Il est toujours intéressant de capitaliser sur une expérience de mobilité internationale ou ultramarine en la resituant dans un contexte plus général ou sociologique. En effet, l'historique de ce blog présente notamment une expérience personnelle et professionnelle d'un an en Guyane française...or, pour un métro lambda n'ayant pas beaucoup voyagé avant 2007, cette expérience est forcément assez intense, car le territoire guyanais offre beaucoup de "nouveautés" par rapport au bassin lémanique. Or, ma connaissance de la Guyane, avant cette expérience, se résumait à quelques grandes représentations et images floues sur le territoire.

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Les quelques images floues que j'avais de la Guyane avant de partir : le spatial, les bestioles, la forêt. Habituel, comme on va le voir.

La lecture d'une thèse de doctorat en sociologie sur les métropolitains en Guyane, soutenue il y a 10 ans par Marion Thurmes, téléchargeable sur la toile, offre une variété d'informations sociologiques sur les métros, de quoi continuer à capitaliser sur cette petite expérience d'un an, bien qu'elle commence à dater. Un travail d'enquête a notamment été réalisé auprès d'un échantillon non représentatif de la population métropolitaine en Guyane. D'une part, il est sympathique de resituer sa propre expérience de mobilité dans celle plus générale des métropolitains qui s'installent en Guyane. D'autre part, il est aussi sympathique de situer son expérience en parallèle avec les représentations des habitants habituels de la Guyane. Le lecteur lambda de ce blog, s'il fouille dans les pages historiques présentant l'expérience guyanaise, peut en effet y voir quelques photos qu'il est possible d'interpréter :

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Message du 3 mai 2010 - Un samedi soir avec une partie des copains de l'époque : mais alors, Manu, qu'avec des métros (ou presque) pendant un an ?

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Message du 3 novembre 2008 : pour un métro lambda, "tout est nouveau", mais pour l'habitant de Guyane, le métro, lui, est "tout sauf nouveau"

Alors bien sûr, derrière ces quelques lectures et réflexions sociologiques, n'oublions pas que rester soi-même suffit souvent à nourir de belles relations. Mais quand même, il est clair que "je", comme d'autres métropolitains qui débarquent sur le sol guyanais, suis arrivé avec quelques vagues images et représentations du territoire, et que "je", comme d'autres métropolitains, suis aussi source de représentation pour les habitants de Guyane. Est-ce normal ? Qu'en dit Marion dans sa thèse? Quelles sont les représentations de la Guyane avant la migration, pour les métropolitains en général ? Un peu de recopiage de cette thèse passionnante. Comment se construisent les représentations sur la Guyane, alors que l'individu n'est pas encore sur le territoire? On pourrait penser que les images sur la Guyane découleraient de l'histoire que l'on a appris à l'école. Pourtant (dans l'enquête), les individus ne parlent jamais de leur éducation scolaire, il semblerait que ce que l'on apprend à l'école en métropole sur les DOM-TOM soient assez limité. L'acquisition des images se fait par trois moyens principaux : la documentation, les relations personnelles et l'expérience.

La documentation est constituée de différents supports : guides touristiques, sites internet, affiches publicitaires, reportages vidéos. Alors, Manu, tu t'es documenté ? Ben oui, un peu ! Guide touristique, un des seuls qui existe est le petit futé, et il ne permet pas vraiment de mieux se représenter le département; sites internet, celui de mes potentiels employeurs (notamment l'administration sanitaire lors d'un entretien pour un autre poste); Et les reportages vidéos, alors là, attention ! Car on le sait tous, nos chers journalistes télé en font, de la désinformation ! Et à l'époque, aucun Guyanais n'a oublié le reportage d'Enquête exclusive sur la Guyane et son insécurité. Un ramassis de conneries dans lequel on voit notamment des dealers vendre de la drogue en pleine rue. Hé ben, alors, qu'est-ce que c'est original ! Parce qu'à Lausanne, ville de ma période étudiante, c'était pas pareil peut-être ? Bref, passons.

Ensuite, les relations individuelles sont aussi sources d'images. Ces dernières circulent librement dans les conversations. Les individus qui sont allés en Guyane renvoient une image largement positive de ce territoire contrairement à ceux qui n'y sont jamais allés. Ainsi, les Métropolitains de retour en métropole (en tout cas une partie) deviennent des ambassadeurs du département et contribuent à la dynamique de la migration en transmettant cette image positive. Beaucoup sont finalement venus parce qu'ils ont entendu parler de la Guyane en termes positifs par des relations plus ou moins proches. Dans mon parcours, il est vrai que le fait que j'ai un ami sur place m'a incité en partie à venir. En effet, cela faisait une quinzaine d'années que j'échangeais avec lui sur son expérience kouroutienne, et forcément, cela donne envie d'aller voir sur place. Alors venir, oui, mais à la condition de trouver un poste en adéquation avec ma formation en ingénierie de l'environnement et aménagement du territoire ! Et surtout, de le trouver avant de partir. Car malheureusement, la Guyane de 2008 n'est pas l'Irlande de 2007, fonctionnant en plein emploi. Mais est-ce que je serais allé en Guyane sans avoir cette connaissance sur place ? A vrai dire, difficile à dire.

Ainsi, la lecture de cette partie sur l'avant-départ montre à quel point cette expérience de mobilité s'est construite de manière on ne peut plus normale : des représentations et images très floues, comme celles de la majorité des métros. Des représentations de deux grands types : la Guyane, comme espace naturel : l'environnement naturel, la situation géographique; la Guyane, comme société : une société multi-culturelle, des notions historiques comme le bagne.

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La période du bagne en Guyane, principale image historique qui m'est évoquée en France métropolitaine, encore aujourd'hui

La Guyane comme environnement naturel 

La situation géographique. Hé oui, bosser une année dans un territoire situé sur le continent sud-américain : voilà une belle idée ! Et cette situation géographique m'attirait particulièrement lorsque je postulais aux offres. La position géographique est une distance avec la métropole, un sentiment d'éloignement. Là, aussi, autre intérêt qui m'attirait : partir loin, vivre en dehors de l'Europe continentale pour la première fois! Eloignement synonyme d'exotisme, caractéristique d'un changement de cadre.

La Nature, entre hostilité et attirance. Plutôt positives pour les métropolitains enquêtés (53%), et pour moi aussi. Bien sûr, évidemment, les serpents et la forêt. Et forcément, pour tout amateur d'observation naturaliste, la Guyane est au top. D'ailleurs, le mythe de la forêt hostile ne semble plus aussi tenace dans l'esprit des individus que ce que l'histoire aurait pu le présumer. Dans les représentations négatives, le climat apparaît comme redouté, reste des représentations transmises par l'histoire qui associent le climat humide aux maladies incurables: "le ciel est brumeux, couvert, humide", "la chaleur est oppressante". Il faut remarquer que nombreux sont les Métropolitains qui viennent avec une appréhension plus ou moins grande sur ce qu'ils vont vivre...oh, Manu, la veille du départ, autour d'une bière avec quelques anciennes amies...je me rappelle encore de cette "foudre" ressentie une seconde en m'interrogeant de ce que j'allais vivre là-bas.

La Guyane comme société

Des notions historiques: le bagne. Les images concernant la société sont moindres et celles concernant l'histoire sont quasiment nulles, dans l'échantillon non représentatifs des métropolitains enquêtés. Il y a quelque images liées au bagne, rien d'autre. Idem me concernant.

La société guyanaise: en développement, tranquille, multiculturelle. Un territoire en développement. Représentation exacte me concernant, au niveau démographique, et c'est ce que le chef de service qui m'avait embauché m'avait expliqué. Le spatial, particulièrement médiatisé dans les médias métropolitains. Représentation exacte également.

Alors voilà. Finalement, la majorité des métropolitains qui partent vivre et travailler en Guyane n'ont pas vraiment une image unique de la Guyane avant d'y venir. Les représentations sont globalement plutôt positives ou plutôt négatives pour un individu : elles sont en tout cas nuancées puisque aucune image négative n'est assez forte pour empêcher la venue d'un individu présent en Guyane. Et finalement, en recadrant mon départ dans ce contexte plus sociologique, on se rend compte à quel point il était on ne peut plus "normal". La suite bientôt !

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Septembre 2008. De la savane, de la forêt, une grue...