07 juil. 20

République dominicaine - Une journée à Saint-Domingue

Saint-Domingue, 05 Septembre 2019. Le Diario Libre, journal d'information dominicain, présente dans un de ses articles le proces de Maurice le coq, durant lequel le tribunal de Rochefort a donné raison ce jeudi à la propriétaire du coq Maurice, en déboutant de leur plainte les voisins qui l'avaient attaqué pour nuisance sonore. Une victoire pour la ruralité, d'après certains. Mon amie Lery Laura me contacte, amusée, comme son amie qui lui a transmis ce message, lui flânant qu'ils sont divertissants, les problèmes du Premier monde.

Lery Laura

Manu: par premier monde, elle fait référence au monde occidental ?

Lery Laura: en l'occurence, elle se réfère à l'Europe.

Manu: tu considères l'Europe comme le premier monde ?

Lery Laura: ben oui. C'est une expression qui se réfère à l'ensemble des pays dont les citoyens ont un niveau de vie élevé. Cela ne fait pas référence à son âge, exactement. Vous ne l'utilisez pas en français, ou veux-tu dire que le terme peut être questionné ?

Manu: non, pas vraiment, il me semble. Et me vient à l'esprit une  interrogation: Y a-t-il des ressentiments, en République dominicaine, vis-à-vis de l'Europe ?

Lery Laura 2

Plage El Valle

Lery Laura:  en général, non. Il y a de petits groupes qui, dans le juste désir de reconnaître la valeur de notre héritage afro, sont un peu polarisés contre la partie blanche. Mais ils sont très rares. Aussi les gens avec une position politique anti-impérialiste en général, qui vivent ceci très sérieusement. Mais je ne pense pas qu'il y ait du ressentiment. Le Dominicain "moyen" n'a pas assez de formation politique pour développer ce ressentiment :).

Lery Laura 3

Plage de la province de Pedenarles

Lery Laura 6

Rio Las Cuevas, près de la ville de Padre las casas, ville d'origine de Lery Laura

05 Juillet 2020. La République dominicaine élit son président en pleine pandémie. "Après huit années ans de mandat de Medina et huit de Fernandez, il y a une fatigue logique de la population, mais, surtout, un ras-le-bol face aux scandales de corruption et au manque de réponse de la justice" écrit le journal Le Monde. Un ras-le-bol qui s’était exprimé dès janvier 2017 lors de « marches vertes », quand des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue – du jamais-vu dans ce petit Etat insulaire de 11 millions d’habitants.

Manu: que penses-tu de ces manifestations ?

Lery Laura: la République dominicaine est mon pays. Je suis heureuse de vivre sur un beau territoire, plein de surprises naturelles et très riche en termes culturels. Mais notre peuple subit les conséquences d'une institutionnalité très faible. Cela se traduit par un niveau élevé de corruption dans l'administration de l'État et des services publics précaires. Pour changer cela, nous, Dominicains, avons une très grande tâche devant nous. Le chemin qui nous attend est immense, en termes d'autonomisation des citoyens, mais ces dernières années, nous avons pris des mesures très précieuses. Trois mouvements citoyens, principalement ou initialement animés par des jeunes, ont été d'une grande importance dans ce processus. Tout d'abord, celui des parapluies jaunes, qui visait à obtenir un engagement du gouvernement à accroître les investissements publics dans l'éducation et à améliorer la qualité de notre système public. Nous avons pris nos parapluies dans la rue jusqu'à ce que l'engagement soit pris. Depuis 2013, l'État alloue l'équivalent de 4 % du PIB à l'éducation. La qualité ne s'améliore toujours pas, nous avons cette partie de l'agenda en suspens. Nous savons également que cette tâche ne peut être accomplie du jour au lendemain. Il n'en reste pas moins que nous avons besoin d'un engagement plus important de nos dirigeants en faveur de l'éducation. Cet engagement ne doit pas se limiter à des ressources, il doit également impliquer un grand effort pour administrer efficacement ces ressources et ainsi parvenir à une meilleure éducation du public.

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Los sombrillas amarillas (photo du web)

Le second mouvement est né de l'indignation suscitée par la corruption publique. C'était la Marche verte.

Marches Vertes

Lery Laura, à une marche verte

Marcha verde

Marcha verde 3 Marcha verde 5 Marcha verde 4

Marcha verde2

De nombreuses personnes indignées par la corruption et l'impunité sont descendues dans la rue pour exiger que les fonctionnaires corrompus soient traduits en justice et même que le président de l'époque, Danilo Medina, démissionne en raison de son manque de volonté à lutter contre ce problème. Cette marche n'a pas eu de résultats concrets de type X nombre de soumissions ou X nombre d'arrestations pour corruption, et le président n'a pas démissionné. Mais elle a eu un poids politique important, car l'image de la corruption incontrôlée du gouvernement s'est imposée dans la population. De nombreuses personnes qui étaient autrefois plus ou moins tolérantes à l'égard de la corruption ont cessé de l'être. Le gouvernement dirigé par Medina a perdu de sa popularité, mais il est resté très fort. Les programmes sociaux d'aide économique et alimentaire ont eu un impact significatif sur la préférence électorale des populations les plus pauvres, de sorte que la possibilité que le parti au pouvoir quitte le pouvoir n'a pas été clairement prévue. Mais il y avait plusieurs articulations qui l'affaiblissaient.

Le troisième mouvement est apparu en février dernier, lorsque les autorités ont suspendu les élections municipales en raison de problèmes technologiques, semble-t-il. Alors les jeunes ont lancé un mouvement pour la démocratie. A cette occasion, les citoyens se sont habillés en noir et ont demandé que les raisons de la suspension soient clarifiées et que de nouvelles élections soient organisées le plus rapidement possible. L'événement (la suspension des élections) était si grave qu'il a scandalisé des personnes qui ne participaient généralement pas aux mouvements citoyens. Mais aussi parce que cela se passe dans une situation électorale, toute l'opposition politique manifestait, ce n'était plus seulement les habituels inquiets (la classe moyenne). De cette façon, l'ampleur du mouvement semblait plus grande que les deux précédents. Cette fois, parmi les moyens de manifester en faveur de la démocratie, il y avait les cacerolazos. À 8 heures du soir, nous sommes sortis sur les balcons pour jouer des casseroles pendant cinq minutes, et nous nous sommes tous sentis surpris et heureux de participer à ce grand concert que pratiquement toute la ville a offert. Les gens se sont sentis unis dans leur but, et le sens du village, de la communauté, est devenu plus fort. Le mécontentement était si fort que lors des élections d'hier, le candidat officiel a été battu malgré le fait que le gouvernement ait investi une quantité immense de ressources dans les programmes sociaux et l'aide, espérant obtenir des votes favorables des bénéficiaires et de leurs proches.Le nouveau président n'est pas particulièrement populaire. Beaucoup de gens le perçoivent comme la seule option qui pourrait faire sortir le LDP du pouvoir à ce stade, mais sans qu'on s'attende à ce qu'il mette en œuvre des transformations majeures. Je pense que l'œil du citoyen est plus fort et cela devrait mettre la pression sur le nouveau gouvernement.

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Democratia

Mouvement pour la démocratie (photos du web)

D'une certaine manière, c'est une percée. J'espère que le nouveau gouvernement sera à la hauteur des exigences de ce peuple.

Manu: tu te sens militante politique ?

Lery Laura: non. Mais je suis une romantique et je soutiens des causes sans issue.

Manu: quel a été ton niveau de participation à ces trois mouvements citoyens ?

Lery Laura: je me suis très impliqué dans le mouvement des parapluies jaunes. Dans la marche verte, c'était moins. Je n'ai assisté qu'aux appels les plus importants des organisateurs. J'ai assisté à deux ou trois manifestations de ce mouvement. Dans le mouvement pour la démocratie, idem.  Soutenir le mouvement sans s'engager auprès des organisateurs.

Lery Laura 5

Tu aimes ton pays ? Oui. C'est ma maison.

Posté par Emmanuel_M à 19:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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05 nov. 14

Une souris et...Lery Laura, mi-muse, mi-poète

Lery Laura est une amie. Une "amie du Monde", comme il est facile d'en avoir de nos jours. Je la contacte en été 2013 après être quelque peu tombé par hasard sur son profil linkedin: "Lery Laura es periodista, egresada de la Escuela de Comunicación Social de la Universidad Catolica Santo Domingo. Sus intereses están vinculados a la investigación periodistica, el arte, la comunicación social y las ciencias sociales en general. Trouvant que discuter avec elle pourrait être chouette, nos premiers échanges sont dans un spanglish moderne : "Hi I am seeing you are periodista (in linkedin) and I would really be pleased of speaking with you about life, work, etc...would you be interested ? Kind regards, Emmanuel from France." C'est alors qu'elle me répond : "Hola, sí, soy periodista. Trabajo en una revista dominicana, escribo artículos de economía y sociedad. Mi trayectoria no ha sido extenso, pero algo tengo para compartir. Empiezo contándote que me cuesta mucho escribir en inglés, pero you can translate this with google. Gracias por interesarte."

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Lery Laura, par Manu

Depuis ce jour, nous échangeons régulièrement sur la vie, le travail, la République Dominicaine, La France, les Alpes, les grenouilles, les fleurs...et quelle chance, Lery Laura et moi avons quelques centres d'intérêt en commun : la nature, la photo, l' écriture par exemple. Il est peu habituel d'entendre parler de cette île des Caraïbes dans les médias français, en dehors du tourisme. Alors pourquoi ne pas dépasser un peu les clichés et affiner sa connaissance du pays via cet échange interculturel ?

lery laura

Plage de Cabrera, République Dominicaine...et si on dépassait les clichés ?

Mais après cette brève introduction, je dois vous dire quelque chose...Lery Laura est aussi un peu poète. Mais ne le dites pas, hein, c'est un secret ! Et dans nos échanges, elle m'envoie notamment un de ses poèmes, XXX. Extrait choisi :

"...Y hablo de tristeza

No por estar triste - Lo juro.

sino porque es una palabra bellisima :

Tristeza, 

la tristeza,

Tristeza.

Es un cristal creciendo

en estos ojos cerrados

y temerosos de las sombras

y otros ojos que son apenas posibles."

Mais comme le dit José Marmol, poète dominicain né en 1960, au jour d'aujourd'hui, on ne vit pas de la poésie en République Dominicaine. Alors Lery Laura, pour palier à cet idéal, écrit sur la société dominicaine, dans le cadre de son travail...travail qui ponctuellement peut l'emmêner dans l'autre partie de l'île Hispaniola, en Haïti, comme à ce moment là.

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 Excursion professionnelle de Lery Laura en Haïti

Ces échanges interculturels entre une Dominicaine lambda et un Français lambda sont particulièrement variés, et permettent à chacun d'affiner un peu sa conscience internationale. Récemment, une des rares actualités de l'île commentée dans les médias français a été lié à la décision du gouvernement dominicain de dénationaliser une partie de sa population d'origine haïtienne. Historiquement, les relations entre les deux Etats de l'île sont tumultueuses, au niveau des politiques d'Etats en tout cas. En est-il de même au niveau de la population...Humm peut être, mais dans une moindre mesure sans doute. En tout cas, on pouvait lire quelques articles il y a un an dans les médias français. "En 1937, le dictateur dominicain Rafael Trujillo ordonna le massacre de plus de 15 000 migrants haïtiens noirs pour « blanchir la race ». L'année suivante, pour se faire pardonner par la communauté internationale, le tyran sanguinaire ouvrit les portes de son pays aux juifs allemands, blancs, persécutés par Hitler. Soixante-quinze ans plus tard, la décision du plus haut tribunal dominicain de retirer la nationalité dominicaine aux descendants d'Haïtiens provoque à nouveau la préoccupation de la communauté internationale et l'indignation des défenseurs des droits humains. Fin septembre, le Tribunal constitutionnel a jugé, de manière rétroactive, que les descendants des migrants « en transit », nés depuis 1929, ne pouvaient prétendre à la nationalité dominicaine." Concrètement, cette décision retire la nationalité dominicaine pour plus de 250 000 hommes et femmes d'origine étrangère [haïtienne]. Du discours de Grenoble...en République Dominicaine. Lery Laura, mon amie, m'a évoqué cette situation il y a un an. Bien sûr, elle n'est pas spécialiste de cela, mais en tant que citoyenne dominicaine, elle peut se sentir directement concernée par cette décision. Et on peut voir cette photo sur sa page facebook.

Lery Laura 6

Et puis parfois nous parlons aussi voyages. Lery Laura est notamment allé au Guatemala, et a passé plusieurs jours dans un village indigène du pays. Nous avons échangés sur ce thème, et elle m'a envoyé quelques textes décrivant cette expérience. Extraits choisis : "27 de noviembre de 2009. Estoy en un pueblo indígena y para mí todavía resulta muy impresionante el encuentro con esta cultura. Es gente muy silenciosa y tranquila. Los hombres y las mujeres mayores siempre caminan como quien va meditando. Desde niñaslas mujeres usan el huipil, un corte muy colorido que debe decir mucho sobre sus creencias pero que yo no entiendo muy bien todavía. La mayoría lleva muy largo el pelo, aunque en algunas jóvenes se puede notar una tendencia a abandonar esta costumbre. Las más viejas sí lucen con orgullo el pelo canoso que cae sobre sus espaldas. Se ven hermosas y no sé por qué encuentro que hay tanto sosiego en las arrugas formadas sobre sus rostros. Yo pocas veces miro la vejez como algo natural, como algo justo o con lo que yo estaría conforme, pero aquí con frecuencia le encuentro algo de encanto. Supongo que es igual de triste aquí que allá, y que mi encantamiento se debe a que de todos modos estoy más distante de este pueblo y todavía soy incapaz de verlos como algo más que un patrimonio cultural. No sé si digo lo que quiero decir. Me refiero a que sé la miseria que hay detrás de los rostros arrugados que se suben a la guagua en que voy del trabajo a mi casa, allá en Santo Domingo, o al menos eso creo. Conozco a mi gente y sus penas, pero de aquí casi no conozco nada. Sé que esta gente padece de muchas cosas, pero no soy capaz de ver esos dolores en sus rostros, como hago cuando veo a un dominicano. En fin…Ya dije que son gente muy reservada, pero un saludo no falta nunca cuando una se cruza con ellos por la calle o algún camino. Se limitan a decir buenos días o buenas tardes, pero lo dicen con una voz muy alegre, sobre todo las mujeres y niñas."

Enfin, nos discussions ne sont pas non plus trop politiques, et il est parfois tout aussi sympathique de comparer les formes et couleurs naturelles !

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Dans un jardin de Saint Domingue...(photos de Lery Laura)

Posté par Emmanuel_M à 18:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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