08 avr. 17

Une souris et...Esra & co, rencontres franco-turques en France

Une des conséquences de la rencontre interculturelle est celle d'ouvrir doucettement son esprit à de nouvelles réflexions, à de nouvelles envies, d'évoluer un tant soit peu dans son rapport à l'existence, à l'altérité, de rester mobile et souple, intérieurement et sociétalement. S'il y a bien un pays pour lequel mon intérêt, en tant que Terrien lambda, a considérablement évolué depuis quelques temps, c'est bien la Turquie. Pourquoi donc ? Est-ce le fait d'avoir cotoyé quelques personnes de ce pays dans le cadre des échanges internationaux et de Concordia ? En tout cas, ce n'est sûrement pas le traitement médiatique qui est fait de la politique de ce pays dans le contexte actuel de la région, qui influencera mon intérêt. Faire attention à la TV, toujours, voire ne jamais la regarder, sans doute. Croiser les regards des différents journaux pour tenter de se faire un avis sur un sujet, aussi. Et bien sûr, toujours, bien avant le reste, essayer d'être en contact, même virtuellement, avec quelques habitants du territoire interrogé. Le plus intéressant, même sans sortir de chez soi. Partager le "Manière de voir" des journalistes, partager les manières de voir des copains. Alors pour un tout petit peu mieux "connaître" la Turquie, lisons avec intérêt ce numéro 132, et évadons-nous un peu avec quelques belles photos des copains turques.

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Des copains turques, des manières de voir, et des Manière de voir

Le pays subit des évènements politiques importants depuis quelques années, et il est intéressant d'associer certains évènements médiatisés avec une expérience personnelle. Ainsi, un article du Manière de voir cite Beytö, un jeune Kurde de 18 ans, sans emploi : pour lui, les jeunes aimeraient avoir des lieux pour se rencontrer, découvrir de nouvelles idées. Mais c'est surtout la mentalité qui doit changer. Peut-être qu'Esra, une belle personne dont je vous avais présentée les motivations à venir faire un SVE aujourd'hui réalisé à Lyon, pourrait le contacter et le mettre en relation avec son mouvement de jeunesse, Yasom ? Lors d'un de mes échanges avec elle, elle m'avait indiqué que l'organisation montait notamment des workshops d'éducation interculturelle à destination de la jeunesse de Turquie.

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Yasom, organisation de jeunesse turque d'Esra

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Esra, volontaire SVE sur un chantier international, 2016

Reyhan, jeune femme de 27 ans, avec qui j'ai animé ce beau chantier international de Mouleydier en août 2015, était volontaire SVE au sein de la délégation Aquitaine de Concordia. C'est la première Stambouliote que je rencontre. Mon premier contact avec elle se fait par mail le 13 juin 2015. Ce jour-là, elle m'écrit dans un français presque parfait : bonjour Emmanuel ! Je m'appelle Reyhan, je suis turque et je suis actuellement en SVE à Concordia. je serai l'animatrice vie de groupe avec toi dans le chantier de Mouleydier. J'ai déjà fait trois chantiers il y a quelques années et je pars en formation d'animateur ce week-end. Cette semaine j'ai visité le chantier et c'est super joli. Le travail c'est de nettoyer les pierres et les murs autour d'un canal et même si je connais pas grand chose, il semble assez facile.

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Le Manière de voir propose un article sur les chemins escarpés du pluralisme. Extraits. "De plus en plus, et pas seulement en Turquie, la démocratisation et l'autoritarisme vont main dans la main." Yesim Arat, professeure de science politique à l'université Bogazici, soulignait ce paradoxe durant l'été 2013, alors que les Turcs tentaient d'analyser l'impact des mouvements de contestation qui avaient éclaté à Istanbul et s'étaient étendus à tout le pays. Les manifestants s'étaient mobilisés contre un projet de développement du parc Gezi, au coeur d'Istanbul, qui liquidait un des derniers espaces verts dans le centre-ville. Leur colère avait été alimentée par la réponse autoritaire et arrogante du premier ministre Recep Tayyip Erdogan à leurs revendications."

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Reyhan, dans une manifestation à Istanbul

Bien sûr, nos échanges sont le plus souvent généraux, sur la vie de tous les jours, comme tout échange normal entre 2 Terriens. Et grâce à nos amitiés facebook, il est possible de découvrir quelques scènes de vie de cette lointaine Turquie, plus douces et positives que les photos médiatiques des évènements récents. C'est ainsi que je pioche ces belles scènes de vie stambouliotes de ce début du 21ième siècle.

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 Scènes de vie à Istanbul

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Mais à Concordia, par définition, ce n'est pas une rencontre internationale que l'on fait, mais beaucoup...lorsque je vivais à Clermont-Ferrand, j'ai eu la chance de loger deux nouveaux volontaires SVE turques, Irem et Ibrahim. Hé oui, dans ce beau monde des échanges internationaux, les organisations turques sont particulièrement actives et envoient nombre de jeunes adultes du pays sur des projets en Europe ou dans le Monde. Irem et Ibrahim viennent de finir des études en sciences politiques à Istanbul, et notre amitié facebook me permet de piocher ces deux photos pour m'évader un peu dans cette ville.

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 Une journée à Istanbul, 2016, avec Irem, tout devant, et Ibrahim, tout à droite

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Irem et Ibrahim, à gauche, avec leurs potes, posant comme les acteurs d'une série star en Turquie, Aşk-ı Memnu

Irem, installée depuis 6 mois en Auvergne, me confie être membre des Stambouliotes, un groupe facebook de rencontre entre Français et Turques qui veulent apprendre le Français, lors de soirées polyglottes, notamment au café des Augustes. Nous évoquons aussi la situation d'une partie des Franco-Turques, ces Français issus de l'exil des générations précédentes. Elle en discute avec une de ses amies, et évoque les grandes difficultés d'une partie de ces personnes à vivre au sein du territoire national. Elle me dit aussi avoir le sentiment qu'une partie de ces personnes ne vivent aujourd'hui pas comme les Turques de la Turquie du 21ième siècle, mais comme la Turquie d'"avant".

A Reignier, commune un peu triste de Haute-Savoie, au Poulpe, principal lieu de socializing du canton, je rencontre en ce mois de novembre 2016 trois Franco-Turques qui travaillent dans une entreprise de BTP. Ils ont grandi en France et sont très sympas. Peut-être qu'avoir été proche de Reyhan et Esra en 2015 m'aura donné plus spontanément envie de discuter avec eux que je ne l'aurais fait plus jeune. L'un me dit qu'ayant grandit ici, il est français. Logique. Qu'il a hésité à un moment à partir s'intaller en Turquie, mais n'y est pas arrivé. Un autre me dit, que Turque ou Français, on s'en fiche, c'est sans importance, c'est la même chose.

Il a tellement raison.

Alors qu'il y a actuellement une sorte de fixation médiatique, comme par exemple avec les propos de plus en plus radicaux de Zemmour sur cette sombre et inutile notion d'identité française, d'identité nationale, finissons ce petit article sur ces belles rencontres franco-turques par des extraits de la chanson Maché Becif des artistes de la Dub Inc :

Chante ta version mais chacun à la sienne,

on a rien en commun mais j'te dis "pas de problèmes",

chacun ses convictions, chacun sa mise en scène,

même couleur dans nos mains, malgré notre épiderme,

les consonnes peuvent se lire s'il y a des voyelles,

le futur de nos vies se conjugue au pluriel

je n'ai aucune réponse, que des questions,

rien ne me convient dans toutes les explications

ce qui s'annonce n'est pas ma direction,

et si je me trompe d'où viendra la sanction ?

Qui peut croire nous imposer, un seul regard sur notre idéal ?

On ne fait que rechercher, un équilibre entre le bien et le mal

Quand l'eau est trop profonde je reste sur la rive,

Noyé dans un désert, une terre aride,

Et quoi qu'il arrive, il faut trouver l'équilibre,

entre accepter nos chaînes et rester libre,

et tant qu'il le faut !

Prévenir les autres de la dérive,

car beaucoup d'entre nous sont unanimes,

Et tant qu'il le faut !

On le dira dans toutes nos rimes :

LE MONDE SERA CELUI QU'ON S'IMAGINE !

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