26 févr. 09

France/Guyane - Carnaval 2009: la grande parade du littoral de Kourou

Le Carnaval de Guyane....moment particulier qui réveille l'âme endormie des villes du département. Le Carnaval est à la Guyane ce que la Saint Patrick est à l'Irlande: une grande fête, une ambiance qui métamorphose les villes et ses habitants. Bien sûr, l'origine des deux fêtes n'est pas comparable. D'ailleurs, il est certain que Vaval était une fête antérieure au christianisme. Je vous emmène donc à la grande parade de Kourou, un moment clé du Carnaval, là où se rassemble l'ensemble des groupes - venus des Guyanes, du Brésil, des Caraïbes etc - pour défiler à travers la ville, embellis par de subtils costumes, sous des airs de musique...carnavalesques, où danseuses et musiciens enluminent le défilé.

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Le carnaval peut être expliqué à travers son histoire, ses acteurs, ses costumes et ses bals. Passons son histoire, que je connaitrai mieux dans un an. Ses acteurs ? Les défilés de groupe...ils se font notamment pendant les parades, telle que celle de Kourou, la plus grande parade carnavalesque dont voilà les premières photos. Près de 2000 personnes y participent. A l'issue de la grande parade, un jury composé de professionnels décerne des trophées aux groupes carnavalesques en fonction de critères bien précis: les costumes, les chants, la musique et la créativité. Une  cinquantaine de groupes ont défilés cette année. Ils proviennent du plateau des Guyanes (Guyane, Suriname, Guyana), des Caraïbes (Antilles françaises, Haiti , Trinidad-et-Tobago etc), du Brésil, de métropole et d'autres pays.

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Aussi les costumes peuvent être variés: parfois masqués, souvent colorés, ils sont moins qu'avant confectionnés, pour chaque parade, mais de plus en plus loués. Toutefois, cela n'empêche pas que les costumes soient résussis et photogéniques.

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La grande parade de Kourou fête ses dix ans. Dix ans d'existence, dix ans de progrès, pour atteindre l'excellence. Cette année, ce n'est pas moins de 50 à 60 groupes qui étaient attendus, dont 45 groupes officiels plus les groupes de dernières minutes. Quasiment toutes les communes du littoral étaient représentées, dont 23 groupes de Kourou. L'animateur qui présentait les groupes était particulièrement bien déguisé (photo de droite). 

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Le carnaval n'est pas composé uniquement de défilés mais aussi des "universités du samedi soir", lieux tel que Polina et Nana à Cayenne ou se retrouvent danseurs et Touloulous. Les Touloulous ? Des personnages à priori féminins, mystiques et garants de la tradition carnavalesque. Entièrement déguisées, elles invitent à danser un homme de la salle. Une règle sacrée veulent qu'elles restent anonymes...

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Je ne suis pas allé aux soirées Touloulou mais en revanche ai été au sein d'un groupe original aux costumes à bas prix et très réussis, les Natural Tribal. Un moment très enrichissant...mais avant cela, voilà encore quelques photos de la parade, rien que pour vos yeux. D'autres seront ajoutées dans les albums photos consacrés à la Guyane.

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25 févr. 09

France/Guyane - Excursion sur l'Oyapock: Trois Sauts

Départ de Vila Brazil le lendemain matin et c'est parti pour 9 heures de pirogue afin d' arriver à Trois Sauts, village le plus reculé de la Guyane. 9 heures: un trajet Camopi-Trois Sauts ou un vol Paris-Cayenne moins cher que le trajet en pirogue. Étonnante comparaison. 9 heures d'aventures, tant dans ma pensée que sur le terrain...oui,9 heures durant lesquelles je m'aventure à imaginer - et espérer - voir un anaconda sur une rive, découvrir et continuer à voir ces oiseaux multicolorés et de genres variés, penser à cette Guyane envoutante, à finaliser mon projet guyanais, à profiter, tout simplement. Au final, 9 heures, un léger mal de fesses, un décor somme toute peu variable mais qui me plait, et une faible quantité d'espèces observées: quelques tortues et une dizaine d'espèces d'oiseaux. 9 heures de joie, malgré la pluie équatoriale qui s'abat sur nous en fin de parcours, malgré notre obligation de tous sauter dans l'eau - à hauteur des cuisses - pour pousser la pirogue au niveau d'un saut. En Guyane, le terrain, c'est ça.

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La Guyane offre plus d'aventures que le dernier Indiana Jones dans le vol Paris-Cayenne!

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Arrivée à la tombée de la nuit, trempé...tout le village vient vers nous...l'arrivée de tant de personnes , dont le maire, est particulièrement rare à Trois Sauts, "loin de tout" et protégé par arrêté préfectoral.   

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L'équipe s'installe dans le carbet du village, je pose le hamac, et après un repas frugal, une nuit réparatrice s'offre à moi.

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Le lendemain, passage à l'action avec notamment une réunion qui restera dans ma mémoire probablement à vie. Une première grosse réunion durant laquelle je représentais mon service, et durant laquelle je dus m'exprimer devant une quarantaine de personnes, dont 20 amérindiens du village qui écoutaient et traduisaient avec attention mes paroles. Pfiou, je ne m'attendais pas à cela ! Et comme me l'a dit un habitant du village, j'étais blanc, puis rouge, puis blanc :). Un moment mémorable...La journée fut consacrée au travail. Certaines discussions furent très intéressantes, et certaines rencontres étonnantes, tant avec les amérindiens qu'avec le personnel enseignant. Voilà un aperçu du lieu de vie. Une famille nous a offert une cassave, à savoir une galette cuite de manioc. L'abattis (culture sur brûlis familiale)  photographié est justement planté de manioc.

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Une petite recherche internet m'apprend que le manioc, cet arbuste vivace, est originaire d'Amérique du Sud et en particulier du plateau des Guyanes. Il est toutefois largement cultivé et récolté comme plante annuelle dans les régions tropicales et subtropicales. On consomme généralement ses racines tubérifiées riches en amidon, mais aussi ses feuilles en Afrique, Asie et dans le nord du Brésil. Le couac, que j'avais découvert sur le Maroni, est une forme de farine - ressemblant plutôt à  une semoule sèche plus ou moins grossière de couleur allant du jaune vif au gris en passant par le blanc - et tient une place culturelle importante ici, en Guyane. Une visite des différents sites du village nous permet ensuite d'arriver au niveau des sauts qui lui donnent son nom. Une petite plage féérique permet à tout le monde de profiter de l'eau, qui plus est non polluée: la région de Trois Sauts n'est pas aurifère. Vous pouvez voir la tenue vestimentaire des amérindiens de Guyane, le kalimbe. L'enseignant au premier plan l'a adopté. 

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La journée s'achève et un petite diagnostic animalier du carbet peut être fait. Mis à part les chauves-souris, qui posent un réel problème d'hygiène dans les habitations (le guano engendre des problèmes de santé), mis à part les nombreux serpents que craignent toute la population - il y a une fréquence d'une morsure tous les trois mois au sein du village - quels sont les animaux observables au sein même du carbet ? Tout d'abord, cette espèce d'araignée qui peut faire mal, mais qui n'est pas à priori pas dangereuse...précision importante, vu le nombre relativement présent dans le carbet.

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Puis une copine des guyanais, la Matoutou, une grosse araignée mais petite mygale assez commune autour des habitations, y compris sur le littoral, et qui est inoffensive...le bout de ses pattes est d'un joli orange. D'un autre point de vue, signalons aussi les nombreuses volailles qui se rencontrent sur tout le village et sont un aliment de base des locaux. Je gouterai un morceau de poulet fumé et boucané sur le chemin du retour: un vrai délice.   

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Et gardons le meilleur pour la fin avec ce beau scorpion à la piqure douloureuse mais non mortelle d'après une discussion que j'ai eue. La rencontre la plus dangereuse de la semaine, surtout pour lui...

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Cette journée étonnante, je la prolonge pendant une bonne partie de la nuit en restant immobile dans mon hamac, guettant les sons et humant les odeurs d'une Amazonie en pleine action, profitant de ce moment fort. Le lendemain, réveil en douceur et retour sur Camopi, avec un peu de pluie. Petit arrêt autour d'un carbet, pour manger et prélever les nombreux piments de quelques arbustes. Ananas , bananes rouges et noix de cajou sont aussi au rendez-vous.

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La descente vers Camopi continue. Arrêt soudain. Un iguane est repéré par le piroguier et maire. Un potentiel repas que seul lui et son compère amérindien descelleront, au milieu des lianes...demi-tour et tentative de le tirer. Échec du tir. De l'autre côté de la rive, dans la canopée, les perroquets, des aras peut-être, crient leur inquiétude au son de l'arme. Impressions amazoniennes. L'iguane se laisse emporter par la gravité et plonge dans l'eau, sain et sauf. Les perroquets, sentinelles improvisées, nous voient partir. Au revoir l'Oyapock.  

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20 févr. 09

France/Guyane - Excursion sur l'Oyapock: Camopi

"Après cela, tu pourras dire que tu es allé au fin fond de la Guyane !" C'est en ces mots que mon chef résumait cette mission de 5 jours sur le fleuve Oyapock, de Saint-Georges à Trois Sauts en passant par Camopi et son opposée, Vila Brasil.

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Bien sur, mes tâches étaient nombreuses et je n'étais pas là pour faire du tourisme! Mais il est vrai qu'en ce lundi 2 février, c'est le cœur joyeux que je rejoins une équipe de la circonscription académique et m'en vais pour une excursion qui s'avérera mémorable. Le trajet de Cayenne à Saint-Georges peut paraître long et monotone...mais des divertissements existent. Typiquement: compter le nombre de voitures abandonnées aux mains des garimpeiros, ces clandestins brésiliens à la recherche d'or dans la jungle amazonienne, et particulièrement en Guyane...Cette route, relativement dangereuse la nuit en terme de sécurité, a vu l'installation d'un poste de contrôle de manière à baisser le nombre de braquages. Lors de mon aller-retour au Brésil pour le nouvel an, j'avais comptabilisé 52 voitures...les éclats de balle sur l'express du milieu font froid dans le dos, peut-être ont ils été tirés après-coup ?

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Arrivée à Saint-Georges, petite commune que j'apprécie particulièrement pour son ambiance calme et latine. Je n'y vivrais probablement pas, mais c'est une commune à voir en Guyane. Comme à Cayenne ou Kourou, quelques chiens errants, ici ou là. Un cas de rage avait été diagnostiqué ces dernières années. Petit problème dans la gestion des déchets ici, semble t'il ?

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J'arrive avec l'équipe au point de départ de l'excursion, saut maripa, considéré par certains comme le plus beau des sauts (rapides) de Guyane. C'est parti pour plusieurs heures de pirogue. L'Oyapock est le deuxième fleuve de Guyane par son importance et fait 370 km de longueur. Beaucoup moins habitées que celles du Maroni, les rives restent ainsi davantage sauvages...Quelques petits villages, souvent dépendant de l'orpaillage, existent tout de même sur la rive brésilienne.

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Après quelques heures de trajet, arrivée en début de soirée à Camopi, découverte du village, réunion de travail et départ pour l'autre rive, Vila-Brasil, un village ou réside une cinquantaine de résidents permanents. Ce site explique que "tout n'y est que commerce: bars-dancings, épiceries, menuiseries, restaurants...il a dans un premier temps été construit pour alimenter les sites d'orpaillages en matériel, carburant et nourriture", et il profite maintenant de l'argent dépensé par les amérindiens (RMI et allocations familiales). Ainsi, ici, on paye en reis, en euros, ou en or. L'orpaillage clandestin, sujet que je traiterai dans ce blog, n'est pas une mince affaire...En tout cas, belle maison d'hôte et accueil très sympa du couple de brésiliens qui le tient. Quant à la vue, no comment !  

 

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Averse au cœur de l'Amazonie guyanaise

Que dire de Camopi ? Ce village isolé, ou les conditions de vie ne sont pas faciles pour les personnes du littoral ou de métropole, ne laisse pas indifférent. Certaines personnes, comme ce directeur d'école (la photo n'est pas celle du directeur) au sacré parcours, y sont depuis plusieurs années, et se battent remarquablement pour faire avancer l'école. Des personnes amérindiennes envers lesquels la politique sociale française a, d'après certaines études, artificiellement développé des besoins et intensifié la situation de "dépendance", avec comme conséquences possibles un alcoolisme croissant et des taux de suicides importants, même si d'autres facteurs sont probablement en cause. En effet, l'Etat a introduit le RMI et les allocations familiales dans la vie des personnes de ces villages. Une discussion intéressante avec le directeur guadeloupéen de l'école du village de Trois Sauts, explique l'évolution qu'il perçoit au sein du village. Il y a encore dix ans, les habitants ne cherchaient à descendre à Saint Georges qu'une fois par an...avec l'arrivée des aides sociales, il est devenu fréquent qu'ils descendent l'Oyapock une fois tous les deux mois, notamment pour utiliser cet argent dans l'achat de produits de consommation. Bien sur, je ne me permettrais pas de donner un avis sur ces politiques sociales de l'Etat. Mais vous imaginez les questions de fonds que cela pose, par exemple dans le cas de l'Education Nationale. Plus de 2000 enfants ne sont pas scolarisés en Guyane, (d'après le quotidien France-Guyane d'aujourd'hui) certains viennent de ces communes. Ces personnes amérindiennes sont eux aussi confrontés à cette globalisation de l'économie. Imaginez aussi qu'Internet arrive au sein des villages amérindiens. Quel sera l'effet sur la vie quotidienne des habitants de ces villages ? Je vous invite à lire cet article, écrit par un enseignant de Camopi, qui y explique son rôle, et la vie de tout les jours, avec  en bonus quelques photos. Nous sommes en zone protégée du tourisme, et l'accès à Camopi et Trois Sauts nécessite une autorisation préfectorale. Photos de personnes interdites !

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28 janv. 09

France/Guyane - Marché de Cayenne, fruits de Guyane

Cayenne est une ville assez calme. Toutefois, les mercredi, vendredi et samedi matin, un évènement donne une toute autre impression de la ville: le marché. Échantillon de saveurs, mélange de couleurs, concentration de vie, et première rencontre avec les Hmongs, autre groupe composant la Guyane, arrivée du Laos dans les années 1970 et spécialisée dans l'agriculture. Je vous présenterai plus en détail l'histoire et la culture de cette communauté lorsque j'irai à Cacao, un de leur lieu de vie. Le premier élément de la petite série d'articles que je compte faire sur le marché et l'alimentation en Guyane est consacré aux fruits.

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Les fruits de Guyane sont variés, colorés et délicieusement frais. Un des fruits les plus connus en France métropolitaine, les moins chers ici et les plus utilisés, notamment avec le Rhum, sont clairement les citrons verts. Se trouvant partout sur le marché, à 1 euros le kilo généralement, il ne s'agit en fait pas d'une variété de citron, mais d'une variété  d'agrume très proche: la lime, fruit du limettier. Deuxième fruit très répandu dans les jus de fruits guyanais mais dont la consommation sous sa forme naturelle n'est pas tant agréable, la prune de Cythère. Fruit du prunier de Cythère qui n'a en fait rien à avoir avec les prunes européennes, on la retrouve dans la famille les mangues et autres pommes de Cajou. Les jus de  pomme de Cythère sont très agréables, assez amer en premier lieu, mais au final très rafraichissant et désaltérant. Je ne sais pas encore comment manger le fruit, mais je trouverai une solution !!

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Autre fruit très connu en France métropolitaine et qu'on retrouve sur les marchés de Guyane, en quantité importante: l'ananas, dont je vous avais montré un pied photographié dans mon jardin...chair ferme et excellente qualité gustative.

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Continuons notre petite ballade "frugiphile" avec la reine de ce DOM, selon moi: la mangue. Ici, les manguiers poussent partout, et les mangues ne s'achètent pas si souvent: elles se ramassent au pied de l'arbre, comme une pomme en France. Le manguier est un très bel arbre, noble et impressionnant. Autres fruits très consommés ici: les bananes. En fait, deux sortes de bananes existent: la banane fruit ou bacove, petite et consommée en dessert... et la banane légume ou banane plantain, plus grande et consommée en légume. Pour ma part, je consomme les deux sous forme de fruits, même si les bacoves sont plus sympas à manger. La production de bananes en Guyane est destinée uniquement à l'approvisionnement du marché local et ne représente que 1/30ème de la production des DOMs. 

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Autres fruits résonnant avec tropiques: les papayes et les fruits de la passion ou maracudja ou grenadille. Les premières, fruits du papayer originaire du Mexique dont je vous ai montré une photo lors de mon week-end dans l'ouest, sont, à l'intérieur, un doux mélange de rouge et de noir...de chair et de graines. Premier producteur au monde: le Brésil. Un fruit plutôt agréable, même s'il n'est à priori pas le meilleur. Qu' en est il du maracudja ? Fruit étonnant, particulièrement servi en jus de fruits mais, sauf erreur, moins mangé...sous une carapace dure se trouve une chair "engrainnée" douce...pas de doutes: il faut savoir lui ouvrir le cœur pour l'apprécier. Fruit de la passiflore, un bel exemple pour expliquer pourquoi les régions tropicales sont si riches en biodiversité...dans un prochain article.   

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Revenons à nos agrumes. Ici aussi, on trouve nombre de mandarines, clémentines et oranges. A la peau verte, je ne les trouve pas aussi bonnes que les espèces vendues dans les grandes surfaces européennes. Peut être n'est ce pas la meilleure saison ? Et puis voilà l'agrume obèse, plein de peau mais intéressant à déguster: le chadeck, variété de pamplemousse qui pousse uniquement en Amérique du Sud, et à la peau jaune très épaisse.

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Mais au fait, quel est ce drôle de fruit qui apparaît sur la droite du plateau présenté en début d'article ? J'allais oublié la pomme de Jaque (ou Jacque), fruit du jacquier pouvant généralement peser plusieurs killos (1 à 25 kg), à odeur forte qui ne laisse pas indifférent. C'est un fruit originaire  d'Inde et du Bengladesh, cultivé et introduit dans la plupart des régions tropicales, mais majoritairement au Brésil et en Asie du Sud-Est. Il n'est pas tant apprécié, notamment pour son odeur forte peu agréable. La photos des jaques ci-dessous ouvre le sujet sur les très nombreux autres produits que le marché propose, et que je présenterai dans des prochains articles...sans oublier des photos de scènes de vie locales !

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Et bien sur, ces fruits sont valorisés sous forme de confitures et jus locaux...jus de cerise pays acérola, jus de goyave...voilà deux autres fruits à présenter mais que je n'ai pas trouvé sur le marché. La cerise pays, fruit de l'acérola, arbuste des régions tropicales d'Amérique du Sud et des Antilles...agréable en fruit comme en jus. Et la Goyave alors ? Cet autre fruit tropical ne se trouve pas facilement en vente ici, sauf erreur. Et puis il y a encore la pastèque, à acheter sur le bord des routes ou au marché, bien sur !

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"Sentir les odeurs épicées, admirer fruits, légumes et fleurs éxotiques, boire un jus aux milles saveurs et manger une soupe Hmong ou vietnamienne en fin de matinée": le marché de Cayenne est un endroit, un moment, une ambiance à ne pas manquer lors d'un passage en Guyane.

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Une soupe vietnamienne accompagnée d'un jus frais de maracudja: bon appétit! 

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22 janv. 09

France/Guyane - Problématiques du développement territorial guyanais (2): la démographie

La démographie, soit l'étude quantitative des populations et de leurs dynamiques...Qu'en est il en Guyane ? Le département connait une progression démographique extrêmement forte, de 3.6%, soit 6 fois plus que la métropole (0.6% par an). Il s'agit de la croissance la plus forte de tous les départements français et des régions ultra-périphériques, et elle est imputable avant tout à une forte natalité (3/4), alors que le solde migratoire y contribue pour 1/4. Ainsi, cette croissance de la population est très élevée, parmi les 10 premières au monde selon le diagnostic territorial que je décortique petit à petit. Cela ne semble pas être prêt de s'arrêter. Le nombre d'enfants par femme est d'après ma recherche sur l'INED de 3.16, ce qui classe la Guyane comme le 4ième pays de la zone Amérique latine, après le Guatemala (4.02), la Bolivie (3.37) et le Honduras (3.19)... Ainsi, cette fécondité est et pourra rester le principal facteur de la croissance démographique, en raison de l'arrivée massive des générations en âge de procréer.

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pyramide des âges (comparaison Guyane / Métropole)

Une source de richesse ou de pauvreté dans le contexte guyanais ? Il est sure que cette très forte démographie constitue à priori une chance pour un département peu dense et dont le marché intérieur est unanimement considéré comme trop exigu pour constituer un moteur de développement économique. Cependant, elle génère également des besoins très importants en terme d'équipement (construction d'écoles, de logements, santé, assainissement, approvisionnement en eau...), ce qui constitue aussi autant de facteurs de risque de d'instabilité dans la cohésion sociale. Et pour le moment, le taux de croissance de l'emploi n'est pas suffisant pour absorber le taux de croissance démographique. Ainsi, les deux problématiques majeures liées à cette démographie sont: comment faire pour que l'économie formelle puisse absorber cette croissance démographique ? Et comment fournir les équipements nécessaires à la soutenabilité de cette croissance par des investissements à long terme, alors que les capacités contributives des collectivités sont faibles et que les aides seraient appelées à diminuer ?

Quelques conclusions s'imposent....

1. Une période importante dans le développement de la Guyane.

2. C'est chouette de participer aux projets de constructions scolaires dans ce contexte.

3. Une canicule en saison sèche ne risque pas de faire passer l' arme à gauche à 15 000 personnes du 3ième âge comme en France métropolitaine. Les croque-morts guyanais sont ainsi en situation de chômage technique.

4. Un marché à étendre pour les fabricants de capotes

5. Faites l'amour, pas la guerre

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12 janv. 09

France/Guyane - Oiapoque et Maripasoula: en pirogue, pas en métro !

Nouvel an au Brésil, à Oiapoque, ville frontière de l'État d'Amapa, un des plus pauvres de cette gigantesque puissance émergente, et "que le monde doit respecter", selon les pub des chaînes brésiliennes. Une ville qui représente donc dans ma jeune vie de voyageur la première terre hors Europe administrative que j'aurai foulé. Une réalité difficile. Certains visages très durs. Beaucoup de filles espérant qu'un français les emmènera de l'autre côté du fleuve frontière...un terrain de foot boueux ou des jeunes brésiliens jouent tous les jours...de l'animation en cette nouvelle année...un bon week-end...et c'est à peu près tout. Pas sur que je retourne à Oiapoque. Petite anecdote? Pour faire le déplacement Saint-Georges - Oiapoque, un individu prend une pirogue, remonte un peu le fleuve et y est. Temps: 19 minutes. Voilà, selon un postier, le trajet fait par un courrier divers: Saint-Georges > Cayenne (poste) > Cayenne (aéroport) > Paris Orly > Paris Roissy > Paris (centre de tri) > Brasilia > Belem > Macapa > Oiapoque. Durée: 19 jours. No comment. Petite note humoristique? Voilà la photo prise par ma collègue d'un taxi clandestin de Maripasoula, en Guyane, extraordinnaire...Notez l'incroyable "faya business" et les ajouts déjantés de la voiture. J'espère la voir un jour en vrai !

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Petite anecdote humoristique? C'est l'histoire parait-il réelle d'un mec enseignant qui est parti en Guyane et a accepté un poste à Maripasoula, commune isolée du fleuve Maroni...Il jouait au tennis et a été très déçu de voir l'inexistence d'infrastructures sportives. Il faut dire qu'il s'attendait surement à autre chose, on lui avait dit qu'il y avait des métros à Maripasoula...Cherchez l'erreur??? Ici,un métro est un français de métropole, pas un moyen de transport...

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11 janv. 09

France/Guyane - Excursion sur le Maroni: retour à SLM

Levé à 6h30 pour redescendre le fleuve Maroni jusqu'à Saint-Laurent. C'est dans une atmosphère embrumée que je fais un dernier tour du kampoe où j'ai dormi. Une soirée étonnante durant laquelle j'aurai pu découvrir le ciel depuis l'Amazonie, un ciel d'une noirceur incomparable au ciel européen, et une chouette famille vivant ici.

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Quelques minutes de préparation, un au-revoir chaleureux, et nous voilà repartis sur le fleuve, nous réveillant en même temps que la forêt embrumée...des images fortes, mes cinq sens sont réquisitionnés pour profiter de ce moments forts et de ce dépaysement complet...et ma tête...bien activée, comme mon appareil photo, pour mémoriser toutes ces images.

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La descente continue, les heures passent, et différents endroits se prêtent admirablement bien à la photo: berges sauvages, jeux de lumière sur le fleuve, nids d'oiseau (de caciques en l'occurrence).

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De belles images donc...puis après un retour à Apatou, un second d'arrêt sera là aussi très agréable et me permettra de rapporter un beau souvenir de ces trois jours: un copeau de bois ayant servi à la fabrication d'une pirogue. Le fond du bateau est constitué d'un seul et unique tronc, qui est vidé et brulé pour s'ouvrir davantage, ce qui permet d'y confectionner les parties latérales.

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Arrivée à Saint-Laurent et photographie des épaves locales...

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Ces trois jours m'auront permis de me rendre compte de la réalité de la vie sur les fleuves. le "les" inclut aussi le fleuve Oyapock qui fait office de frontière avec le Brésil, à l'est, et sur lequel se situent également quelques villages isolés. Le fleuve, une réalité différente du littoral. Une vie à laquelle la république française essaie d'appliquer sa devise "Liberté, Égalité, Fraternité"...mais cette mission soulève en chacun qui la vie une série de question de fond, sur la présence de l'État, sur le rôle que la république doit jouer et sur la multiculturalité. Ces deux personnes, d'une génération d'écart, sont ils libres sur le fleuve Maroni ? 

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Quelle définition faut il utiliser pour parler de cette notion fondamentale? Est-ce la liberté prônée par le modèle américain? Mardi, je dormais dans un petit hameau dépaysant du fleuve Maroni. Samedi après-midi, je regardais une fusée Ariane 5 décoller. Samedi soir, je rencontrais une femme péruvienne clandestine en boite de nuit. La mesure du temps pour une personne du fleuve est la journée...pour une personne du centre spatial, la mesure du temps est la seconde: en Guyane, plusieurs mondes se côtoient.

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06 janv. 09

France/Guyane - Excursion sur le Maroni: Grand-Santi

Réveil à 7h00 après une nuit globalement peu reposante malgré le hamac de forêt haut de gamme que j'ai acheté. Le réveil est cependant très facile: le cadre de travail y contribue. Destination de la journée: la commune de Grand-Santi, prochaine commune du fleuve (voir localisation sur la carte dans le message précédent).

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Trois heures après le départ, après avoir vu de nombreux campoe, en grande majorité sur le côté français, me voilà arrivé à Grand-Santi, commune de 3350 âmes approximativement. Il existe tout de même des équipements côté surinamais, par exemple cette école.

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Le centre de la commune de Grand-Santi, le bourg, est assez semblable à celui d'Apatou quoi que peut-être plus propre. Quelques poules se baladent autour de certaines habitations, les oiseaux sont nombreux. De nouveau, le temps prend une toute autre valeur ici, comparée au littoral guyanais par exemple, ou encore plus, aux grandes villes européennes. Ici,  tout est rythmé par le levé et la tombée du jour, ainsi que par l'arrivée et le départ des pirogues. Contrairement à Apatou, aucune piste de terre ne va à Grand-Santi.

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Lors d'une discussion avec un directeur d'une école du village, certains chiffres me permettent de quantifier la poussée démographique guyanaise dans la commune, assez représentative de toutes les communes du fleuve. Dans cet exemple d'école, 4 classes d'enfants nés en 2003...soit une centaine d'enfants. Une autre école dans le bourg, soit 200 enfants. Des problèmes de non scolarisation et une école en voie de construction...au final, on s'approcherait de 300 enfants nés en 2003 dans la commune. Un autre chiffre m'interpelle: 24 nouvelles grossesses sont déclarés par mois à Grand Santi. 24 nouvelles grossesses ! Les besoins en termes d'équipements, notamment scolaires, sont énormes. Il me reste du temps entre la fin de ma mission et celle de mon collègue...j'en profite pour visiter le bourg. Je m'arrête manger à quelques pas de là, dans une petite piaule qui avec ces trois tables propose quelques repas, probablement de manière informelle. Je reprends mes notes et lors de mon départ, suis particulièrement surpris par le son fort d'un oiseau. A coup sûre, une sorte de perroquet, c'est bien connu dans mon village savoyard, les perruches et perroquets, ça à de la voix! En m'approchant de l' arbre, la curiosité s'estompe pour faire place à un sourire.

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Un splendide Ara macao! A moitié domestiqué certes car appartenant à une voisine, mais tout de même en liberté dans le village. Oiseau grandiose, probablement un des plus beaux perroquets du monde et que je l'espère je verrais aussi à l'état entièrement sauvage lors de prochaines excursions. Puis vient 2 heures de pause et de découverte du bourg...

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L'oiseau en cage ci-dessus est un Pikolèt. La possession de cet oiseau est une fierté, ici, en Guyane, et il n'est pas rare de voir un adolescent à bicyclette ou à vélomoteur tenant d'une main son guidon, de l'autre une cage avec l'oiseau; ou encore un adulte appuyé contre sa voiture discutant avec un groupe d'amis, et la cage posée sur le toit de la voiture; ou encore une cage avec l'oiseau, à l'entrée de magasins, comme ici. J'aurais l'occasion de vous reparler de cette tradition guyanaise, et de ses origines. Ballade dans le bourg, et observation des panneaux de signalisation.

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Puis, départ en sens inverse et descente du fleuve en direction de Saint-Laurent. De nouveau, ces beaux paysages, ces grands espaces vierges et ce fleuve majestueux.

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Arrive la fin de journée, et nous nous arrêtons alors acheter du poisson dans le même hameau que la veille...il est déjà tard. Nos piroguiers proposent de dormir ici...dans cet endroit très bien aménagé, très propre, avec une petite plage de sable blanc splendide et le fleuve. Je vais pouvoir passer une nuit avec cette famille, et échanger avec eux le temps d'une soirée.

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Le début de soirée est consacré à un bon moment de détente: baignade et découverte de ces lieux et familles très accueillantes.

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La vie de certaines personnes du fleuve se base sur la pêche, la chasse et l'agriculture sur abattis-brûlis. D'autres sont piroguiers et de vrais spécialistes de la remontée des fleuves guyanais, certains sont aussi partis vivre dans la ville du littoral, Saint-Laurent. C'est le cas du père de cette grande famille, qui a vécu plusieurs années à Saint-Laurent et, avec un peu d'argent en poche, est remonté construire sa maison sur le fleuve, loin de toute voie d'accès routière. Me voilà en Guyane, mais une autre, celle du fleuve, à des milliers de kilomètres de celle que j'ai connu jusqu'à présent. Après une petite baignade méritée, j'en profite pour m'écarter de quelques mètres à l'entrée de la forêt pour me changer...la nature me le rappelle vite: je ne suis pas chez moi. A deux mètres de moi, un serpent s'en va à vive allure. Environ 30 cm, d'un brun vert olive. Je ne le connais pas. Je sursaute, j'hésite, je m'arrête. Même si l'appareil est dans ma poche, je suis loin de tout, en sandale et short de bain: demi-tour immédiat, bien évidemment...J'en profite aussi pour photographier les systèmes de récupération de l'eau de pluie dans le village...le premier me laisse penser que leur dimensionnement est plus simple que lors de mes études ! Ici, la gestion de l'eau est facile dans tous les sens du terme: hormis l'eau de pluie, tout vient bien sur du fleuve et y repart. Cependant, une petite baraque du kampoue est tenue par un jeune qui y vent des boissons, telle que la Parbo, bière surinamaise.

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2 systèmes de récupération de l'eau de pluie...

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Vient alors le coucher de soleil, qui me permettra de tester mon appareil de boulot et faire de nouvelles prises de vue. Le coucher de soleil sur le fleuve Maroni est splendide, la couleur de l'eau métallique, le ciel étonnant, les bruits de la forêt qui commencent à entrer en résonance et à se multiplier...les moustiques aussi, je me protège complètement: ces lieux de vie en pleine nature sont des sites d'une forme potentiellement mortelle de paludisme... 

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La soirée avance tranquillement. Je goute à un repas entièrement guyanais et particulièrement bushinengé, avec au menu de la soupe bushinengé (composée de manioc notamment), en plat principal de l'atipa du fleuve, mais aussi un très beau kumaru d'au moins 30 cm (frère herbivore du piranha et poisson recherché pour sa chaire dans le haut-Maroni), un très bon gibier, l'agouti, avec des haricots rouges, du riz et du kwak, et en dessert des mangues. La suite de la soirée, je la passe assis à une table à écouter les habitants en sirotant un verre ou deux de Parbo, la bière des voisins. J'apprécie aussi ce moment par la contemplation du ciel amazonien, d'une noirceur incomparable avec le ciel français, environnements différents obligent...Ces moments sont forts, notamment car je sais que je n'aurais probablement jamais pu les vivre sans mon travail: la remontée du Maroni pour le tourisme coûte plusieurs centaines d'euros. Ce sont des moments authentiques ou la bonne humeur résonne avec un fond sonore de reggae.

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24 déc. 08

France/Guyane - Excursion sur le Maroni: Apatou

"Bushinengé" ou "Noirs marrons"...noms surement peu connus en métropole. Petit cours d'histoire... A la fin du 17ième siècle, des esclaves noirs, employés au Surinam, l'ancienne Guyane hollandaise, profitèrent du désordre général pour se révolter et se réfugier dans la forêt. Cette fuite se nomme le marronnage. Elle a existé dans toutes les sociétés de plantations, mais ailleurs qu'au Surinam ces sociétés se sont fondues dans les sociétés créoles émergentes lors des abolitions de l'esclavage. Ainsi, les six groupes de Noirs marrons actuels sont les seuls à être demeurés intacts jusqu'à aujourd'hui. Le terme de Bushinengé signifie dans une de leur langue "hommes de la forêt"... En effet, les populations bushinengés actuelles vivent essentiellement dans des villages et campoe (une sorte de "hameau") le long du fleuve Maroni, des côtés surinamais et français, même si nombre d'entre eux ont gagné les villes du littoral, particulièrement Saint-Laurent du Maroni. Les Bushinengés, en particulier les Bonis, sont aussi les spécialistes des pirogues, qui permettent à toute personne de rejoindre les habitations seulement atteignables par le fleuve...et c'est donc en pirogue que dans un cadre professionnel, je réalise une première excursion sur le fleuve Maroni, le fleuve roi de la Guyane, frontière naturelle entre la Guyane et le Surinam. J'aurai le temps de visiter, durant les moments creux de ma mission, plusieurs petits villages. 

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Nous montons dans la pirogue, le moteur gronde et la magie opère. Une sensation d'aventure se dégage à travers ce moment de terrain particulièrement fort. Sur la photo de gauche, une île qui abritait dans le temps des bagnards malades de la lèpre. 

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Les paysages défilent...des oiseaux volent autour et sur le fleuve, parfois prêt de nous. A chaque approche de rive, je traque la moindre trace animale. Ils sont trop bien cachés pour moi et je n'en verrai pas. Puis, petit à petit, le nombre d'habitations et de campoe augmentent de part et d'autre du fleuve...et après un peu plus de deux heures, nous arrivons à Maïman, sur la commune d'Apatou.

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Premier arrêt, forte sensation de dépaysement. Je m'approche des sites que je dois visiter et profite de chaque moment que m'offrent mes yeux pour apprécier ce paysage tellement différent de tout ce que j'ai pu voir auparavant.   

Maiman

Nous reprenons le chemin, ou plutôt le fleuve, voyons du monde sur les rives, comme ce petit groupe de jeunes nettoyant des chaises bleues, blanches et rouges. Dans le même temps, nous croisons d'autres pirogues, certaines redescendent de plus haut, des communes amérindiennes notamment, mais aussi du bourg (centre) d'Apatou, première commune ou nous nous arrêtons plus longuement. Voilà une carte la situant bien, sur le Maroni, à l'Est.

 

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Nous voilà donc dans le centre de la première commune du fleuve Maroni. Dépaysement important. Des  personnes nettoient leur matériel dans le fleuve. Le fleuve fait partie de leur identité, bien plus que les deux pays qu'elles côtoient. Ces personnes vivent avec et par le Maroni. Leur fleuve est leur vie, comme la montagne l'est pour certains savoyards. 

Apatou

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Suite des visites programmées...Je réalise davantage les difficultés de la vie de tout les jours pour un enseignant fraichement débarqué: logements, forme potentiellement mortelle du paludisme, accès aux services de santé, seulement après plusieurs heures de pirogue. Dans le domaine de l'Education Nationale, le personnel manque sur le fleuve.

guyane 

Alors que je discute avec une personne d'une école, une drôle de patte sort de la petite cage que j'avais remarqué dans un coin de la pièce...j'imaginais qu'il y avait je ne sais quel petit animal de compagnie. mais un splendide jeune paresseux en sort ! je m'en approche et le regarde monter méticuleusement l'étagère, à scruter toute prise possible. je lui caresse la bouille, je me permets, il me regarde et sa petite bouille est vraiment craquante. Ces animaux sont superbes très attachants. Celui là va peut être finir par appartenir à quelqu'un, malheureusement.

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Je réalise les tâches qui m'ont emmené ici, puis profite d'un moment de pause pour le balader dans le bourg. C'est aussi le cas de nombreux mômes de la commune, qui rentrent chez eux. 

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Visites de sites terminée à Apatou. La remontée du fleuve continue...nous nous arrêtons acheter de la nourriture à un campoe, un endroit magnifique où je dormirai le lendemain. Nous nous approchons alors d'Apagui, une école sur une petite butte, là aussi splendide. Un beau cadre pour les élèves.

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C'est ici que nous décidons de dormir. Nous posons le hamac, et j'en profite alors pour prendre quelques photos du coucher du jour. Je suis heureux de pouvoir prendre ces photos, ce coucher de soleil dans le cœur de l'Amazonie française.

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Arrive alors l'heure du repas. J'ai dans mon sac deux oranges et deux boites de sardines..mais les piroguiers ont acheté leur repas et nous en proposent. De quoi s'agit il ? d'un poisson du même ordre (mais, après vérification, pas de la même famille) qu'un célèbre poisson des aquariums d'eau douce tropicale que l'on rencontre en métropole. Un poisson très recherché en Guyane par les personnes créoles, noirs marrons et amérindiennes. Ainsi, pour résumé, j'ai le choix entre manger des sardines en boite, ou les frères guyanais du...pléco! Le poisson le plus prisé est l'atipa du fleuve, avec une réelle carapace, à la couleur uniforme sur la photo.

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Le repas est très typique. Je déguste l'atipa avec du kwak, un des aliments de base de la cuisine de Guyane, fait à partir de la racine de manioc. Malgré un peu de réticences, j'enlève sa carapace préhistorique et déguste sa chaire, delicieuse. Belle soirée au coeur de l'Amazonie, à discuter avec les piroguiers sous un fond sonore de reggae jamaicain. Des images de coucher de soleil, en forêt amazonienne, une nuit en hamac, des nouvelles découvertes culinaires et des échanges enrichissants: un des moments forts de mes trois premiers mois en Guyane.

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Bonnes fêtes à tous. J'espère qu'elles se dérouleront dans la paix et le bonheur.

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07 déc. 08

France/Guyane - Réputation de la faune guyanaise: légende ou réalité?

"Guyane". Le nom est prononcé, l'onde atteint le tympan voisin, le sursaut émotionnel a lieu. Pour les uns, une terre d'aventure, riche d'une population multiculturelle que l'Histoire a fait venir des cinq continents au fil de vagues d'immigrations souvent douloureuses, d'une nature belle et envoutante. Pour les autres - la majorité d'après moi- une terre à problèmes, sorte de nouveau "far west" selon les émissions métropolitaines et riche d'une forêt aussi vierge que dangereuse. Aussi vais-je fournir un élément de réponse à cette question: y a t-il lieu de vraiment avoir peur des agressions animales en Guyane ? Ma réponse sera en fait celle d'une étude que je suis en train de lire après l'avoir téléchargé sur le site de la Banque de Donnée de Santé Publique (BDSP) et qui s'intitule "agressions par la faune en Guyane française: étude rétrospective sur 4 ans", et écrite par E.Mimeau et P.Chesneau. Je vais donc synthétiser cette synthèse, unique solution pour donner un avis pertinent et scientifique sur ce sujet. J'en profite pour y joindre une série de photos d'animaux en tout genre que j'ai photographié autour de chez moi.

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    Papillon de nuit, envergure 10-12 cm.

Ainsi la diversité et la beauté de la faune guyanaise n'a d'égal que sa fâcheuse réputation...Le premier animal que je vis ici, fut un animal craint également en métropole...m'en allant vers la voiture de mon ami sur le parking de l'aéroport, une grosse chenille - la plus grosse que je n'ai probablement jamais vu, mais peut-être un bébé, ironise Éric - traverse langoureusement le parking. Était-elle urticante pour l'Homme ? Je ne le serai jamais. Mais j'ai appris grâce à cette étude, qui s'est basée sur les appels de la population au SAMU, que les arthropodes, et en particulier les hymenoptères volants (fourmis, guêpes, abeilles) constituent la première source d' "enquiquinements faunistiques" de Guyane: guêpes et autres insectes volants sont la première source de blessures animales en Guyane, et sont nuisibles en zone urbaine ( ce qui semble logique, compte tenu de la proportion de population y vivant) et en période de saison sèche.

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Scarabée (mort), taille: 5-7 cm   

Qu'en est t'il des autres arthropodes, les scorpions par exemple ? Leur piqure a fait l'objet de 65 appels, dont 38.5% provenant d'une zone urbaine...et les fameuses mygales, elles ont été la cause de...3 appels en 4 ans. Impressionnant, n'est-ce-pas ? 

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papillon diurne, envergure 6-8 cm

Et les serpents alors? Ces fameuses bébêtes fantasmatiques, qui engendrent tellement de peur, particulièrement quand on parle de la Guyane...sur une centaine d'appels pour envimation ophidienne en 4 ans, 60 provenaient de morsures en forêt. Quelques calculs s'imposent...le livre de Jean-Philippe Chippaux publié en 2002 et intitulé "Venins de serpents et envenimations" explique qu' "En France, on peut estimer que l'incidence moyenne des morsures de serpents est d'environ 3.5 pour 100 000 habitants. Cela correspond à environ 2000 morsures, soit près de 500 envenimations et 1 décès par an." Ainsi, la comparaison est claire: 25 envenimations par an en Guyane, soit 1.25*10-4 envenimations/hab.an contre 8.33*10-6 envenimations/hab.an en France. Si on ramenait ce chiffre au nombre de serpents sur le territoire, la Guyane serait probablement moins dangereuse que la métropole en terme de fréquences de  morsures... La vrai différence réside dans le risque de mortalité lié aux morsures de quelques uns de nos compères, notamment les Grages Grands Carreaux et les Fer de Lance. En tout cas, ce lézard, malgré sa taille impressionante à première vue - comparez la à la canette de Fanta - est assez commun le long des routes ou dans les jardins.

 

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Lézard, taille 25-30 cm

Comment interpréter ces chiffres? Tout d'abord, en disant que les hyménoptères volants que sont nos guèpes, abeilles et autres fourmis représentent plus du tiers des appels au SAMU pour une agression par la faune. Tout piqûre peut entraîner une réaction nocive chez un sujet allergique. Cependant, une espère est connue pour des attaques massives entraînant de vériables envenimations: "l'abeille africanisée" ou "abeille tueuse". Elle a acquis son surnom par un comportement "défensif" des plus aggressifs! Face à un danger, l'essaim dérangé attaque massivement et poursuit l'agresseur sur une longue distance. Une belle saloperie ces abeilles, et autant dire qu'il n'est pas inutile de savoir reconnaître leurs nids pour faire demi-tour et appeler des spécialistes de destruction des nids. La dose létale pour l'homme est d'environ 22 piqûres par kg de poids corporel..ça peut faire souffler, mais quand on sait que parfois des milliers d'abeilles restent autour de la personne attaquée, on comprend qu'on y est vite. Les deuxièmes causes de blessures par la faune sont donc les morsures de serpents, même si elles restent donc rares. Et quelle est la troisième cause? La réponse est simple: les morsures de chiens! Hé oui, de nouveau, ils sont un danger bien plus présents que la plupart des animaux sauvages, un peu comme avec les moutons des Alpes, dont les attaques par les loups sont hypermédiatisées alors qu'on ne parle jamais de la première cause d'attaques que sont les chiens. Bref, une manipulation médiatique de plus, même si le débat est légitime...Continuons cet article en plagiant la conclusion de l'étude: " la question des agressions par la faune, en Guyane, n'est pas anodine. Ce département est plus concerné que ses homologues métropolitains, même si ces agressions ne représentent que 1% des appels au SAMU de Guyane.(...)A travers cette étude, on a pu voir que les agressions par hyménoptères volants, serpents et chiens et scorpions composaient l'essentiel des agressions par la faune en Guyane. Les agressions par félins sauvages peuvent toujours survenir, mais dans des conditions exceptionnelles.(Ainsi) les mythes et fantasmes qui abondent dans les histoires sur la Guyane doivent être considérés pour ce qu'ils sont: des récits fabuleux qui témoignent de l'imagination de l'homme face à une merveilleuse contrée! " L'étude ne mentionne pas du tout les anacondas. Deux raisons possibles: soit les attaques sont presque inexistantes, soit les individus sont presque inexistants, quelques restes errants dans les fèces de ces chouettes serpents.

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