées". Ok, cet extrait peut être une source de débats légitimes et "violents", car l'Occident reste le principal pollueur, et les solutions doivent tout d'abord venir de changements importants en Amérique du Nord et en Europe. Mais développement et conservation de l'environnement ne sont pas incompatibles. Le Costa-Rica, pays développé d'Amérique latine, propose un modèle de développement particulièrement intéressant. L'ensemble de ses parcs nationaux et réserves environnementales représentent 26% de la surface de son territoire ! Voilà une synthèse de ce leadership mondial dans le développement durable, assurant la préservation de ses ressources naturelles et un écotourisme apportant des ressources financières indéniables. Un pays stable, démocratique, et dont la suppression constitutionnelle de l'armée en 1949 a permis l'apport de nouveaux financements pour la conservation de son environnement. Un modèle pour le futur ? 

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10 avr. 10

France/Guyane - Excursion aux marais de Kaw

Les marais. Nom à connotation péjorative chez nombre de personnes. Dans l'imaginaire populaire européen, n'étaient-ils pas associé à la maladie, l'insalubrité, aux moustiques voire au banditisme? D'où un certain nombre de mesures pour les détruire sur le vieux continent, avant que leurs multiples valeurs soient enfin comprises. Mais revenons à nos marais de Kaw, qui forment une des six réserves naturelles crées par l'État en Guyane. Cette réserve est la troisième plus grande de France de par sa superficie (94700 hectares) après celle des terres australes et celle des Nouragues (Guyane), et la plus vaste zone humide de France. Elle a été crée le 13 mars 1998 par décret à cheval sur les communes de Roura et Regina et englobe le petit village de Kaw. Etant classée comme Zone Humide d'importance internationale (convention RAMSAR), elle est aussi connue pour son fort endémisme et sa biodiversité exceptionnelle.

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Emplacement des marais de Kaw (carte provenant du site web de la réserve)

Après avoir parcouru la longue route menant de Roura à Kaw, le genre de route dont on se demande si elle a une fin, nous voilà arrivant à 9h00 à l'embarcadère des marais de Kaw, où nous attendent un guide et un couple de métros bien sympas. Du 05 août à 9h00 au 6 août à la même heure. 24 heures pour visiter le petit village de Kaw, remonter le canal drainant la savane, photographier les zébus, oiseaux typiques, espérer voir un caïman, discuter avec les guides passionnés, puis s'endormir, écouter le bruit des marais et de la forêt...et se réveiller, au milieu de vagues d'humidité réveillant tous les habitants du marais...puis repartir.

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Embarquement dans la pirogue...

La visite de la maison du marais permet la présentation des différents écosystème présents. La montagne de Kaw est formée, sur un plateau du sommet, d'une végétation basse qui devient haute et dense sur les versants souvent abrupts. Forêt typique intacte, la montagne de Kaw regroupe un certain nombre d'espèces endémiques. Toutefois, les marais et savanes couvrent l'essentiel de la réserve. Au centre de la plaine de Kaw, le marais que nous allons remonter, puis autour, des savanes arbustives plus ou moins inondées selon la pluviométrie et la période de l'année. N'oublions pas également les forêts marécageuses, qui forment souvent d'étroits couloirs le long des cours d'eau guyanais. Dans un premier temps, c'est le petit village de Kaw que nous visitons.

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Puis voilà notre petite équipe débutant la remontée des marais, en découvrant la faune et la flore, tout en discutant des mesures de gestion et des liens entre l'homme et les marais, notamment à travers la pêche de l'Atipa. La remontée nous permet de découvrir nombre d'oiseaux typiques, tout comme cet élevage extensif de zébus. Un beau troupeau, un des rares troupeaux de bovins en Guyane.

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Ces zébus vivent dans les zones de savane, en cours de drainage naturel en ce début de saison sèche, et au milieu des moucou-moucous, plante invasive qui a la particularité d'avoir une fleur thermogène (produisant de la chaleur), comme toutes les aracées. Une plante agréable à l'oeil, mais dont l'impact sur l'écosystème de la plaine de Kaw est à évaluer. 

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La remontée se poursuit à travers un très beau paysage de savane et de forêt. Nombre d'espèces d'oiseaux sont observables: aigrettes, cormorans, nombreux passereaux, ou encore les hoazin huppés, oiseaux dont les juvéniles possèdent des griffes les aidant à s'accrocher, tels certains oiseaux préhistoriques (photo 1 et 2: caciques cul-jaune, photo 3: grandes aigrettes, photo 4: moucherole à tête blanche, photo 5: hoazin, photo 6 et 7: cormorans viguas)

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La remontée nous permet d'arriver au splendide carbet flottant et d'y déguster un ti-punch ainsi qu'un délicieux repas composé de plats guyanais. Installation dans le hamac, baignade, et sieste sont ensuite aux programmes de cette splendide journée.

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Une nuit en hamac s'attend à nous, mais avant, profitons de l'après-midi !

L'après-midi débute par la remontée de la crique Wapou, l'une des sources des marais, puis de profiter pleinement du carbet, en se baignant, en observant, en pédalant sur les vélos flottants à disposition.

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Coucher de soleil sur les Marais de Kaw

La nuit arrive et nous permet alors de vivre une très belle expérience: la découverte des caïmans. Les caïmans sont courants dans la réserve. Il en existe plusieurs espèces: le caïman à lunettes, le plus commun autour de la zone touristique, qui possède une aire de répartition large, du Mexique au nord de l'Argentine. On le retrouve en Guyane dans des milieux très variés, y compris dans les retenues des agglomérations du littoral, tels que les salines de Montjoly. Une autre espèce est le caïman noir, gravement menacé à cause de sa chasse intensive pour sa peau, et dont la présence dans les marais de Kaw est totalement protégée. C'est sur une pirogue que nous partons à la recherche de caïmans, autour du carbet duquel nous plongions dans la même journée :). La solution pour les attraper ? Les éblouir avec les lampes-torches, sans les laisser s'échapper de la lumière. Après quelques petites captures de petits spécimens, notre guide, arrêté au bord du canal, s'exclame d'un coup: "un caïman avec un anaconda dans la gueule". Dans ce moment mémorable, mon imagination débordante d'envie me laisse imaginer ça:

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"Un caïman avec un anaconda dans la gueule !"

La réalité est toute autre...un petit caïman à lunette ayant attrapé un petit serpent d'eau. Les arrêts sur les berges sont fréquents, et après avoir attrapé un petit spécimen, notre guide part pieds-nus sur la rives pour revenir avec un animal de taille respectable...qu'il nous laisse prendre ! Drôle de sensation, beau souvenir et peu voire pas de risques, l'animal restant immobile...mais attention tout de même à ne pas laisser traîner ses mains ! 

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Puis vint une nuit très agréable dans ces hamacs au coeur des marais, puis ce réveil inoubliable au milieu d'une brume mystérieuse, qui affirme cette sensation d'une Guyane envoutante et sauvage.

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Une atmosphère particulière qui me rappelle, 8 mois après cette excursion, l'émotion qu'elle a pu généré. La visite des marais de Kaw est une étape intéressante d'un séjour en Guyane, elle réserve de belles découvertes et une nuit en carbet très agréable. La savane étant inondée en saison des pluies, il est parait-il intéressant d'y retourner à cette période et d'avoir une autre vue sur ce biotope. Malheureusement, le point négatif de cette sortie est le prix d'une excursion. les 24 heures avec nuit en carbet flottant coûte tout simplement...150 euros/personne. Le coût d'une visite de la Guyane: un des facteurs limitant tant les habitants du département que le touriste amateur d'Amazonie.  

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