Le bassin amazonien s'étend sur 650 millions d'hectares de forêt primaire répartie entre 9 pays. Située au coeur de ce bassin, la forêt du plateau des Guyane revêt un intérêt écologique et biologique universellement reconnu. Comment le prendre en compte pour assurer le développement économique de la Guyane dans le cadre d'une coopération régionale Amapa-Guyane-Suriname-Guyana sans réduire les fonctions capitales de ces forêts tropicales? Cet article, dont certains éléments sont repris sur la description d'un projet financé par l'Agence Française de Développement (AFD) de Guyane, se veut une introduction sur le financement international de la protection/gestion/valorisation durable de l'environnement. Il est agrémenté par des photos d'une sortie en forêt, à la montagne des singes, vers Kourou. La montagne des singes: une belle promenade qui nous amène à un carbet avec une vue imprenable sur le littoral et l'intérieur de la Guyane...de la forêt, de la forêt, encore de la forêt ! 

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La forêt guyanaise, un morceau européen de l'Amazonie

L'Agence Française de Développement constitue l'organe français de distribution de l'Aide Publique au Développement, dans les Départements d'Outre-Mer et dans les pays dits "en voie de développement". Dans un monde de plus en plus globalisé, cette contribution financière, seule véritable politique publique à l'échelle internationale, peut avoir un rôle dans la protection de ces biens communs. Aussi, un apport financier du gouvernement français pour la gestion durable de la forêt du plateau des Guyanes prend tout sens. D'autres services de l'État prennent aussi en compte le financement de projets de développement local dont la prise en compte de critères environnementaux est importantes. On peut penser aux subventions de l'ADEME pour le financement de constructions publiques selon une architecture bioclimatique peu consommatrice d'énergie. Le financement du développement durable doit ainsi nécessairement prendre en compte ses trois composantes: la lutte contre la pauvreté, le développement sanitaire et social (santé, éducation), et la protection de l'environnement. Ainsi, l'aide publique au développement peut, par des actions ciblées et peu onéreuses, encourager des pays dits "en voie de développement", selon une expression critiquable, à réduire le rythme de la déforestation, aujourd'hui responsable de 20% des émissions mondiales de CO2. 

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Ce projet de gestion durable des forêts du plateau des Guyanes, mis en oeuvre par le WWF, qui concerne le Guyana, le Suriname, la Guyane et l'Amapa, comprend 6 composantes, dont la gestion des aires protégées, la réduction des impacts de l'orpaillage, la mise en place d'une gestion forestière durable, la gestion et la conservation des écosystèmes aquatiques, la gestion et conservation des espèces, et une composante de communication et d'éducation à l'environnement. Aussi, la préservation des ressources naturelles, la réduction des effets négatifs des activités économiques, la préservation des services environnementaux ainsi que des savoirs et techniques des habitants des pays et de la Guyane sont autant d'éléments qui contribuent au développement socio-économique de la région. En matière environnementale, le projet contribue à la préservation de la biodiversité encore intacte de la zone.

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Ce projet est un bel exemple de ce que ce petit livre accessible à tous traite: le financement du développement international. A l'heure du bilan de cette expérience professionnelle et personnelle, certaines réflexions sur ce que j'ai pu comprendre, notamment en travaillant avec deux ingénieurs civils guyanais qui m'auront fait aimé ce département, me semblent intéressantes à être échangées.

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"La constatation que la Chine est devenu le premier pays émetteur de CO2 au monde ne doit pas faire oublier la responsabilité historique des sociétés industrialisées dans la consommation de ressources naturelles finies et la dégradation de l'environnement mondial. Ainsi, les émissions de CO2 de la Chine ont beau avoir dépassé celles des Etats-Unis, ses émissions par habitant restent encore très inférieures à celles des sociétés développées: moins de 4 tonnes de CO2 contre 20 tonnes par Nord-Américain, 10 tonnes par Japonais ou Allemand". Une première conclusion très simple est à mettre en valeur: dans les sociétés "développées" du Nord, il existe des disparités réelles entre les productions de gaz à effet de serre et l'empreinte écologique moyenne des pays. Un danois, soumis à une flexsécurité du travail et allant à son travail en vélo se sent-il pour autant moins heureux qu'un américain sans assurance-santé de qualité et qui utiliserait régulièrement de l'eau pour laver sa voiture? L'irlandais de 2010, vivant dans un pays devenu un des plus riches d'Europe en 20 ans, est il réellement contrarié de ne pas avoir d'autoroute 4 voies reliant Dublin à Galway, mais au contraire des routes simples, plus proches des pays dits "en voie de développement"? Il existe autant de modèle de développement qu'il existe de pays et la qualité de vie voire la croissance dans un pays n'est pas directement lié au niveau de développement de ses infrastructures. 

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La naissance de la politique d'aide au développement est souvent datée par le plan Marshall, qui oeuvra à la reconstruction des pays d'Europe de l'Ouest après la seconde guerre mondiale. W.W Rostow, dans son livre intitulé Les étapes de la croissance - Un manifeste non communiste, exprimait les différentes étapes de développement d'un territoire, de la société traditionnelle à l'ère de consommation de masse.

>> Prochaine étape: développement durable, décroissance, crise majeure, guerre?

La prise en compte de la composante environnementale tant dans les modèles de développement territoriaux que dans la vie de chaque individu devientindispensable en Occident et dans les pays industrialisés. Bien plus qu'une tendance à la mode, elle passe tant par l'orientation des politiques publiques vers un financement de projets durables (consommations énergétiques, énergies renouvelables, mobilité douce, agrandissement des parcs naturels, réduction des consommations d'eau etc) que par une évolution des moeurs à l'échelle individuelle. Car comme l'idée de base de la micro-finance d'assurer le développement d'un territoire à partir du financement de l'entrepreneur individuel du PVD, c'est aussi l'évolution des comportements à l'échelle individuelle qui aura des conséquences sur le développement durable d'un territoire dans son ensemble, et cette évolution sera d'autant plus forte si elle a impact limité sur le portefeuille de chaque individu ! Dans une Europe où nombre de sourires sont partis avec le précédent métro, dans une Europe en recherche d'identité et de sens, nombre de démarches collectives et individuelles se mettent en place, à l'image de cette démarche de covoiturage intéressante d'un ami annécien ou à celle d'une amie de ne plus manger de viande le soir pour limiter les gaz à effets de serre, provenant de son intestin comme de ceux de la vache :).

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Comment faire pour que la planète supporte 8 milliards d'individu sans que de graves conflits, voire une guerre mondiale, apparaissent? Quand un débat sur l'identité nationale en France est lancé dans une visée électoraliste alors que si le niveau de l'océan monte vraiment, l'Europe devra se serrer les coudes pour accueillir bien plus de monde et le Monde se brasser de plus en plus, va t'on encore nous baratiner sur des discours nationalistes à visée électoraliste? Quand va t'on réellement apprendre aux métropolitains que d'autres concitoyens peuplent le Monde, ou encore que dans le passé, des ultramarins ont eu des postes très importants dans le gouvernement? Pourquoi ne pas parler de la malbouffe américaine, qui elle, a un réel effet sur la santé et la diminution des identités culturelles européennes? Bref, passons et revenons à des extraits de ce livre. "Les sociétés en développement occupent une place centrale dans la crise environnementale globale à un troisième titre: en tant que pourvoyeur de solutions. En effet, c'est en partie sur leurs territoires - qui abritent l'essentiel des "puits à carbone", des réserves de biodiversité et des sources inexploitées d'énergie propre à la planète - que se mènera demain la bataille écologique. Celle-ci est déjà engagée: des projets sont par exemple en cours pour favoriser l'exploitation durable des forêts tropicales grâce à des rythmes de coupes d'arbres compatibles avec la régénérescence des espèces végétables et la préservation de l'habitat des espèces animales. (...) Pour être victorieuse, cette vaste bataille pour l'avenir de la planète devra être menée via une collaboration active entre pays du Nord et du Sud. Car ces derniers hébergent, il ne faut pas l'oublier, l'essentiel du patrimoine environnemental menacé. La protection du patrimoine naturel qu'ils hébergent vaudra à certains pays en développement des ressources considérables sur longue période qui, intelligemment investies, pourront alimenter la croissance économique. Ce type de collaborations Nord/Sud est ce qui permettra aux voies de développement de s'émanciper des trajectoires de croissance non soutenables empruntées par les sociétés industrialisées". Ok, cet extrait peut être une source de débats légitimes et "violents", car l'Occident reste le principal pollueur, et les solutions doivent tout d'abord venir de changements importants en Amérique du Nord et en Europe. Mais développement et conservation de l'environnement ne sont pas incompatibles. Le Costa-Rica, pays développé d'Amérique latine, propose un modèle de développement particulièrement intéressant. L'ensemble de ses parcs nationaux et réserves environnementales représentent 26% de la surface de son territoire ! Voilà une synthèse de ce leadership mondial dans le développement durable, assurant la préservation de ses ressources naturelles et un écotourisme apportant des ressources financières indéniables. Un pays stable, démocratique, et dont la suppression constitutionnelle de l'armée en 1949 a permis l'apport de nouveaux financements pour la conservation de son environnement. Un modèle pour le futur ? 

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