05 nov. 14

Une souris et...Lery Laura, mi-muse, mi-poète

Lery Laura est une amie. Une "amie du Monde", comme il est facile d'en avoir de nos jours. Je la contacte en été 2013 après être quelque peu tombé par hasard sur son profil linkedin: "Lery Laura es periodista, egresada de la Escuela de Comunicación Social de la Universidad Catolica Santo Domingo. Sus intereses están vinculados a la investigación periodistica, el arte, la comunicación social y las ciencias sociales en general. Trouvant que discuter avec elle pourrait être chouette, nos premiers échanges sont dans un spanglish moderne : "Hi I am seeing you are periodista (in linkedin) and I would really be pleased of speaking with you about life, work, etc...would you be interested ? Kind regards, Emmanuel from France." C'est alors qu'elle me répond : "Hola, sí, soy periodista. Trabajo en una revista dominicana, escribo artículos de economía y sociedad. Mi trayectoria no ha sido extenso, pero algo tengo para compartir. Empiezo contándote que me cuesta mucho escribir en inglés, pero you can translate this with google. Gracias por interesarte."

lery laura 4

Lery Laura, par Manu

Depuis ce jour, nous échangeons régulièrement sur la vie, le travail, la République Dominicaine, La France, les Alpes, les grenouilles, les fleurs...et quelle chance, Lery Laura et moi avons quelques centres d'intérêt en commun : la nature, la photo, l' écriture par exemple. Il est peu habituel d'entendre parler de cette île des Caraïbes dans les médias français, en dehors du tourisme. Alors pourquoi ne pas dépasser un peu les clichés et affiner sa connaissance du pays via cet échange interculturel ?

lery laura

Plage de Cabrera, République Dominicaine...et si on dépassait les clichés ?

Mais après cette brève introduction, je dois vous dire quelque chose...Lery Laura est aussi un peu poète. Mais ne le dites pas, hein, c'est un secret ! Et dans nos échanges, elle m'envoie notamment un de ses poèmes, XXX. Extrait choisi :

"...Y hablo de tristeza

No por estar triste - Lo juro.

sino porque es una palabra bellisima :

Tristeza, 

la tristeza,

Tristeza.

Es un cristal creciendo

en estos ojos cerrados

y temerosos de las sombras

y otros ojos que son apenas posibles."

Mais comme le dit José Marmol, poète dominicain né en 1960, au jour d'aujourd'hui, on ne vit pas de la poésie en République Dominicaine. Alors Lery Laura, pour palier à cet idéal, écrit sur la société dominicaine, dans le cadre de son travail...travail qui ponctuellement peut l'emmêner dans l'autre partie de l'île Hispaniola, en Haïti, comme à ce moment là.

Lery Laura 7

 Excursion professionnelle de Lery Laura en Haïti

Ces échanges interculturels entre une Dominicaine lambda et un Français lambda sont particulièrement variés, et permettent à chacun d'affiner un peu sa conscience internationale. Récemment, une des rares actualités de l'île commentée dans les médias français a été lié à la décision du gouvernement dominicain de dénationaliser une partie de sa population d'origine haïtienne. Historiquement, les relations entre les deux Etats de l'île sont tumultueuses, au niveau des politiques d'Etats en tout cas. En est-il de même au niveau de la population...Humm peut être, mais dans une moindre mesure sans doute. En tout cas, on pouvait lire quelques articles il y a un an dans les médias français. "En 1937, le dictateur dominicain Rafael Trujillo ordonna le massacre de plus de 15 000 migrants haïtiens noirs pour « blanchir la race ». L'année suivante, pour se faire pardonner par la communauté internationale, le tyran sanguinaire ouvrit les portes de son pays aux juifs allemands, blancs, persécutés par Hitler. Soixante-quinze ans plus tard, la décision du plus haut tribunal dominicain de retirer la nationalité dominicaine aux descendants d'Haïtiens provoque à nouveau la préoccupation de la communauté internationale et l'indignation des défenseurs des droits humains. Fin septembre, le Tribunal constitutionnel a jugé, de manière rétroactive, que les descendants des migrants « en transit », nés depuis 1929, ne pouvaient prétendre à la nationalité dominicaine." Concrètement, cette décision retire la nationalité dominicaine pour plus de 250 000 hommes et femmes d'origine étrangère [haïtienne]. Du discours de Grenoble...en République Dominicaine. Lery Laura, mon amie, m'a évoqué cette situation il y a un an. Bien sûr, elle n'est pas spécialiste de cela, mais en tant que citoyenne dominicaine, elle peut se sentir directement concernée par cette décision. Et on peut voir cette photo sur sa page facebook.

Lery Laura 6

Et puis parfois nous parlons aussi voyages. Lery Laura est notamment allé au Guatemala, et a passé plusieurs jours dans un village indigène du pays. Nous avons échangés sur ce thème, et elle m'a envoyé quelques textes décrivant cette expérience. Extraits choisis : "27 de noviembre de 2009. Estoy en un pueblo indígena y para mí todavía resulta muy impresionante el encuentro con esta cultura. Es gente muy silenciosa y tranquila. Los hombres y las mujeres mayores siempre caminan como quien va meditando. Desde niñaslas mujeres usan el huipil, un corte muy colorido que debe decir mucho sobre sus creencias pero que yo no entiendo muy bien todavía. La mayoría lleva muy largo el pelo, aunque en algunas jóvenes se puede notar una tendencia a abandonar esta costumbre. Las más viejas sí lucen con orgullo el pelo canoso que cae sobre sus espaldas. Se ven hermosas y no sé por qué encuentro que hay tanto sosiego en las arrugas formadas sobre sus rostros. Yo pocas veces miro la vejez como algo natural, como algo justo o con lo que yo estaría conforme, pero aquí con frecuencia le encuentro algo de encanto. Supongo que es igual de triste aquí que allá, y que mi encantamiento se debe a que de todos modos estoy más distante de este pueblo y todavía soy incapaz de verlos como algo más que un patrimonio cultural. No sé si digo lo que quiero decir. Me refiero a que sé la miseria que hay detrás de los rostros arrugados que se suben a la guagua en que voy del trabajo a mi casa, allá en Santo Domingo, o al menos eso creo. Conozco a mi gente y sus penas, pero de aquí casi no conozco nada. Sé que esta gente padece de muchas cosas, pero no soy capaz de ver esos dolores en sus rostros, como hago cuando veo a un dominicano. En fin…Ya dije que son gente muy reservada, pero un saludo no falta nunca cuando una se cruza con ellos por la calle o algún camino. Se limitan a decir buenos días o buenas tardes, pero lo dicen con una voz muy alegre, sobre todo las mujeres y niñas."

Enfin, nos discussions ne sont pas non plus trop politiques, et il est parfois tout aussi sympathique de comparer les formes et couleurs naturelles !

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Dans un jardin de Saint Domingue...(photos de Lery Laura)

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13 avr. 14

Une souris et...Bennett, de la compétence interculturelle

Développer des compétences progressives sur les thèmes de l'expatriation, de la culture, de l'interculturel. Voilà un beau projet à mener dans ces temps où le chômage important en France peut inciter une personne demandeuse d'emploi à s'ouvrir à l'international. Cet article n'est que recopiage, une fois n'est pas coûtume. Après tout, l'écriture d'éléments purement recopiés est un outil pour apprendre.

Stéphane Talleux et Bertrand Fouquoire en parlent dans un des (nombreux) livres de la collection "la première fois" des éditions StudyramaPro, qui fournissent nombre d'ouvrages synthétiques et efficaces sur divers outils de travail à utiliser dans le cadre personnel ou professionnel. Leur sujet d'expertise: l'expatriation. Le thème du livre: "réussir ma première expatriation". Un des enjeux : anticiper le "choc" culturel. Pour cela, évaluer sa compétence interculturelle. Il est important de repérer où l'on en est de sa capacité à vivre dans une autre culture. La personne qui n'a pas éprouvé ce que recouvre la confrontation avec une autre culture peut minimiser ou maximiser son impact. Aussi, la génération Y (née depuis 1980) a vécu une entrée progressive dans l'international. A l'origine de cela: les classes européennes et leurs échanges scolaires, le programme ERASMUS, les stages à l'étranger imposés en post-bac. Mais aussi les réseaux sociaux, car ils permettent la gestion de liens nombreux et faibles en investissements de temps. On conserve les liens avec les personnes qui déménagent en France ou à l'étranger. Le Schéma chez les X était de s'expatrier pour une entreprise. A 25 ans, on pouvait se retrouver à travailler au Japon, sans avoir fait ses armes dans un pays européen. Les Y ont construit progressivement leur compétence interculturelle : d'abord dans des pays proches culturellement au collège (Angleterre, Allemagne, Espagne), puis dans des pays européens plus éloignés, pour aborder ensuite les autres continents. "Dans mon parcours d'ouverture et de découverte du monde, j'ai procédé par étapes : chaque étape me prépare à l'étape suivante. Je pense qu'il est difficile d'entrer en contact avec les locaux dès la première expérience. La démarche est progressive. Mais ce n'est qu'en se retournant qu'on se rend compte que chaque étape a permis la suivante. Je conseille de s'inscrire progressivement dans une démarche de mobilité internationale. J'ai commencé à Londres par échanger avec des gens qui ont voyagé. J'ai profité de leur expérience. J'ai réalisé que ce n'est pas sorcier, ce qui a enclenché mon départ. Je me souviens avoir été ébahie par une fille partie en Amérique du Sud et qui avait trouvé un travail très sympa là-bas : elle avait été obligée de trouver quelque chose car elle n'avait plus d'argent. En fait, quand tu es ouverte, et que tu te retrouves dans une situation d'inconfort, tu te mets à chercher et tu trouves. La plupart de ceux qui hésitent pour s'expatrier ne savent pas par quel bout prendre ce projet de partir. ça les fait rêver mais c'est finalement trop de remise en question", indique Justine, 24 ans. L'inscription dans une démarche de mobilité internationale a été directe pour une majorité de X, ce qui explique une mise sous contrôle et l'installation fréquente dans la bulle expatriée. Vigiliance chez les Y néanmoins : Erasmus est un premier pas, certes. Cependant, les conditions n'ont rien à voir avec un départ en solo à l'autre bout du Monde : le système Erasmus est une ouverture à un milieu de Y internationaux, non une intégration culturelle dans des conditions de travail avec des autochtones de toute génération. L'échelle de Bennett permet alors à toute personne d'évaluer son attitude dans une situation de confrontation à une autre culture (source: document de l'institut canadien du service extérieur, centre d'apprentissage interculturel)

BENNETT_SCALE2

Déni: le déni représente le plus bas degré d'ouverture face aux différences culturelles. On ignore tout simplement qu' elles existent, ou bien on les perçoit à un niveau très général : ce qui résulte d'un isolement physique ou social en rapport avec ces différences. En tant que telle, cette position représente l'ultime ethnocentrisme, où la propre vision du monde que l'on a, n'est jamais remise en question et est posée comme étant centrale à toute réalité. Une forme plus répandue de déni est ce que l'on nomme " l'esprit de clocher " ou une vision du monde plus ou moins étroite. Cet état d'esprit reflète un degré limité de contact avec les différences culturelles, ce qui se manifeste par de la gêne, ou par le fait qu'on trouve bizarre ce qui est différent. L'esprit de clocher se caractérise par l'utilisation de très larges catégories pour classifier les différences, ces larges catégories permettront aux différences d'être perçues de manière minimale et sans grand discernement. Un exemple d'une telle catégorie serait la reconnaissance que les Asiatiques sont différents des Occidentaux, sans reconnaître que les cultures asiatiques diffèrent entre elles. 

Défense: La défense, deuxième stade, représente un développement de la sensibilité par rapport au déni, parce qu'il est le résultat d'une perception assez forte des différences pour qu'elles soient menaçantes. La forme de défense la plus commune est celle du dénigrement des différences. On reconnaît généralement ce phénomène à l'élaboration de stéréotypes négatifs, où chaque membre d'un groupe culturel distinct se voit doté de caractéristiques indésirables qu'on voit doté à tout son groupe. Ce type de dénigrement est considéré ici comme un stade de développement et non comme un acte isolé. Une observation qui corrobore cette opinion est que les gens qui dénigrent un groupe en particulier sont également susceptibles de dénigrer d'autres groupes. Bien que le dénigreur puisse être mal informé, ce n'est pas l'ignorance qui explique sont attitude défensive, mais bien l'ethnocentrisme. Une autre forme du stade de défense est le postulat de supériorité culturelle. Plutôt que de dénigrer une culture, on présume simplement que sa propre culture est l'apogée de quelque projet évolutionnaire. Une telle manoeuvre insigne automatiquement à ce qui est inférieur un statut inférieur. C'est un stade où l'insécurité face aux différences est très grande, puisqu'elles laissent entrevoir la possibilité que notre culture ne soit pas la seule vision du monde possible. A une étape plus avancée de défense, on considère que les autres cultures sont tout simplement inférieures à la notre, sur un continuum dont nous sommes l'apogée.

Minimisation: ce troisième et dernier stade de fermeture face aux différences culturelles traduit un degré si intense d'expérience de la différence que l'individu qui le traverse cherche un refuge. Les personnes à ce stade recherchent une paix ou un confort qu'il est impossible de ressentir dans le stade de la Défense. A ce stade, on présuppose que toute l'humanité est régie par des principes communs de base qui guident les valeurs et les comportements. Les gens qui adoptent ce point de vue abordent généralement les situations interculturelles avec l'assurance qu'une simple conscience des patterns fondamentaux d'interaction humaine leur suffira pour assurer le succès de la communication. Un tel point de vue est ethnocentrique parce qu'il présuppose que les catégories fondamentales de comportement sont absolues et que ces catégories sont justement les nôtres ! Dans ce contexte, les différences ne sont que des variations sur un thème commun à toutes les cultures. A ce stade, les différences culturelles sont reconnues et tolérées jusqu'à un certain point. Par contre, ces différences sont perçues comme étant superficielles, ou comme pouvant constituer un obstacle à la communication. Cela se comprend du fait qu'à ce stade, on présume que la communication repose nécessairement sur un ensemble commun et universel de règles et de principes. Bien qu'à ce stade on démontre plus de sensibilité culturelle qu'aux stades précédents, on ne peut pleinement entrer dans la compréhension interculturelle comme le prétendent les gens qui traversent ce stade.

Acceptation: entre le stade de minimalisation et d'acceptation se fait un embrayage qui change radicalement l'attitude des gens face aux différences. Ce passage est marqué par une nouvelle manière de voir les cultures comme étant fluides et dynamiques, plutôt que rigides et statiques. Cette transition se  caractérise par un passage de la vision des différences comme des choses à la vision des différences comme des processus. D'un point de vue ethnorelativiste, les gens n'ont pas un comportement mais plutôt ils se comportent. Plus profondément, les gens n'ont pas de valeurs, mais plutôt ils valorisent quelque chose. Cette réinterprétation subjective permet d'éviter une vision statique de la culture telle que définie par Hall. A ce stade, les gens sont également perçus comme étant en quelque sorte co-créateurs de leur propre réalité. Cette vision de la réalité culturelle comme à la fois consensuelle et muable (en mouvement) constitue la base de l'ethnorelativisme, et est donc nécessaire à un plus grand développement de la sensibilité interculturelle. Il est possible à ce stade de concevoir d'autres cadres de référence culturelle que le nôtre, bien qu'on ne les comprenne pas toujours dans toute leur complexité. Les gens qui sont au stade de l'acceptation cherchent à explorer les différences et ne les perçoivent plus comme menaçantes. Ils acceptent le fait que des gens puissent avoir des cadres de référence culturels différents des leurs, et se réjouissent de ce fait. On les reconnaît à leur questionnement avide des gens de l'autre culture, qui traduit une volonté réelle de s'informer, et non pas de confirmer des préjugés. Le stade de l'acceptation souligne une ouverture dans sa vision des différences. Le mot-clé de ce stade est connaître ou apprendre.

Adaptation: accepter les différences culturelles comme non-figées permet d'y adapter son comportement et sa pensée. La capacité de modifier temporairement sa vision habituelle des choses constitue le coeur de la communication interculturelle. En contexte interculturel, changer ainsi sa façon de traiter la réalité témoigne d'une augmentation de la sensibilité culturelle. La forme la plus commune d'adaptation est l'empathie. L'empathie implique un changement temporaire des cadres de référence, où l'on perçoit des situations comme si l'on était l'autre personne. Lorsque cette autre personne utilise une vision du monde passablement différente de la notre, l'empathie se rapproche d'un changement de vision culturelle. Généralement, l'empathie est partielle, s'étendant seulement aux domaines pertinents à la situation de communication. Le comportement empathique se manifeste par des actions qui sont plus appropriées dans la culture cible que dans sa propre culture. Ces actions peuvent être simplement mentales,tel que le fait de formuler des questions acceptables, ou elles peuvent inclure la capacité de générer des comportements verbaux et non-verbaux coordonnés qui sont perçus comme étant appropriés par un membre de la culture cible. Adaptation aux différences culturelles suit l'Acceptation et souligne un changement au niveau de manières d'agir des personnes. Les gens qui traversent ce stade comprennent le cadre de référence de l'autre culture et sont capables d'agir en conséquence : ils sont en mesure d'empathiser avec les gens de l'autre culture. A ce stade avancé d'adaptation, les gens sont des pluralistes culturels, puisqu'ils sont capables de fonctionner dans plus d'un cadre de référence culturel. Ils sont devenus capables de faire spontanément le décodage des normes et valeurs qui expliquent un comportement dans sa logique culturelle. Le pluralisme culturel peut être également vu comme une capacité devenue habituelle d'empathiser. En résumé, l'adaptation aux différences en tant que stade de développement de la sensibilité interculturelle se traduit par l'habileté d'une personne à agir de façon ethnorelative. Cette habileté d'agir hors de son cadre culturel est basé sur une vision dynamique des différences, et est au coeur de la communication interculturelle. D'autres formes de comportements adaptifs, telles l'assimilation ou le pluralisme né de long séjours en cultures étrangères, peuvent sembler de la sensibilitéinterculturelle, mais en soi, elles relèvent plutôt d'une forme de mimétisme et n'ont pas la base développementale nécessaire à l'ethnorelativisme. Ce stade traduit un sentiment de sécurité par rapport à sa culture d'origine : on peut s'adapter sans se sentir menacé. Le mot-clé de ce stade est comprendre.

Intégration: l'intégration est le dernier stade d'ouverture face aux différences culturelles. C'est le sens qui sous-tend la description qu'Adler fait de la personne multiculturelle : cette personne n'est pas simplement la personne sensible à plusieurs cultures différentes. C'est plutôt la personne qui est constamment en train de devenir une partie de et qui se sent en même temps en dehors d'un contexte culturel donné. Elle se développe seulement après des séjours prolongés dans plusieurs endrois où l'on est mis en contact avec d'importantes différences culturelles. Dans le langage de ce modèle, une personne qui a intégré la différence est celle qui peut percevoir les différences en tant que processus, qui peut s'adapter à ces différences et qui, en plus, peut définir sa culture de plusieurs façons différentes. Une aptitude de la sensibilité culturelle à ce stade est l'habileté d'évaluer un phénomène en regard d'un contexte culturel donné. Cette aptitude, appelée évaluation contextuelle, permet de reconsidérer les jugements qu'on avait suspendu au stade de l'acceptation sans toutefois tomber dans l'ethnocentrisme. C'est en regard de tel ou tel cadre de référence culture qu'on évaluer les actions. La même action peut donc être jugée potentiellement " bonne " (culture A) ou " mauvaise " (culture B). En termes d'éthique individuelle, cela implique que les actions sont évaluées par rapport à un contexte culturel qu'on a soit même établi. A ce stade, l'individu intègre plusieurs cadres de référence dans sa propre manière d'être. Son système de valeur est extrait de ces différents cadres culturels, mais il n'en adopte aucun tout entier. Le fait qu'une personne ne s'identifie de manière absolue à aucune autre culture peut être positif. Cette marginalité constructive peut devenir un précieux outil en médiation culturelle. A ce point culminant de la sensibilité interculturelle qu'est le stade de l'intégration, une personne vit les différences culturelles comme un aspect essentiel et réjouissant de la vie.

Stratégies d'évolution d'un stade à un autre: Bennett propose aussi des stratégies d'évolution afin de favoriser les transitions d'un stade au suivant. En voici un résumé. Du déni vers la défense : une prise de conscience des différences ; De la défense à la minimisation : dépolariser les jugements négatifs, introduire les aspects positifs communs à toutes les cultures, voir les similitudes ; De la minimisation à l'acceptation : se rendre compte de l'importance des différences culturelles ; De l'acceptation à l'adaptation : encourager l'exploration intensive et la recherche (questionner pour connaître l'autre cadre culturel) ; De l'adaptation à l'intégration : tout ce qui permet de développer sa capacité d'empathie avec l'autre culture ainsi que sa capacité de communiquer interculturellement ; de l'intégration sans désintégration : préciser ou définir un cadre d'éthique personnel, servir de médiateur culturel où le fait de ne s'identifier complètement à aucune culture en particulier sera considéré comme un atout et non une faiblesse.

Maintenant,il ne reste plus qu'à utiliser cette échelle pour continuer à mûrir cette compétence et alimenter ce blog en présentant des anecdotes vécues ou entendues !

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30 nov. 13

Une souris et...Louis Autar, Suriname, années 60

Louis Autar ne m'est pas connu, peut-être n'est-il même plus de ce monde, mais la lecture récente d'une publication sur les effets létaux et non létaux de la prédation des tortues marines adultes m'invite à écrire de nouveau sur ce thème. Voilà 4 ans que je suis rentré de Guyane, mais la magie d'internet ou des livres me permet de continuer à mûrir ma connaissance et compréhension du plateau des Guyanes, qui va du Vénézuela au Nord du Brésil. Un des outils de travail très utile est l'acquisition d'un niveau d'anglais bilingue (dans le sens : non-gênant dans aucune situation), qui donne accès à une multitude d'études et ouvrages de grande qualité sur la région. L'expérience bénévole de l'époque, 4 mois sur le projet de conservation des tortues marines géré par l'association Kwata en 2009 me permet aussi de continuer, petit à petit, à apprendre sur la conservation de ces espèces. Non pas que j'en ai besoin dans mes activités quotidiennes depuis 4 ans, mais c'est un sujet intéressant car il touche à la fois à des espèces emblématiques des mers et océans, à des enjeux écologiques importants pour les habitants des littoraux, et à des problématiques internationales, certains specimens de tortues luth se retrouvant sous des lattitudes variées. Et puis, en tant qu'adhérent "passif" de l'association Kwata, qui met en oeuvre le programme de conservation des tortues marines au niveau de l'île de Cayenne, il est intéressant de lire ponctuellement quelques publications scientifiques produites soit par l'association, soit par d'autres structures...d'autant plus qu'il est possible de bien visualiser les expériences décrites.

MARINE TURTLES

Suivi télémétrique de 16 tortues vertes sur le plateau des Guyanes par le WWF, 2012

Ces lectures ont aussi l'utilité professionnelle de maintenir des compétences qui s'en iraient au fond du tiroir, du fait de l'obligation de spécialisation poussée générée par le marché du travail: les métiers de l'ingénierie de l'environnement, comme beaucoup d'autres, nécessitent de se spécialiser pour pouvoir obtenir des projets et financements dédiés; toutefois, le bénévolat associatif est un formidable outil pour s'ouvrir à de nouvelles thématiques et développer des compétences permettant d'agrandir son employabilité. Ainsi, comprendre progressivement comment est mis en oeuvre un programme de conservation de la Nature ainsi que les méthodes et technologies utilisées ne servira pas à mon champ de compétences actuel, mais pourra peut-être un jour être utile professionnellement, qui-sait ! La vie professionnelle est encore très longue, quand on est en début de trentaine...

Pour en revenir à Louis Autar, c'est donc grâce à la magie d'internet et de l'anglais bilingue que je lisais, en cette pâle matinée du 30 novembre 2013, son retour d'expériences sur les attaques de tortues marines par les jaguars au Suriname. En fait, son expérience est relatée ici, mais, la trouvant stimulante, je la traduis sur ce blog.

Sea Turtles Attacked and Killed By Jaguars in Suriname

Louis Autar, 1994

Marine Turtle Conservation Program, Surinam Forest Service, P. O. Box 436, Paramaribo, Suriname

" En 1963, la plage Bigisanti dans la réserve naturelle Wia Wia, au Suriname, était un site de ponte de quatre espèces de tortues marines: verte (Chelonia mydas), luth (Dermochelys coriacea), olivâtre (Lepidochelys olivacea), et imbriquée (Eretmochelys imbricata). En août de cette année, Je suis allé à Bigisanti durant une semaine. Là, je découvris trois tortues mortes: deux vertes et une luth. Elles avaient été tuées par un jaguar. La tortue luth et une des tortues vertes avaient été tuées depuis environ une semaine, mais l'autre tortue verte était encore fraîche. Je remarquais que la dernière carcasse était entourée d'urubus noirs, et que cette dernière tortue avait encore des oeufs dans son ventre. J'étais curieux, et sortis les oeufs du ventre de la tortue verte. Alors que j'avais sorti l'ensemble des oeufs dans un sac, les vautours s'envolèrent soudainement. Je me demandai ce qui avait effrayé les oiseaux. Lorsque je me retournai, je vis un jaguar (Panthera onca) me regardant à deux mètres. Alors que j'étais accroupi, je me sentis piègé. Je laissai le sac rempli d'oeufs et me déplaçai centimètre par centimètre. J'étais chanceux de voir que le jaguar resta où il était, mais il continua à me regarder alors que je reculais. La plage était d'une largeur de 60 mètres, et quand j'étais à environ 5 mètres du jaguar, Je bondis et courus vers la mer. Après environ 1h30, je retournais vers la tortue morte. Je fis beaucoup de bruits, mais le jaguar apparu encore. Après avoir attrapé le sac d'oeufs, je courus en direction de mon camp. 

Pendant plusieurs années après l'incident, j'ai enregistré le nombre de tortues mortes attaquées et tuées par les jaguars sur les plages du Suriname. (n/r = not recorded that year):

MARINE TURTLES COUNT

Comptage des attaques de tortues marines par les Jaguars sur les sites de ponte du Suriname, par Louis Autar Krapé: verte ; Aitkanti: luth; Warana: Olivâtre

Je suis certain que des morts additionnelles ont eu lieu en 1973; toutefois, les carcasses n'ont jamais été trouvées. 

Le problème est persistant. Henri Reichart (Conseiller Technique Senior, Suriname Forest Service) a compté 13 tortues vertes tuées sur la place Galibi (est de Bigisanti) dans l'intervalle de quelques jours en 1980. De 1980-1981, environ 200 vertes de trois ans furent tuées et mangées par deux jaguars, un mâle et une femelle. En l'espace de quelques semaines après avoir découvert cela, les deux jaguars furent tirés et tués. La décision de tuer un jaguar n'est jamais facile, mais parfois il n'y a pas de choix. Les jaguars sont protégés des chasseurs au Suriname et leurs populations sont considérées comme en bonne santé."

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12 juin 13

Une souris et...Kathrin, immergée en culture francophone

Kathrin était volontaire sur le chantier international de Guissény, dans le Finistère Nord, en juillet 2010. A l'heure d'Internet et de ses réseaux sociaux, il est facile de garder contact, et c'est en Suisse, à Lausanne, que je la revois en cette journée d'automne 2012. Allemande de nationalité, elle est maintenant en échange Erasmus à l'Université de Lausanne (UNIL), dans le champ des langues étrangères et de la traduction. A 21 ans, elle parle couramment l' Allemand, le Français et l'Anglais. Nous reparlons de ce volontariat à Guissény, et des stéréotypes qu'elle pouvait avoir des français: arrogants, fiers, fermés à l'apprentissage d'autres langues, systématiquement en grève. La France était alors associée à la gastronomie, la baguette, le croissant, le vin, Paris, la tour Eiffel, les châteaux. Par définition, les stéréotypes constituent un ensemble de traits censés caractériser ou typifier un groupe, dans son aspect physique et mental, et dans son comportement. Cet ensemble s'éloigne de la réalité en la restreignant, en la tronquant et en la déformant. L'utilisateur du stéréotype pense souvent procéder à une simple description, en fait il plaque un moule sur une réalité que celui-ci ne peut contenir. Le stéréotype est simplication: la réalité est simplifiée avec pour résultats non pas une clarification mais une mise à l'ombre d'éléments essentiels à la compréhension. Le stéréotype est aussi généralisation: un individu appartenant au groupe cisé se verra appliquer d'office le même schéma de comportement, de mentalité, de qualités ou de défauts. Stéréotyper revient à utiliser le même concept ou groupe de concepts pour définir les éléments d'une catégorie, sans se soucier des exceptions ou se demander dans quelle mesure le contenu du stéréotype ne s'appliquerait pas justement aux exceptions elles-mêmes. Stéréotyper est ainsi un comportement particulièrement dangereux, une supposition sur un groupe de personnes ne correspondant souvent à aucune réalité.

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Kathrin "de la digue"

Dans le cadre d'un de ses cours à l'UNIL, Kathrin doit tenir à jour un journal d'observation, dont le but est consigner ses expériences de la vie quotidienne en milieu francophone: quelque-chose de culturel étonnant, problématique, incompréhensible, amusant etc. Il lui est demandé de décrire de façon aussi précise que possible la date, le contexte général, la situation exacte etc; et de noter ses réflexions, interrogations et hypothèses. Son lieu d'observation: le métro de Lausanne: "j'ai choisi le métro pour faire des observations et révéler des règles implicites. Le métro est un lieu où les gens sont confrontés à une situation de rencontre avec des gens inconnus. Ils sont souvent proches des autres, plus proches par exemple que dans un café ou dans un restaurant. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi le métro. En plus, je prends souvent le métro et pour cela je trouve qu'il est intéressant d'observer un lieu auquel je ne fais normallement pas attention." Kathrin continue: "j'ai pris le métro M1 au Flon pour aller à Renens-Gare. Puis, je suis restée dans le métro pour aller dans l'autre direction. Beaucoup de gens ont lu, d’autres ont écouté de la musique par leur lecteur MP3 ou ont écrit des messages par leur portable. Il y avait des gens qui ont parlé, mais ils n'ont pas parlé d'une voix forte. Certes, parfois les regards des gens se sont croisés, cependant ils n'ont pas regardé dans les yeux de l'autre pendant longtemps. C'est pour cela que je pense que la règle implicite la plus importante dans le métro est de ne pas déranger les autres voyageurs. Toutes les choses qui pourraient déranger quelqu'un sont évitées par les gens, elles sont « interdites »  par les règles implicites : crier, courir, fixer quelqu'un avec des regards ce qui est considéré comme impoli ici. Au cas où il y avait des gens devant la porte, ils se sont écartés quand quelqu'un d'autre voulait sortir. Quand le métro s'est arrêté et les portes se sont ouvertes, les gens sur le quai ont laissé sortir les gens dans le métro. Je pense donc que les voyageurs sont « obligés » de faire attention aux autres. En outre, les gens ont parlé seulement aux gens qu'ils connaissent déjà, ils n’ont pas parlé aux inconnus. J'étais assise sur une place au milieu d'une rangée de trois places avec une rangée identique de trois places libres juste en face. Le premier qui est entré a choisi une place de la rangée en face. C'est pour cela que je pense que chaque personne qui entre toute seule dans le métro reste seule."

L'apport d'une expérience de mobilité internationale dans le cadre d'un programme d'échange du type Erasmus, d'un volontariat ou d'un stage à l'étranger est qualifié et quantifié par plusieurs études, comme celle-ci, publiée par Behrnd et al. (2012). Des expatriations courtes d'un an, si elles sont conduites dans une démarche positive et constructive, permettent, lors d'un retour au pays, de pouvoir développer et intégrer nombre d'acquis liés à l'interculturel. Dans cette logique, il est alors intéressant de lire ce genre d'études, qui proposent qui plus est une revue de littérature en première partie. Ainsi, on y apprend donc que la compétence interculturelle est améliorée en s'expatriant pour des études ou des stages, de manière plus importante que d'autres compétences, telles que des compétences sociales ou personnelles. En s'expatriant, une personne améliore en général son auto-adaptation, ses prises d'initiatives et de décisions, ou encore sa flexibilité. D'autres études montrent qu'une expatriation d'un an apporte plus qu'une expatriation de quelques mois. Alors que le premier objectif de l'étudiant(e) s'expatriant dans le cadre de ses études est l'acquisition d'une langue étrangère, une fois installé dans un autre pays, les différences et nuances culturelles sont observées lors du socializing ou des colocations. Enfin, il est très intéressant de noter que plusieurs études soulignent une grande différence entre le fait de s'expatrier avec ou sans préparation. Du fait des challenges sociaux et psychologiques générés par une expatriation, certains auteurs mettent en avant le besoin de programmes de support et d'orientation pour les étudiants s'expatriant. Pour conclure, les expatriations d'un an peuvent permettre à des personnes novices de se lancer dans le développement d'une compétence puis une expertise sur l'interculturel...pour pouvoir mieux repartir !

15 avr. 12

Une souris et... Mme expat., en pleine révolution

Un clic de souris permet d'échanger avec des personnes du monde entier. Un clic de souris permet aussi de rechercher une colocation. Et c'est d'un clic de souris que je trouvais, il y a 3 ans et demi, la colocataire avec qui j'allais partager 8 mois de Guyane et d'échanges divers et variés. Il faut dire que Mme expat, entrée dans sa cinquième décénnie, fait partie de ces personnes expatriées par choix, passionnées avant tout par la fine découverte de contrées lointaines. Avec de la patience, beaucoup de travail, et une tranquille détermination, c'est les Canada, France francilienne, République dominicaine, Cap Vert et Guyane qui lui ont permis de développer des compétences dans le champ de l'Education Nationale, de la francophonie, de la formation d'enseignants, pendant plus de 20 ans. Alors bien sur, les périodes les plus exigentes, et ses plus riches expatriations, se sont déroulées après 40 ans, mais c'est bien dès 20 ans qu'elle partait au Canada et dans sa trentaine que se préparait la suite. 30 ans, l'âge ou la plupart des choses restent encore possible, à condition de s'en donner les moyens. Et dire que Marine Le Pen arrive comme choix de vote chez toute une partie de la jeunesse française. Quelle tristesse, alors que l'Europe et la nationalité française offrent tellement de possibilité à ceux qui veulent les saisir. Comme si les diasporas de France étaient la cause de la situation économique mondiale, alors qu'elles sont les premières à la subir. Bien sur, certains radicaux doivent être surveillés de prêt, mais les amalgames sont tellement faciles, et malheureusement facilitées par une partie de la classe politique actuelle. Cela met en évidence que la période est importante pour s'investir et/ou utiliser les outils des politiques jeunesse de France. Les Services Civiques, volontariats associatifs divers, programmes de mobilité. sont malheureusement mal connus malgré leur utilité évidente, malgré cette chance d'y avoir accès pour toute la jeunesse, indépendamment d'un niveau d'études requis, particulièrement en cette période de crise économique.

Mais revenons à Mme expat. Car après 6 ans de Guyane, son envie de relancer la machine l'ont poussé a postuler dans des écoles françaises... Et c'est pour le poste de directrice d'une école dans une petite ville du Nord Tunisien que son profil est retenu. C'est un chouette échange que de faire découvrir la ruralité française à des expatriées tunisiennes. Réciproquement, se lier d'amitié avec des tunisien(nes), qui plus est dans un pays en plein changement, offre une vision du pays d'accueil particulièrement intéressante et fine. Mme expat nous avait envoyé un email. Suite à ma proposition de le valoriser sur ce site, le voici. Un témoignage français du printemps tunisien, avant la Lybie, avant la Syrie, avant les élections qui s'en suivirent.

Date: Mon, 17 Jan 2011 22:36:58 +0100
Subject: news

Bonsoir de Hammamet, ce soir de nouveau gouvernement d’union nationale,

Oui, une page se tourne. Et c'est un soulagement extrême et un espoir immense chez les Tunisiens. Enfin, ils peuvent parler, s’exprimer, après tant d’années à baisser la tête dans la crainte. Mon amie tunisienne de 67 ans « ne pensait jamais vivre ce jour de son vivant et est très fière d’être à la une du monde entier pour une aussi belle révolution ». (je suis chez elle ce soir et je lui ai demandé de vous dire un mot); savez-vous qu’on l’appelle « la révolution du jasmin ». Elle me parlait le 11 janvier du régime en place et le faisait tout bas, de peur que nos téléphones portables enregistrent notre conversation et l’envoient en tôle. 3 jours après, elle hurlait sa joie au milieu de ses larmes et me racontait sa Tunisie politique. Le 12 et le 13,  le ras-le-bol s’exprimait dans la répression féroce des policiers et  le 14, Ben Ali, le dictateur, dégageait. Aujourd’hui, on apprend que Leila, sa femme, a foutu le camp en emportant 1 tonne et demie d’or de la banque centrale.

L'école est fermée (mais j'y passe chaque matin ; maintenant  tout est calme) depuis mercredi. Nous avons eu 2 jours de vraies manifestations très dures, très violentes: les tirs de l’après-midi se sont poursuivis tard dans la nuit , accompagnés d’odeurs de gaz lacrymos, de pneus brûlés, de clameurs, de hurlements. Les matins, le calme revenait, l’après-midi et les soirs, la mitraille reprenait... De nbrx batiments st détruits à Nabeul : poste, agences bancaires, tunisair, carrefour, monoprix...pillés, incendiés. autant d'entreprises où la famille de Madame avait des parts.

Le matin, la vie reprend, on peut acheter le pain après une longue queue; j'ai même trouvé de beaux poissons; vers 13 h, les cafés rentrent les tasses ds des cartons et les emportent ailleurs, on rentre les chaises, les tables, les magasins ferment le rideau en attendant l'orage...Depuis plusieurs jours on a le couvre-feu;  maintenant,  on traque les pilleurs du gouvernement, et nous nous organisons en comités de quartiers. Les gardes ont de pauvres bâtons, des tuyaux mais la solidarité est grande.

A Nabeul, Hammamet, la situation n’est pas angoissante comme elle l’est à La Marsa où hier encore, les tirs ont retenti toute la nuit. Certains profs du Lycée français de La Marsa semblent même très choqués: on envisage presque une cellule psychologique pour certains. Il est sûr que certains ont dû assister à des scènes très dures. On a été plus épargnés ici.

Je n’ai plus passé les nuits seules après les grosses manifs, soit chez des amis, soit une amie est venue à la maison. Les infos sont très bien relayées par le proviseur du lycée et l’IEN. Mes collègues dirlos s’envoient aussi des messages réguliers.

Nos écoles sont fermées jusqu’à nouvel ordre, qui va, je pense, être très proche. Bcp de familles françaises de nos écoles sont parties; certaines vont revenir très vite; d’autres attendent que la situation soit définitivement calmée et ont inscrit leurs enfants aujourd'hui dans des écoles en France. D’autres ne reviendront plus. Certaines autres, tunisiennes celles-là, proches de l’ancien régime ont-elles aussi quitté le navire et ne reviendront plus non plus, mais pour d’autres raisons. Mes élèves s’ennuient et me demandent du boulot. Hier, j’ai passé l’après-midi avec 2 d’entre eux dans un hôtel, pour changer d’air (surtout pour eux).Ds les jardins vides et silencieux, il faisait plus de 30 °C au soleil...et la piscine en bord de mer contrastait avec la situation.

Bcp d’espoir, bcp de fierté même si mâtinées d’incertitudes chez les Tunisiens. Ils méritent leur victoire. On attend maintenant des élections qui seront tout à fait nouvelles pour les électeurs qui ne seront pas obligés de prendre le bulletin obligatoire que des hommes armés leur tendaient. La période à venir risque d’être troublée mais sans armes.

Voilà. Merci à tous d’avoir pris de mes nouvelles. Je suis contente d’avoir vécu cette révolution sur place avec mes amis tunisiens. Biz

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22 déc. 11

Une souris et...Kayoung, Saena et Agnes: " C'est triste "

La conscience internationale, la compétence interculturelle, une meilleure compréhension de notre Monde. Quelques exemples de ce que peuvent apporter des expatriations, des rencontres internationales, des chantiers de bénévoles, internet, les lectures, les conférences etc. Mais une chose est plus puissante que les autres pour la tolérance entre les peuples: le partage de moments de vie avec des personnes d'autres lieux. Oh que cela n'est pas toujours valorisé en France, et que la direction actuelle tend plutôt vers davantage de communautarisme, à première vue. L'échange avec des coréens et coréennes, il est aisé en Europe, tant ceux-ci s'expatrient plus qu'auparavant. La naissance d'amitiés a eu lieu, amitiés éphémères physiquement, mais qui restent dans un coin de cerveau. Alors que j'avais commencé à écrire ce message il y a quelques mois, et que, faute de motivation, le brouillon était resté en l'état, voilà que le dictateur nord-coréen meurt, et que les vidéos des habitants endoctrinés, en pleurs, apparaissent au monde entier. C'est il y a quelques jours seulement que j'ai davantage mesuré l'acquisition de cette conscience internationale, quand, pensant à Kayoung, cette petite coréenne qui a partagé un chantier international en ma compagnie, une légère insomnie s'est déclarée suite aux images de Corée du Nord. Une bonne raison de finaliser cet article sur des échanges avec ces copains coréens.

Août 2010: soirée en refuge. Une bougie. Une flamme. Un au-revoir. Un adieu ? Kayoung et Saena terminent d'écrire leur perception du jour ou de la semaine. Comme beaucoup de coréens à l'étranger, elles tiennent à jour un journal personnel de leurs expériences et de leur vécu. L'écriture coréenne est fine, esthétique, et même élégante. Pourquoi ne pas l'apprendre un jour ?

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L'écriture du soir se termine doucement. Les deux volontaires ont passé du temps ensemble, et l'entente fut bonne. L'une partira peu de temps au Portugal, faire un nouveau chantier. L'autre finira sa formation dans l'hotellerie en France. Deux parcours très différents, mais qu'un élément rapproche: leur origine sud-coréenne. Le silence est d'or. Plus un bruit. Seul un léger mouvement de la flamme. Un an et demi plus tard, le souvenir est flou, un peu illusoire. Ces journeaux intimes, sans doute plein de belles anecdotes de vie, des remarques sur les lieux découverts. Kayoung a t'elle aimé la tartiflette savoyarde ? Je ne le saurai pas. Nous parlons plutôt d'un sujet nettement plus intéressant, mais aussi beaucoup plus sensible; La Corée du Nord. La séparation de la Corée en deux blocs. C'était en 1953. Une éternité quand on a 10 ans, récemment quand on en a 30, le jour de ses 10 ans quand on en a 70. 60 ans, la guerre froide et cet autre monde. La Corée du Nord sera communiste, la Corée du Sud rattachée à l'économie de marché. Et les coréens alors ? Certains perdront de vue des membres de leur famille, de l'autre côté. La folie des puissants de ce Monde. Je ne rentrerai pas dans le détail de l'histoire des Corées, trop inconnue et sans doute très bien expliquée sur la toile. Mais ce sujet, Kayoung le résume dans cette phrase: c'est triste.

Cette phrase je m'en souviens bien. Cette méconnaissance du sujet que j'avais aussi. La discussion qui s'en suivi, sur le budget d'armement des nord-coréens, les tentatives de fuite, les frontières ultrabarricadées, la folie du dictateur. Cette vision par deux habitantes locales du Sud, la plus profonde, la plus importante à écouter. C'est sans doute pour cela qu'il y a quelques jours, Kayoung était omniprésente dans mon esprit. Le temps d'une nuit, comme la forte envie de lui envoyer un mail, sans nouvelle d'elle depuis un an et demi. Juste avant, j'ai écrit à Agnes, coréenne en Service Volontaire Européen à la délégation Auvergne de l'association Concordia. Nos chemins s'étaient croisé une petite semaine en 2010, dans le cadre d'une formation d'animateurs. Une jolie asiatique pleine d'humour.

Agnes Kim

J'approche la conclusion de ce petit article sans prétention par le petit échange de mail avec Agnes.

Moi. " Hello Agnes. How r u ? I'm wondering how you are doing and a bit "sad" for my corean friends cause of what happens in North Korea. I mean, the videos we can see on youtube are really impressive. What is your opinion ? "

Agnes. " I'm doing great! How are you doing?  Well, I'm not in the Korea now but when I read the news it seems like many s.korean people is afraid cuz no body know what is gonna happen.. Our president is (it's really easy if you think he's like a president of France) very negative to N.Korea so. Anyway, I saw that video too.. It was really impressive. but it's kind of scary that everyone cried like their family died.. I know it's sad but I could feel there is a lot of propagonda... Hopefully, we gonna reunited in a peaceful way someday, but sadly, many s.korean people doesn't want it anymore.. sad. really.  Thanks to ask anyway. Peace!" Best wishes Emmanuel! "

Cette séparation entre les deux corées, non réunies après 60 ans, Agnes le vit comme Kayoug et sans doute beaucoup d'autres de leurs compatriotes. Et c'est ce sentiment de tristesse qui revient dans les échanges.

Posté par Emmanuel_M à 21:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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22 oct. 10

Une souris et des Hommes

Ras-le-bol ! La sensation d'inutilité peut souvent induire une envie de changement. Assez parlé de mes perceptions et de mon vécu ! Pourtant, j'ai cette envie d'entretenir ce plaisir d'écrire et de décrire. Mon clavier libérerait-il des phéromones?  Ce blog, "une souris et des hommes", se veut maintenant consacrer à témoignages multiculturels et autres articles sur les thèmes du développement, de l'environnement et des échanges internationaux. Non, je ne vous montrerai pas l'attraction de telle ou telle ville, ou alors, vraiment pas souvent !

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 Une souris et des hommes: témoignages multiculturels

"Une souris et des hommes". Un titre, plusieurs interprétations. Comme souvent. La quasi similarité avec le roman de Steinbeck par exemple, dans lequel Georges et Lennie, deux amis errant sur les routes de Californie, partagent depuis toujours le même rêve: partager un jour une petite exploitation, pour vivre comme des rentiers et y élever des lapins. Vivre simplement, cultiver son potager après avoir cultiver son jardin. Avant que George ne décide de tuer Lennie...deux compères, qui pourraient être vus comme un seul et même être, avec une part humaine et une part plus animale. A moins, que, soyons plus terre à terre, ce titre évoque ces petites souris que chacun de nous croise, dans les champs, dans les villes, au milieu des hommes et des activités qu'ils génèrent. Après tout, pourquoi ne pas se demander: et si j'étais une souris, quelle serait ma perception du monde des hommes ?" Sait-on ! En fait, la troisième interprétation que je ferais serait celle qui est la plus proche du dessein qui dessine la survie existentielle de ce blog. Dans ce monde connecté par l'outil internet, ou chacun, en un clic de souris, peut rentrer en relation avec son semblable, ou son opposé, et échanger avec des citoyens de la planète, pourquoi ne généraliserais-je pas cette démarche simple et accessible à tout internaute ? Une souris informatique, et des hommes.

manu

Manu, par Marion

"Développements, environnements, mobilités, éducations: Témoignages multiculturels". Mon envie? Vous présenter des personnes, des amis, des potes virtuels avec qui je converse depuis maintenant plusieurs années, ou quelques mois. Des amis d'ici, surtout d'ailleurs, qui ont croisé mon chemin, parfois uniquement via ma souris. Continuer à parler des trois axes du développement durable - économie, social, environnement - à travers des perceptions personnelles mais surtout à travers le regard de ces personnes, d'où quelles soient. Cette soutenabilité passe aussi par la promotion de la paix internationale. De nombreuses guerres sont liées à des perceptions faussées, paraît-il. Mais de chez soi, depuis l'ordinateur depuis lequel vous lisez ces quelques lignes par exemple, avec quelle approche, quelle méthode pourrais-je dire, peut-on auto-analyser notre propre perception des choses. De notre environnement, tant voisin que lointain. Tant local que global. Tant naturel qu'humain. L'opinion d'un homme est influençable par la parole d'un autre, celle d'un peuple aussi. Difficile de se retrouver dans toute cette information qui est mise à notre disposition. Toutefois, un paradigme fondant la démarche de ce blog pourrait être qu'un monde sans échanges interculturels serait bien moins riche et tolérant. Moins bien perçu, et encore moins compris! A partir de cela, ce blog présentera parlera de rencontres que j'ai pu faire il y a plusieurs années ou quelques jours, donnera quelques points de vue, quelques pistes intéressantes à discuter ou analyser! Quelques articles plus pointus sur les trois axes du développement durable, aussi, surement, et si possible le tout en photos !

Posté par Emmanuel_M à 23:34 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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