13 avr. 14

Une souris et...Bennett, de la compétence interculturelle

Développer des compétences progressives sur les thèmes de l'expatriation, de la culture, de l'interculturel. Voilà un beau projet à mener dans ces temps où le chômage important en France peut inciter une personne demandeuse d'emploi à s'ouvrir à l'international. Cet article n'est que recopiage, une fois n'est pas coûtume. Après tout, l'écriture d'éléments purement recopiés est un outil pour apprendre.

Stéphane Talleux et Bertrand Fouquoire en parlent dans un des (nombreux) livres de la collection "la première fois" des éditions StudyramaPro, qui fournissent nombre d'ouvrages synthétiques et efficaces sur divers outils de travail à utiliser dans le cadre personnel ou professionnel. Leur sujet d'expertise: l'expatriation. Le thème du livre: "réussir ma première expatriation". Un des enjeux : anticiper le "choc" culturel. Pour cela, évaluer sa compétence interculturelle. Il est important de repérer où l'on en est de sa capacité à vivre dans une autre culture. La personne qui n'a pas éprouvé ce que recouvre la confrontation avec une autre culture peut minimiser ou maximiser son impact. Aussi, la génération Y (née depuis 1980) a vécu une entrée progressive dans l'international. A l'origine de cela: les classes européennes et leurs échanges scolaires, le programme ERASMUS, les stages à l'étranger imposés en post-bac. Mais aussi les réseaux sociaux, car ils permettent la gestion de liens nombreux et faibles en investissements de temps. On conserve les liens avec les personnes qui déménagent en France ou à l'étranger. Le Schéma chez les X était de s'expatrier pour une entreprise. A 25 ans, on pouvait se retrouver à travailler au Japon, sans avoir fait ses armes dans un pays européen. Les Y ont construit progressivement leur compétence interculturelle : d'abord dans des pays proches culturellement au collège (Angleterre, Allemagne, Espagne), puis dans des pays européens plus éloignés, pour aborder ensuite les autres continents. "Dans mon parcours d'ouverture et de découverte du monde, j'ai procédé par étapes : chaque étape me prépare à l'étape suivante. Je pense qu'il est difficile d'entrer en contact avec les locaux dès la première expérience. La démarche est progressive. Mais ce n'est qu'en se retournant qu'on se rend compte que chaque étape a permis la suivante. Je conseille de s'inscrire progressivement dans une démarche de mobilité internationale. J'ai commencé à Londres par échanger avec des gens qui ont voyagé. J'ai profité de leur expérience. J'ai réalisé que ce n'est pas sorcier, ce qui a enclenché mon départ. Je me souviens avoir été ébahie par une fille partie en Amérique du Sud et qui avait trouvé un travail très sympa là-bas : elle avait été obligée de trouver quelque chose car elle n'avait plus d'argent. En fait, quand tu es ouverte, et que tu te retrouves dans une situation d'inconfort, tu te mets à chercher et tu trouves. La plupart de ceux qui hésitent pour s'expatrier ne savent pas par quel bout prendre ce projet de partir. ça les fait rêver mais c'est finalement trop de remise en question", indique Justine, 24 ans. L'inscription dans une démarche de mobilité internationale a été directe pour une majorité de X, ce qui explique une mise sous contrôle et l'installation fréquente dans la bulle expatriée. Vigiliance chez les Y néanmoins : Erasmus est un premier pas, certes. Cependant, les conditions n'ont rien à voir avec un départ en solo à l'autre bout du Monde : le système Erasmus est une ouverture à un milieu de Y internationaux, non une intégration culturelle dans des conditions de travail avec des autochtones de toute génération. L'échelle de Bennett permet alors à toute personne d'évaluer son attitude dans une situation de confrontation à une autre culture (source: document de l'institut canadien du service extérieur, centre d'apprentissage interculturel)

BENNETT_SCALE2

Déni: le déni représente le plus bas degré d'ouverture face aux différences culturelles. On ignore tout simplement qu' elles existent, ou bien on les perçoit à un niveau très général : ce qui résulte d'un isolement physique ou social en rapport avec ces différences. En tant que telle, cette position représente l'ultime ethnocentrisme, où la propre vision du monde que l'on a, n'est jamais remise en question et est posée comme étant centrale à toute réalité. Une forme plus répandue de déni est ce que l'on nomme " l'esprit de clocher " ou une vision du monde plus ou moins étroite. Cet état d'esprit reflète un degré limité de contact avec les différences culturelles, ce qui se manifeste par de la gêne, ou par le fait qu'on trouve bizarre ce qui est différent. L'esprit de clocher se caractérise par l'utilisation de très larges catégories pour classifier les différences, ces larges catégories permettront aux différences d'être perçues de manière minimale et sans grand discernement. Un exemple d'une telle catégorie serait la reconnaissance que les Asiatiques sont différents des Occidentaux, sans reconnaître que les cultures asiatiques diffèrent entre elles. 

Défense: La défense, deuxième stade, représente un développement de la sensibilité par rapport au déni, parce qu'il est le résultat d'une perception assez forte des différences pour qu'elles soient menaçantes. La forme de défense la plus commune est celle du dénigrement des différences. On reconnaît généralement ce phénomène à l'élaboration de stéréotypes négatifs, où chaque membre d'un groupe culturel distinct se voit doté de caractéristiques indésirables qu'on voit doté à tout son groupe. Ce type de dénigrement est considéré ici comme un stade de développement et non comme un acte isolé. Une observation qui corrobore cette opinion est que les gens qui dénigrent un groupe en particulier sont également susceptibles de dénigrer d'autres groupes. Bien que le dénigreur puisse être mal informé, ce n'est pas l'ignorance qui explique sont attitude défensive, mais bien l'ethnocentrisme. Une autre forme du stade de défense est le postulat de supériorité culturelle. Plutôt que de dénigrer une culture, on présume simplement que sa propre culture est l'apogée de quelque projet évolutionnaire. Une telle manoeuvre insigne automatiquement à ce qui est inférieur un statut inférieur. C'est un stade où l'insécurité face aux différences est très grande, puisqu'elles laissent entrevoir la possibilité que notre culture ne soit pas la seule vision du monde possible. A une étape plus avancée de défense, on considère que les autres cultures sont tout simplement inférieures à la notre, sur un continuum dont nous sommes l'apogée.

Minimisation: ce troisième et dernier stade de fermeture face aux différences culturelles traduit un degré si intense d'expérience de la différence que l'individu qui le traverse cherche un refuge. Les personnes à ce stade recherchent une paix ou un confort qu'il est impossible de ressentir dans le stade de la Défense. A ce stade, on présuppose que toute l'humanité est régie par des principes communs de base qui guident les valeurs et les comportements. Les gens qui adoptent ce point de vue abordent généralement les situations interculturelles avec l'assurance qu'une simple conscience des patterns fondamentaux d'interaction humaine leur suffira pour assurer le succès de la communication. Un tel point de vue est ethnocentrique parce qu'il présuppose que les catégories fondamentales de comportement sont absolues et que ces catégories sont justement les nôtres ! Dans ce contexte, les différences ne sont que des variations sur un thème commun à toutes les cultures. A ce stade, les différences culturelles sont reconnues et tolérées jusqu'à un certain point. Par contre, ces différences sont perçues comme étant superficielles, ou comme pouvant constituer un obstacle à la communication. Cela se comprend du fait qu'à ce stade, on présume que la communication repose nécessairement sur un ensemble commun et universel de règles et de principes. Bien qu'à ce stade on démontre plus de sensibilité culturelle qu'aux stades précédents, on ne peut pleinement entrer dans la compréhension interculturelle comme le prétendent les gens qui traversent ce stade.

Acceptation: entre le stade de minimalisation et d'acceptation se fait un embrayage qui change radicalement l'attitude des gens face aux différences. Ce passage est marqué par une nouvelle manière de voir les cultures comme étant fluides et dynamiques, plutôt que rigides et statiques. Cette transition se  caractérise par un passage de la vision des différences comme des choses à la vision des différences comme des processus. D'un point de vue ethnorelativiste, les gens n'ont pas un comportement mais plutôt ils se comportent. Plus profondément, les gens n'ont pas de valeurs, mais plutôt ils valorisent quelque chose. Cette réinterprétation subjective permet d'éviter une vision statique de la culture telle que définie par Hall. A ce stade, les gens sont également perçus comme étant en quelque sorte co-créateurs de leur propre réalité. Cette vision de la réalité culturelle comme à la fois consensuelle et muable (en mouvement) constitue la base de l'ethnorelativisme, et est donc nécessaire à un plus grand développement de la sensibilité interculturelle. Il est possible à ce stade de concevoir d'autres cadres de référence culturelle que le nôtre, bien qu'on ne les comprenne pas toujours dans toute leur complexité. Les gens qui sont au stade de l'acceptation cherchent à explorer les différences et ne les perçoivent plus comme menaçantes. Ils acceptent le fait que des gens puissent avoir des cadres de référence culturels différents des leurs, et se réjouissent de ce fait. On les reconnaît à leur questionnement avide des gens de l'autre culture, qui traduit une volonté réelle de s'informer, et non pas de confirmer des préjugés. Le stade de l'acceptation souligne une ouverture dans sa vision des différences. Le mot-clé de ce stade est connaître ou apprendre.

Adaptation: accepter les différences culturelles comme non-figées permet d'y adapter son comportement et sa pensée. La capacité de modifier temporairement sa vision habituelle des choses constitue le coeur de la communication interculturelle. En contexte interculturel, changer ainsi sa façon de traiter la réalité témoigne d'une augmentation de la sensibilité culturelle. La forme la plus commune d'adaptation est l'empathie. L'empathie implique un changement temporaire des cadres de référence, où l'on perçoit des situations comme si l'on était l'autre personne. Lorsque cette autre personne utilise une vision du monde passablement différente de la notre, l'empathie se rapproche d'un changement de vision culturelle. Généralement, l'empathie est partielle, s'étendant seulement aux domaines pertinents à la situation de communication. Le comportement empathique se manifeste par des actions qui sont plus appropriées dans la culture cible que dans sa propre culture. Ces actions peuvent être simplement mentales,tel que le fait de formuler des questions acceptables, ou elles peuvent inclure la capacité de générer des comportements verbaux et non-verbaux coordonnés qui sont perçus comme étant appropriés par un membre de la culture cible. Adaptation aux différences culturelles suit l'Acceptation et souligne un changement au niveau de manières d'agir des personnes. Les gens qui traversent ce stade comprennent le cadre de référence de l'autre culture et sont capables d'agir en conséquence : ils sont en mesure d'empathiser avec les gens de l'autre culture. A ce stade avancé d'adaptation, les gens sont des pluralistes culturels, puisqu'ils sont capables de fonctionner dans plus d'un cadre de référence culturel. Ils sont devenus capables de faire spontanément le décodage des normes et valeurs qui expliquent un comportement dans sa logique culturelle. Le pluralisme culturel peut être également vu comme une capacité devenue habituelle d'empathiser. En résumé, l'adaptation aux différences en tant que stade de développement de la sensibilité interculturelle se traduit par l'habileté d'une personne à agir de façon ethnorelative. Cette habileté d'agir hors de son cadre culturel est basé sur une vision dynamique des différences, et est au coeur de la communication interculturelle. D'autres formes de comportements adaptifs, telles l'assimilation ou le pluralisme né de long séjours en cultures étrangères, peuvent sembler de la sensibilitéinterculturelle, mais en soi, elles relèvent plutôt d'une forme de mimétisme et n'ont pas la base développementale nécessaire à l'ethnorelativisme. Ce stade traduit un sentiment de sécurité par rapport à sa culture d'origine : on peut s'adapter sans se sentir menacé. Le mot-clé de ce stade est comprendre.

Intégration: l'intégration est le dernier stade d'ouverture face aux différences culturelles. C'est le sens qui sous-tend la description qu'Adler fait de la personne multiculturelle : cette personne n'est pas simplement la personne sensible à plusieurs cultures différentes. C'est plutôt la personne qui est constamment en train de devenir une partie de et qui se sent en même temps en dehors d'un contexte culturel donné. Elle se développe seulement après des séjours prolongés dans plusieurs endrois où l'on est mis en contact avec d'importantes différences culturelles. Dans le langage de ce modèle, une personne qui a intégré la différence est celle qui peut percevoir les différences en tant que processus, qui peut s'adapter à ces différences et qui, en plus, peut définir sa culture de plusieurs façons différentes. Une aptitude de la sensibilité culturelle à ce stade est l'habileté d'évaluer un phénomène en regard d'un contexte culturel donné. Cette aptitude, appelée évaluation contextuelle, permet de reconsidérer les jugements qu'on avait suspendu au stade de l'acceptation sans toutefois tomber dans l'ethnocentrisme. C'est en regard de tel ou tel cadre de référence culture qu'on évaluer les actions. La même action peut donc être jugée potentiellement " bonne " (culture A) ou " mauvaise " (culture B). En termes d'éthique individuelle, cela implique que les actions sont évaluées par rapport à un contexte culturel qu'on a soit même établi. A ce stade, l'individu intègre plusieurs cadres de référence dans sa propre manière d'être. Son système de valeur est extrait de ces différents cadres culturels, mais il n'en adopte aucun tout entier. Le fait qu'une personne ne s'identifie de manière absolue à aucune autre culture peut être positif. Cette marginalité constructive peut devenir un précieux outil en médiation culturelle. A ce point culminant de la sensibilité interculturelle qu'est le stade de l'intégration, une personne vit les différences culturelles comme un aspect essentiel et réjouissant de la vie.

Stratégies d'évolution d'un stade à un autre: Bennett propose aussi des stratégies d'évolution afin de favoriser les transitions d'un stade au suivant. En voici un résumé. Du déni vers la défense : une prise de conscience des différences ; De la défense à la minimisation : dépolariser les jugements négatifs, introduire les aspects positifs communs à toutes les cultures, voir les similitudes ; De la minimisation à l'acceptation : se rendre compte de l'importance des différences culturelles ; De l'acceptation à l'adaptation : encourager l'exploration intensive et la recherche (questionner pour connaître l'autre cadre culturel) ; De l'adaptation à l'intégration : tout ce qui permet de développer sa capacité d'empathie avec l'autre culture ainsi que sa capacité de communiquer interculturellement ; de l'intégration sans désintégration : préciser ou définir un cadre d'éthique personnel, servir de médiateur culturel où le fait de ne s'identifier complètement à aucune culture en particulier sera considéré comme un atout et non une faiblesse.

Maintenant,il ne reste plus qu'à utiliser cette échelle pour continuer à mûrir cette compétence et alimenter ce blog en présentant des anecdotes vécues ou entendues !

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30 nov. 13

Une souris et...Louis Autar, Suriname, années 60

Louis Autar ne m'est pas connu, peut-être n'est-il même plus de ce monde, mais la lecture récente d'une publication sur les effets létaux et non létaux de la prédation des tortues marines adultes m'invite à écrire de nouveau sur ce thème. Voilà 4 ans que je suis rentré de Guyane, mais la magie d'internet ou des livres me permet de continuer à mûrir ma connaissance et compréhension du plateau des Guyanes, qui va du Vénézuela au Nord du Brésil. Un des outils de travail très utile est l'acquisition d'un niveau d'anglais bilingue (dans le sens : non-gênant dans aucune situation), qui donne accès à une multitude d'études et ouvrages de grande qualité sur la région. L'expérience bénévole de l'époque, 4 mois sur le projet de conservation des tortues marines géré par l'association Kwata en 2009 me permet aussi de continuer, petit à petit, à apprendre sur la conservation de ces espèces. Non pas que j'en ai besoin dans mes activités quotidiennes depuis 4 ans, mais c'est un sujet intéressant car il touche à la fois à des espèces emblématiques des mers et océans, à des enjeux écologiques importants pour les habitants des littoraux, et à des problématiques internationales, certains specimens de tortues luth se retrouvant sous des lattitudes variées. Et puis, en tant qu'adhérent "passif" de l'association Kwata, qui met en oeuvre le programme de conservation des tortues marines au niveau de l'île de Cayenne, il est intéressant de lire ponctuellement quelques publications scientifiques produites soit par l'association, soit par d'autres structures...d'autant plus qu'il est possible de bien visualiser les expériences décrites.

MARINE TURTLES

Suivi télémétrique de 16 tortues vertes sur le plateau des Guyanes par le WWF, 2012

Ces lectures ont aussi l'utilité professionnelle de maintenir des compétences qui s'en iraient au fond du tiroir, du fait de l'obligation de spécialisation poussée générée par le marché du travail: les métiers de l'ingénierie de l'environnement, comme beaucoup d'autres, nécessitent de se spécialiser pour pouvoir obtenir des projets et financements dédiés; toutefois, le bénévolat associatif est un formidable outil pour s'ouvrir à de nouvelles thématiques et développer des compétences permettant d'agrandir son employabilité. Ainsi, comprendre progressivement comment est mis en oeuvre un programme de conservation de la Nature ainsi que les méthodes et technologies utilisées ne servira pas à mon champ de compétences actuel, mais pourra peut-être un jour être utile professionnellement, qui-sait ! La vie professionnelle est encore très longue, quand on est en début de trentaine...

Pour en revenir à Louis Autar, c'est donc grâce à la magie d'internet et de l'anglais bilingue que je lisais, en cette pâle matinée du 30 novembre 2013, son retour d'expériences sur les attaques de tortues marines par les jaguars au Suriname. En fait, son expérience est relatée ici, mais, la trouvant stimulante, je la traduis sur ce blog.

Sea Turtles Attacked and Killed By Jaguars in Suriname

Louis Autar, 1994

Marine Turtle Conservation Program, Surinam Forest Service, P. O. Box 436, Paramaribo, Suriname

" En 1963, la plage Bigisanti dans la réserve naturelle Wia Wia, au Suriname, était un site de ponte de quatre espèces de tortues marines: verte (Chelonia mydas), luth (Dermochelys coriacea), olivâtre (Lepidochelys olivacea), et imbriquée (Eretmochelys imbricata). En août de cette année, Je suis allé à Bigisanti durant une semaine. Là, je découvris trois tortues mortes: deux vertes et une luth. Elles avaient été tuées par un jaguar. La tortue luth et une des tortues vertes avaient été tuées depuis environ une semaine, mais l'autre tortue verte était encore fraîche. Je remarquais que la dernière carcasse était entourée d'urubus noirs, et que cette dernière tortue avait encore des oeufs dans son ventre. J'étais curieux, et sortis les oeufs du ventre de la tortue verte. Alors que j'avais sorti l'ensemble des oeufs dans un sac, les vautours s'envolèrent soudainement. Je me demandai ce qui avait effrayé les oiseaux. Lorsque je me retournai, je vis un jaguar (Panthera onca) me regardant à deux mètres. Alors que j'étais accroupi, je me sentis piègé. Je laissai le sac rempli d'oeufs et me déplaçai centimètre par centimètre. J'étais chanceux de voir que le jaguar resta où il était, mais il continua à me regarder alors que je reculais. La plage était d'une largeur de 60 mètres, et quand j'étais à environ 5 mètres du jaguar, Je bondis et courus vers la mer. Après environ 1h30, je retournais vers la tortue morte. Je fis beaucoup de bruits, mais le jaguar apparu encore. Après avoir attrapé le sac d'oeufs, je courus en direction de mon camp. 

Pendant plusieurs années après l'incident, j'ai enregistré le nombre de tortues mortes attaquées et tuées par les jaguars sur les plages du Suriname. (n/r = not recorded that year):

MARINE TURTLES COUNT

Comptage des attaques de tortues marines par les Jaguars sur les sites de ponte du Suriname, par Louis Autar Krapé: verte ; Aitkanti: luth; Warana: Olivâtre

Je suis certain que des morts additionnelles ont eu lieu en 1973; toutefois, les carcasses n'ont jamais été trouvées. 

Le problème est persistant. Henri Reichart (Conseiller Technique Senior, Suriname Forest Service) a compté 13 tortues vertes tuées sur la place Galibi (est de Bigisanti) dans l'intervalle de quelques jours en 1980. De 1980-1981, environ 200 vertes de trois ans furent tuées et mangées par deux jaguars, un mâle et une femelle. En l'espace de quelques semaines après avoir découvert cela, les deux jaguars furent tirés et tués. La décision de tuer un jaguar n'est jamais facile, mais parfois il n'y a pas de choix. Les jaguars sont protégés des chasseurs au Suriname et leurs populations sont considérées comme en bonne santé."

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12 juin 13

Une souris et...Kathrin, immergée en culture francophone

Kathrin était volontaire sur le chantier international de Guissény, dans le Finistère Nord, en juillet 2010. A l'heure d'Internet et de ses réseaux sociaux, il est facile de garder contact, et c'est en Suisse, à Lausanne, que je la revois en cette journée d'automne 2012. Allemande de nationalité, elle est maintenant en échange Erasmus à l'Université de Lausanne (UNIL), dans le champ des langues étrangères et de la traduction. A 21 ans, elle parle couramment l' Allemand, le Français et l'Anglais. Nous reparlons de ce volontariat à Guissény, et des stéréotypes qu'elle pouvait avoir des français: arrogants, fiers, fermés à l'apprentissage d'autres langues, systématiquement en grève. La France était alors associée à la gastronomie, la baguette, le croissant, le vin, Paris, la tour Eiffel, les châteaux. Par définition, les stéréotypes constituent un ensemble de traits censés caractériser ou typifier un groupe, dans son aspect physique et mental, et dans son comportement. Cet ensemble s'éloigne de la réalité en la restreignant, en la tronquant et en la déformant. L'utilisateur du stéréotype pense souvent procéder à une simple description, en fait il plaque un moule sur une réalité que celui-ci ne peut contenir. Le stéréotype est simplication: la réalité est simplifiée avec pour résultats non pas une clarification mais une mise à l'ombre d'éléments essentiels à la compréhension. Le stéréotype est aussi généralisation: un individu appartenant au groupe cisé se verra appliquer d'office le même schéma de comportement, de mentalité, de qualités ou de défauts. Stéréotyper revient à utiliser le même concept ou groupe de concepts pour définir les éléments d'une catégorie, sans se soucier des exceptions ou se demander dans quelle mesure le contenu du stéréotype ne s'appliquerait pas justement aux exceptions elles-mêmes. Stéréotyper est ainsi un comportement particulièrement dangereux, une supposition sur un groupe de personnes ne correspondant souvent à aucune réalité.

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Kathrin "de la digue"

Dans le cadre d'un de ses cours à l'UNIL, Kathrin doit tenir à jour un journal d'observation, dont le but est consigner ses expériences de la vie quotidienne en milieu francophone: quelque-chose de culturel étonnant, problématique, incompréhensible, amusant etc. Il lui est demandé de décrire de façon aussi précise que possible la date, le contexte général, la situation exacte etc; et de noter ses réflexions, interrogations et hypothèses. Son lieu d'observation: le métro de Lausanne: "j'ai choisi le métro pour faire des observations et révéler des règles implicites. Le métro est un lieu où les gens sont confrontés à une situation de rencontre avec des gens inconnus. Ils sont souvent proches des autres, plus proches par exemple que dans un café ou dans un restaurant. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi le métro. En plus, je prends souvent le métro et pour cela je trouve qu'il est intéressant d'observer un lieu auquel je ne fais normallement pas attention." Kathrin continue: "j'ai pris le métro M1 au Flon pour aller à Renens-Gare. Puis, je suis restée dans le métro pour aller dans l'autre direction. Beaucoup de gens ont lu, d’autres ont écouté de la musique par leur lecteur MP3 ou ont écrit des messages par leur portable. Il y avait des gens qui ont parlé, mais ils n'ont pas parlé d'une voix forte. Certes, parfois les regards des gens se sont croisés, cependant ils n'ont pas regardé dans les yeux de l'autre pendant longtemps. C'est pour cela que je pense que la règle implicite la plus importante dans le métro est de ne pas déranger les autres voyageurs. Toutes les choses qui pourraient déranger quelqu'un sont évitées par les gens, elles sont « interdites »  par les règles implicites : crier, courir, fixer quelqu'un avec des regards ce qui est considéré comme impoli ici. Au cas où il y avait des gens devant la porte, ils se sont écartés quand quelqu'un d'autre voulait sortir. Quand le métro s'est arrêté et les portes se sont ouvertes, les gens sur le quai ont laissé sortir les gens dans le métro. Je pense donc que les voyageurs sont « obligés » de faire attention aux autres. En outre, les gens ont parlé seulement aux gens qu'ils connaissent déjà, ils n’ont pas parlé aux inconnus. J'étais assise sur une place au milieu d'une rangée de trois places avec une rangée identique de trois places libres juste en face. Le premier qui est entré a choisi une place de la rangée en face. C'est pour cela que je pense que chaque personne qui entre toute seule dans le métro reste seule."

L'apport d'une expérience de mobilité internationale dans le cadre d'un programme d'échange du type Erasmus, d'un volontariat ou d'un stage à l'étranger est qualifié et quantifié par plusieurs études, comme celle-ci, publiée par Behrnd et al. (2012). Des expatriations courtes d'un an, si elles sont conduites dans une démarche positive et constructive, permettent, lors d'un retour au pays, de pouvoir développer et intégrer nombre d'acquis liés à l'interculturel. Dans cette logique, il est alors intéressant de lire ce genre d'études, qui proposent qui plus est une revue de littérature en première partie. Ainsi, on y apprend donc que la compétence interculturelle est améliorée en s'expatriant pour des études ou des stages, de manière plus importante que d'autres compétences, telles que des compétences sociales ou personnelles. En s'expatriant, une personne améliore en général son auto-adaptation, ses prises d'initiatives et de décisions, ou encore sa flexibilité. D'autres études montrent qu'une expatriation d'un an apporte plus qu'une expatriation de quelques mois. Alors que le premier objectif de l'étudiant(e) s'expatriant dans le cadre de ses études est l'acquisition d'une langue étrangère, une fois installé dans un autre pays, les différences et nuances culturelles sont observées lors du socializing ou des colocations. Enfin, il est très intéressant de noter que plusieurs études soulignent une grande différence entre le fait de s'expatrier avec ou sans préparation. Du fait des challenges sociaux et psychologiques générés par une expatriation, certains auteurs mettent en avant le besoin de programmes de support et d'orientation pour les étudiants s'expatriant. Pour conclure, les expatriations d'un an peuvent permettre à des personnes novices de se lancer dans le développement d'une compétence puis une expertise sur l'interculturel...pour pouvoir mieux repartir !

16 févr. 13

France/Rhône-Alpes/Ain - Des souris et un homme

Une immersion dans le quotidien des techniciens et ingénieurs chargés de la gestion d'un site naturel protégé permet de découvrir quelques facettes des difficultés rencontrées au jour le jour. Les points de vue du grand public, souvent peu argumentés, vis-à-vis des programmes de conservation de la nature, sont également intéressants à prendre en compte. Un certain nombre de personnes ont du mal à relier et concevoir ces programmes, financés par des fonds public, avec les besoins économiques existant autour des sites naturels. Il y a parfois conflit entre le passant, promenant son chien par exemple, et les contraintes demandées par les gestionnaires. Sur les plages de Guyane, la tenue en laisse des chiens est lié au risque de destruction de nids et tortues. Dans le Jura, il y a probablement un lien entre ces contraintes et la grande sensibilité du grand tétra, oiseau phare de la réserve naturelle, à la présence humaine. Un brin de diplomatie s'avère alors nécessaire lorsque certaines personnes s'ennervent contre les mains de Dieu que sont les gestionnaires. Ceux-ci, sans doute à la fois sensible, à juste titre, aux conditions de vie de certains habitants, et insensibles, à tord, à l'importance de la préservation de la nature, ne voient pas l'utilité de ces programmes pour le bien-être humain. Souvent, les gestionnaires sont des structures associatives représentées par des personnes mal payées, mais passionnées par les problématiques qu'ils défendent. De plus, la plus-value des projets de Conservation pour les territoires et habitants sont probablement sous-évalués par le grand public. Dans tous les cas, soyons terre-à-terre: comment vivront les millions de pêcheurs si les stocks deviennent trop faibles pour que l'activité soit non subventionnée et tout façon inutile ? Comment sera financé le traitement de l'eau de boisson, si les teneurs en micropolluants deviennent trop importantes ?

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S'immerger dans le travail quotidien des gestionnaires d'espaces naturels permet aussi de rencontrer différents acteurs et corps de métier liés à la nature: agents de l'Office Nationale des Forêts, écologues, biologistes, agriculteurs, chasseurs etc. Souvent tous passionnés par leurs missions, certains pourraient être qualifiés d'atypiques. Je pense à cet expert naturaliste, spécialisé notamment dans l'étude et la connaissance des populations de micro-mammifères dans l'arc alpin. Des souris, et un homme pour les étudier. Il nous avait expliqué le contenu de son travail, à l'époque où j'avais travaillé pour la réserve naturelle de la Haute-Chaîne du Jura. Intéressant, en tout cas pour moi, mais pas forcément pour les volontaires...Tout le monde n'est pas amateur de campagnols et autres mulots! A une question d'une volontaire, sur l'utilité des études de micro-mammifères, sa réponse était simple: "étudier les micro-mammifères, cela ne sert pas forcément à grand-chose, peut-être même à rien: c'est comme Mozart."

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Et au milieu passe une fourmi (macro au sol)

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Echange avec Jacques Gilliéron, expert naturaliste, sur les micro-mammifères (été 2010)

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24 nov. 12

France/Rhône-Alpes/Ain - Une journée à Priay

"Si en Europe les caractéristiques biologiques et écologiques des cours d'eaux sont connus depuis près de 70 ans, en Guyane, les premières études remontent seulement aux années 1980. Aujourd'hui, une vaste étude sur les petites criques de têtes de bassin versant est mise en oeuvre afin de proposer aux gestionnaires une méthode qui permette de définir un indice de qualité de ces milieux. L'objectif étant, à terme, d'y évaluer l'impact des activités humaines." Cette phrase introductive est issue du 9ième numéro de la formidable revue "Une saison en Guyane", semestriel de grande qualité qui décrit, photos à l'appui, l'ensemble du plateau des Guyanes, du Vénézuela à l'Amapa au Brésil, sous l'angle des activités économiques, de la Nature, de l'Histoire, interrogeant certaines personnes, décrivant des programmes scientifiques en cours etc. Le genre de revue formidable pour les personnes s'intéressant à une région géographique donnée, alors que la plupart des revues du genre portent essentiellement sur des articles en lien avec le tourisme. Découvrir ce numéro un dimanche d'août permet de s'évader par la douceur des textes et la beauté des clichés photographiques. On y apprend que "ces petits cours d'eau, que l'on franchit à pied, sont des milieux naturels sensibles qui abritent des espèces que l'on ne rencontre pas souvent. Il reste encore un voile à lever sur ces écosystèmes et sur l'écologie des communautés aquatiques qu'ils abritent." Quelques pages plus loin, l'interview d'un photographe subaquatique et gérant d'un bureau d'études laisse rêveur l'amateur d'ichtyologie, de photographie de la nature ou tout amateur d'aquariophilie d'eau douce: "la passion de la nature est un phénomène inexplicable qui vous prend au berceau: on préfère regarder les grenouilles plutôt que les voitures, élever des poissons plutôt que collectionner des petits soldats. L'envie de montrer ces spectacles que si peu de personnes prennent la peine d'observer, ainsi qu'une sensibilité artistique, m'ont amené naturellement à photographier la nature." Puis un peu plus loin: "j'ai toujours été étonné de voir que les gens connaissaient mieux la faune des récifs coralliens que celle des rivières qui coulent devant chez eux." Après quelques minutes à révasser à ce genre d'observations naturalistes particulièrement intéressantes et atypiques, cette remarque fait "tilt". 

Une semaine de canicule plus tard. Dans une sorte de symbiose entre un principe de plaisir et un champ de compétences professionnelles, la chaleur estivale est l'occasion de photographier la rivière d'Ain, sauvage et préservée, et découvrir, à l'aide d'un masque et d'un tuba, ses habitants subaquatiques.

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L'observation d'une petite dizaine d'espèces de poissons dans leur milieu naturel est particulièrement plaisant. On y découvre que certaines espèces s'observent plus particulièrement dans des parties peu agitées du lit de la rivière. Au contraire, les barbeaux communs ont été vus systématiquement près du fond dans les parties de la rivère à fort courant. Puis, retournant quelques pierres, des espèces benthiques sont alors observées. La loche, par exemple. Ces observations sont particulièrement sympatiques dans une rivière à l'eau peu chargée en limons. L'intérêt personnel est là, et peut être complété par la découverte des bases de données sur la diversité biologique des espèces en Europe, telle que la base de données Faune Europaea, crée par la commission européenne. On y découvre par exemple en quelques clics que les chiroptères, nos chauve-souris, regroupent 54 sous-espèces sur l'ensemble du continent. La préservation des berges de l'Ain donne une tonalité amazonienne à celle-ci, alors que nombre de rivières apparaissent souvent canalisées en France métropolitaine.

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L'observation naturaliste dans un cours d'eau européen n'offre bien sûr pas le même nombre d'espèces que celle pratiquée dans un milieu tropical marin. Mais, couplé à des lectures scientifiques ou grand public, ce moyen efficace d'allier sport, détente et culture générale permet aussi de prendre davantage conscience des interactions hommes-environnement. Un moyen simple, économique et efficace de se rappeler que même si traverser un océan permet de découvrir des environnements naturels particulièrement différents de ceux rencontrés quotidiennement, de nombreuses richesses naturelles existent  autour de chez soi et méritent tout autant une attention particulière de la part des habitants sensibles aux enjeux environnementaux des territoires anthropisés européens.

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15 avr. 12

Une souris et... Mme expat., en pleine révolution

Un clic de souris permet d'échanger avec des personnes du monde entier. Un clic de souris permet aussi de rechercher une colocation. Et c'est d'un clic de souris que je trouvais, il y a 3 ans et demi, la colocataire avec qui j'allais partager 8 mois de Guyane et d'échanges divers et variés. Il faut dire que Mme expat, entrée dans sa cinquième décénnie, fait partie de ces personnes expatriées par choix, passionnées avant tout par la fine découverte de contrées lointaines. Avec de la patience, beaucoup de travail, et une tranquille détermination, c'est les Canada, France francilienne, République dominicaine, Cap Vert et Guyane qui lui ont permis de développer des compétences dans le champ de l'Education Nationale, de la francophonie, de la formation d'enseignants, pendant plus de 20 ans. Alors bien sur, les périodes les plus exigentes, et ses plus riches expatriations, se sont déroulées après 40 ans, mais c'est bien dès 20 ans qu'elle partait au Canada et dans sa trentaine que se préparait la suite. 30 ans, l'âge ou la plupart des choses restent encore possible, à condition de s'en donner les moyens. Et dire que Marine Le Pen arrive comme choix de vote chez toute une partie de la jeunesse française. Quelle tristesse, alors que l'Europe et la nationalité française offrent tellement de possibilité à ceux qui veulent les saisir. Comme si les diasporas de France étaient la cause de la situation économique mondiale, alors qu'elles sont les premières à la subir. Bien sur, certains radicaux doivent être surveillés de prêt, mais les amalgames sont tellement faciles, et malheureusement facilitées par une partie de la classe politique actuelle. Cela met en évidence que la période est importante pour s'investir et/ou utiliser les outils des politiques jeunesse de France. Les Services Civiques, volontariats associatifs divers, programmes de mobilité. sont malheureusement mal connus malgré leur utilité évidente, malgré cette chance d'y avoir accès pour toute la jeunesse, indépendamment d'un niveau d'études requis, particulièrement en cette période de crise économique.

Mais revenons à Mme expat. Car après 6 ans de Guyane, son envie de relancer la machine l'ont poussé a postuler dans des écoles françaises... Et c'est pour le poste de directrice d'une école dans une petite ville du Nord Tunisien que son profil est retenu. C'est un chouette échange que de faire découvrir la ruralité française à des expatriées tunisiennes. Réciproquement, se lier d'amitié avec des tunisien(nes), qui plus est dans un pays en plein changement, offre une vision du pays d'accueil particulièrement intéressante et fine. Mme expat nous avait envoyé un email. Suite à ma proposition de le valoriser sur ce site, le voici. Un témoignage français du printemps tunisien, avant la Lybie, avant la Syrie, avant les élections qui s'en suivirent.

Date: Mon, 17 Jan 2011 22:36:58 +0100
Subject: news

Bonsoir de Hammamet, ce soir de nouveau gouvernement d’union nationale,

Oui, une page se tourne. Et c'est un soulagement extrême et un espoir immense chez les Tunisiens. Enfin, ils peuvent parler, s’exprimer, après tant d’années à baisser la tête dans la crainte. Mon amie tunisienne de 67 ans « ne pensait jamais vivre ce jour de son vivant et est très fière d’être à la une du monde entier pour une aussi belle révolution ». (je suis chez elle ce soir et je lui ai demandé de vous dire un mot); savez-vous qu’on l’appelle « la révolution du jasmin ». Elle me parlait le 11 janvier du régime en place et le faisait tout bas, de peur que nos téléphones portables enregistrent notre conversation et l’envoient en tôle. 3 jours après, elle hurlait sa joie au milieu de ses larmes et me racontait sa Tunisie politique. Le 12 et le 13,  le ras-le-bol s’exprimait dans la répression féroce des policiers et  le 14, Ben Ali, le dictateur, dégageait. Aujourd’hui, on apprend que Leila, sa femme, a foutu le camp en emportant 1 tonne et demie d’or de la banque centrale.

L'école est fermée (mais j'y passe chaque matin ; maintenant  tout est calme) depuis mercredi. Nous avons eu 2 jours de vraies manifestations très dures, très violentes: les tirs de l’après-midi se sont poursuivis tard dans la nuit , accompagnés d’odeurs de gaz lacrymos, de pneus brûlés, de clameurs, de hurlements. Les matins, le calme revenait, l’après-midi et les soirs, la mitraille reprenait... De nbrx batiments st détruits à Nabeul : poste, agences bancaires, tunisair, carrefour, monoprix...pillés, incendiés. autant d'entreprises où la famille de Madame avait des parts.

Le matin, la vie reprend, on peut acheter le pain après une longue queue; j'ai même trouvé de beaux poissons; vers 13 h, les cafés rentrent les tasses ds des cartons et les emportent ailleurs, on rentre les chaises, les tables, les magasins ferment le rideau en attendant l'orage...Depuis plusieurs jours on a le couvre-feu;  maintenant,  on traque les pilleurs du gouvernement, et nous nous organisons en comités de quartiers. Les gardes ont de pauvres bâtons, des tuyaux mais la solidarité est grande.

A Nabeul, Hammamet, la situation n’est pas angoissante comme elle l’est à La Marsa où hier encore, les tirs ont retenti toute la nuit. Certains profs du Lycée français de La Marsa semblent même très choqués: on envisage presque une cellule psychologique pour certains. Il est sûr que certains ont dû assister à des scènes très dures. On a été plus épargnés ici.

Je n’ai plus passé les nuits seules après les grosses manifs, soit chez des amis, soit une amie est venue à la maison. Les infos sont très bien relayées par le proviseur du lycée et l’IEN. Mes collègues dirlos s’envoient aussi des messages réguliers.

Nos écoles sont fermées jusqu’à nouvel ordre, qui va, je pense, être très proche. Bcp de familles françaises de nos écoles sont parties; certaines vont revenir très vite; d’autres attendent que la situation soit définitivement calmée et ont inscrit leurs enfants aujourd'hui dans des écoles en France. D’autres ne reviendront plus. Certaines autres, tunisiennes celles-là, proches de l’ancien régime ont-elles aussi quitté le navire et ne reviendront plus non plus, mais pour d’autres raisons. Mes élèves s’ennuient et me demandent du boulot. Hier, j’ai passé l’après-midi avec 2 d’entre eux dans un hôtel, pour changer d’air (surtout pour eux).Ds les jardins vides et silencieux, il faisait plus de 30 °C au soleil...et la piscine en bord de mer contrastait avec la situation.

Bcp d’espoir, bcp de fierté même si mâtinées d’incertitudes chez les Tunisiens. Ils méritent leur victoire. On attend maintenant des élections qui seront tout à fait nouvelles pour les électeurs qui ne seront pas obligés de prendre le bulletin obligatoire que des hommes armés leur tendaient. La période à venir risque d’être troublée mais sans armes.

Voilà. Merci à tous d’avoir pris de mes nouvelles. Je suis contente d’avoir vécu cette révolution sur place avec mes amis tunisiens. Biz

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07 avr. 12

France/Rhône-Alpes/Ain - Une journée à Saint-Jean-Le-Vieux

L'Ain recèle de nombreux villages charmants, de régions économiques diverses et de paysages variés. Mais qui connait Ambérieu-en-Bugey et sa région, n'y verra souvent que la fameuse gare SNCF à laquelle de nombreux TER et TGV font un arrêt sur la ligne de Lyon. D'autres, plus sportifs, feront le lien avec les nageurs olympiques de la famille Manaudou. Ambérieu et le Bugey est, malgré une faible attractivité touristique apparente, une région où il fait bon vivre, agréable, dynamique sur le plan économique et marquée d'une identité locale assez forte. Les villages aux alentours sont riches d'une histoire et d'un patrimoine qui intéressera tout amateur d'art, d'histoire économique ou de photographie. Et les monts du Bugey, une extrémité géologique du Jura, ne sont jamais bien loin. Un dimanche d'avril, le temps grisatre ou ensoleillé, est une opportunité de découverte pour tous ceux aimant la marche et le patrimoine. Et alors que dans le passé, des habitants d'Irlande ou de Guyane m'avaient montré avec enthousiasme leurs lieux de vie, alors que le Couchsurfing se base sur le principe que "le meilleur guide d'un lieu ne peut être que l'habitant local", cette découverte en cours du Bugey ne serait-elle pas mieux partagée? Transmise? Expliquée, dans la mesure d'un champ de connaissances même limité. Imen et Amira, deux soeurs tunisiennes rencontrées à Lyon, Nadja et Rémy, nouveaux habitants rhône-alpins, Stefano, Italien fraîchement débarqué du Piemont, et moi-même décidions de découvrir un peu mieux le Bugey. Un point commun nous rassemble: le besoin de lien amical en dehors des heures de travail. Un outil fédérateur de lien social, une association de bénévoles faisant vivre un projet. Une rencontre à une sortie de métro, et le plaisir de faire découvrir un peu la France rurale à deux Tunisiennes rarement sorties de la cité des Gones.  

Lyon. 10h00. Un signe de main à l'autre bout de la place Charpennes. Imen et Amira s'approchent, pétillantes, heureuses de partir à la découverte d'une France rurale mal connue de ces deux doctorantes tunisiennes. Le regard curieux, l'envie de prendre l'air, sortir d'une ville agréable à la rencontre de la ruralité toujours difficile d'accès lorsqu'on est sans guide et sans voiture. 

Ambérieu. 11h00. Les nuages masquent un soleil que l'on devine rayonnant. Une légère épaisseur brumeuse, augmentant l'incertitude sur le déroulement de la journée. Pluie ou soleil ? Stefano, récemment arrivé à Lyon depuis l'Italie, Nadja et son ami Rémy nous retrouvent à la gare d'Ambérieu. Direction Saint-Jean-Le-Vieux, petite bourgade bugiste où au milieu coule une rivière. L'idée de la journée: un décrassage dans les chemins de ce village, près de la nature, près des champs, pour dérouiller le corps avant d'autres aventures plus escarpées. Le chemin de Cheminant relie l'entrée de Saint-Jean à Jujurieux, village voisin, en traversant Varey et son chateau, le long de champs, pâturages bucoliques, traversant quelques hameaux s'éveillant dans la tranquilité d'un dimanche de printemps.

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Imen et Amira dans la brume printanière d'un village bugiste

Les chemins escarpés offrent une vue sur le chateau de Varey, un des chateaux composants le paysage des alentours, parmi d'autres. A gauche, une haie de forcicias fleuris rappellent la fin de l'Hiver. Mais ces chemins de traverse ne sont pas faciles à connaître pour un lyonnais. L'habitant local et sa fine connaissance des environs est, s'il se veut accueillant, le meilleur guide possible pour le promeneur de passage. Outre l'accueil de la personne étrangère à son territoire, il peut affiner son ouverture sur le Monde et sa tolérance vis-à-vis de personnes venant "de l'extérieur". Cette démarche se retrouve via le projet du Couchsurfing ou des chantiers de bénévoles. Faire vivre ces villages dans lesquels l'été rime avec "ennui" pour la jeunesse rurale, dynamiser la saison estivale, nouer les liens sociaux entre habitants et personnes de passage, permettre à des personnes extérieures de rencontrer l'autochtone. Chacun de ceux qui apprécient la découverte de nouveaux territoires connaissent le plaisir qu'est la découverte de parties profondes de celui-ci. Les îles d'Aran en Irlande, par exemple.

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Le retour par Jujurieux, puis la visite guidée de l'Abbaye d'Ambronay, concluaient le premier dimanche de sortie pédestre de l'année. L'occasion pour chacun de mieux connaître les alentours lyonnais et à tous de souffler un air campagnard avant une nouvelle semaine de travail.

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31 déc. 11

France/Bretagne/Finistère - Une journée à Guissény (2)

Partie 2 : des habitants. "Notre association intervient également dans le champ du patrimoine. Nous considérons celui-ci comme l'ensemble des biens d'une collectivité, d'un groupe social ou de l'humanité considéré comme un héritage commun et universel. Les chantiers réalisés par les volontaires sont le seul lieu où Concordia s'investit dans ce champ d'action.(...) Parfois cette action sur le patrimoine concerne l'aménagement des espaces qui l'entourent. Nous trouvons dans ce type d'actions le lieu idéal où se rencontrent le projet d'une communauté locale et notre projet international, permettant ainsi aux volontaires, et à la population qui les accueille, de se rendre compte immédiatement de l'impact de leur action dans un milieu donné". Cet extrait du projet éducatif de l'association Concordia l'évoque: un chantier de bénévole doit se réaliser, dans l'idéal, en lien avec la population locale du territoire sur lequel il se déroule. Le site Natura 2000 de Guissény, comme tout site naturel, est connu de tous, aimé de certains, et activement géré par d'autres: ingénieurs gestionnaires, acteurs associatifs, habitants, agriculteurs etc. La gestion d'un site naturel prend alors davantage de sens, celui de relier l'habitant plus ou moins urbanisé à sa nature environnante.

Alors que le jour se lève, une skoda arrive au club de voile de Guissény. Il fait beau, la mer est bleue et d'un pas calme et déterminé, Monsieur Boucher apporte quelques légumes aux volontaires fraichement encaféinés. l'Homme, fonctionnaire hydraulicien retraité et dynamique habitant du bourg, est accueillant et très motivé par le chantier. D'un pas déterminé, il livre une explication remarquable sur le fonctionnement hydraulique du bassin hydrographique dans lequel se situe le site naturel. A ce moment, Michal, jeune tchèque de 19 ans, s'excuse au nom de son pays pour les nombreux problèmes que Mr Boucher a rencontré sur sa voiture: rire général.

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Un de ses fidèles compères se nomme Mr Roudaut, qui, s'il ne radotte pas, grimace un peu du regard et grogne un peu de la voix. Les deux forment une paire d'habitants motivés pour faire avancer la commune. Une bien bonne entente, autour d'un jardin partagé, par exemple. Mais ce monsieur là à une passion, qu'il fera découvrir aux volontaires: la soie. Un étage entier, pour fabriquer et traiter ce matériau précieux et méconnu. Des oeufs de diverses couleurs, d'un ton clair, offrent un mélange agréable à l'oeil.

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Dans ce bourg rural du Finistère Nord se situe également un professeur de dessin et artiste à ses heures de pause. A travers ses dessins, il alimente l'Histoire de Guissény et de son site naturel. Ailleurs, en centre-ville, une habitante demande: "y a t'il un grec parmis vos volontaires ?" Lisette a en effet vécu une année dans ce pays, il y a longtemps, et aurait été ravi de croiser une personne de là-bas. Ses racines sont à Guissény, et elle se dit d'origine celte, bretonne de coeur, française par annexion, et européenne pour l'égalité de peuples. Son engagement s'est fait notamment par la création d'une association ayant oeuvré pour la connaissance et l'éducation à l'environnement autour de ce site naturel qu'elle a vu évoluer négativement au fil des décennies. Et à travers ses échanges avec les volontaires, on apprend à connaître le site, et ce qu'il représentait pour certains à l'époque de la guerre des boutons. Alors qu'ailleurs, les enfants fumaient des lianes, ici, Lisette et ses copains fumaient du crotin de cheval, pendant qu'ils gardaient des vaches. Et puis Mr Marhadour, lui, était ouvrier sur la tourbière, qui dans le temps, était exploité pour le pouvoir calorifique que possède la tourbe. Cette exploitation se faisait à l'aide d'outils spéciaux, après avoir coupé les roseaux des marais.Toutes ces personnes qui ont traversé la seconde moitié du 20ième siècle avec les progrès techniques qui ont transformé le Monde connaissent mieux que quiconque l'histoire et l'évolution des sites naturels qu'ils parcouraient enfants. Leur implication pour une gestion durable de ces mêmes sites qui serviront aux enfants d'aujourd'hui et de demain est une richesse. Car comme la revue "Terre Sauvage" le souligne dans un récent hors-série: la Nature est l'avenir de l'Homme.

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"La Nature est l'avenir de l'Homme" (Bon, en ce qui concerne les requins, murènes et méduses, on peut peut-être en rediscuter) Oceanopolis, Brest.

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30 déc. 11

France/Rhône-Alpes/Ain - Est-elle Nature, la vache ?

La vision que l'on a des choses est en partie liée à notre parcours individuel, lui même fonction de choix selon des goûts et envies et des contraintes suivant la réalité du moment. Prenons l'exemple de ce pâturage jurassien photographié en août 2010. Alors qu'une connaissance, en école d'infirmier, signalait, selon sa vision, qu' "un champ de vâches, c'est la nature", Il existe mille est une façon de percevoir ce pâturage bovin. Exemples.

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Troupeau de vâches dans un pâturage jurassien, les Moussières, août 2010

1. L'éleveur propriétaire du troupeau: "le Ministère de l'Agriculture a officiellement annoncé la mesure permettant de garantir à tous les producteur un dépassement de quota de 2% sans en être pénalisé. Cela va me permettre de produire un peu plus et profiter de la bonne tenue du marché laitier".

2. Le fromager: "Le lait de ces vâches et pâturages est de très bonne qualité pour la production de nos fromages locaux. Mais suite aux décès de plusieurs dizaines de personnes en Europe en 2011 à cause de contaminations par E.Coli, on risque de devoir faire davantage de contrôle sur nos produits."

3. L'ingénieur Analyste du Cycle de Vie: "Dans le cadre des expériences d'affichage des caractéristiques environnementales des produits de grande consommation, il est impératif que je prenne en compte le fait que la vâche ne produit pas uniquement du lait, mais aussi de la viande. Ah là là, ces allocations !"

4. Le végétarien: "Ah là là, que ce système de production bovin est mauvais: d'une part, un amateur de cuisine sait que la majorité du goût de la viande se situe dans la sauce. En plus, la consommation de viande n'est pas très bonne pour la santé, et une trop grosse consommation à l'échelle mondiale n'est pas tenable écologiquement. Pourvu que le végétarisme se développe en Europe !"

5. Le gestionnaire des espaces naturels: "Ce qui est notamment intéressant dans la gestion d'un site classé Natura 2000, c'est de travailler en collaboration avec les agriculteurs, notamment pour qu'ils adoptent une gestion plus douce des surfaces d'alpages exploitées."

6. L'ingénieur agro-alimentaire: "L'alimentation bovine en France est composé à près de 80% de fourrages. Il y a sans doute des améliorations à faire à ce niveau là pour diminuer les impacts que génèrent cette consommation sans baisser la qualité du lait ou de la viande."

7. L'ingénieur en agriculture: "il est important de maintenir une agriculture de qualité dans ces zones ou l'urbanisation est à forte pression. J'espère que mes conseils aux collectivités sur leurs plans d'occupation des sols seront suivis par le maintien en zone agricole de surfaces importantes dans le pays de Gex".

8. Le promeneur à son enfant: "Dis moi la couleur des choses suivantes: une feuille de papier ? la vâche là-bas ? la neige ? La tapisserie de ta chambre ? La voiture de maman ? L'enfant: Blanc. Blanc. Blanc. Blanc. Blanc. Le promeneur: "qu'est ce qu'elle boit la vâche ?". L'enfant: "Du lait".

9. Un cadre de la communauté de communes du Pays de Gex, parlant à un volontaire international: "s'il n'y avait pas de réserve, il y aurait sans doute des parkings bétonnés, une plus grande station de ski, plus de maisons, davantage de trafic, etc".

10. Le promeneur retraité: "Ah, ces champs me rappellent mon enfance. Dans le passé, il y avait aussi du bétail, et ces zones servaient de transhumance au bétail avant la montée en alpage sur la haute-chaîne. Ce patrimoine historique, il ne faut pas l'oublier."

11. L'écologue: "Il est particulièrement intéressant d'étudier les espèces se développant dans les zones de refus du bétail, à savoir des surfaces du pâturage non broutées et ou les fèces vont davantage être déposées. Ces zones permettent à des espèces végétales de se développer, alors qu'ailleurs elles ne le pourraient pas". 

12. Le bénévole sur un chantier de bénévoles internationaux en 2010: A quoi ça sert de débrousailler ces surfaces de prairies sêches ? Parce que c'est un peu chian au bout d'un moment. L'animateur: "A préserver ces habitats importants pour de nombreuses espèces."

Comme quoi, il existe mille manière de "comprendre" une chose à priori banale comme ce pâturage bovin ! Quand aux volontaires venus de ces quatre coins du Monde, ils ont même pu assister à la traite de vâches laitieres. Naturel, non ? 

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28 déc. 11

France/Bretagne/Finistère - Une journée à Guissény (1)

Partie 1 : des habitats. Guissény. Ce nom vous est inconnu ? C'est assez normal ! Petit commune du Finistère Nord, elle n'est pas la plus touristique de la Bretagne. Et pourtant, qui sait apprécier la nature et la beauté d'un paysage authentique prendra grand plaisir à découvrir les plages et le site Natura 2000 aux multiples biotopes qui composent son territoire. Natura 2000 est un dispositif européen de gestion sites naturels d'importance européenne. A la différence d'une réserve naturelle où l'activité humaine se veut particulièrement restreinte, celle en lien avec un site Natura 2000 n'a pas pour vocation d'être nulle mais simplement d'être particulièrement soucieuse de la préservation des espèces.

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Guissény: un site naturel caractérisée par sa petite surface, sa grande diversité d'espèces et de milieux, et d'une situation de milieu récepteur d'un bassin versant à vocation agricole.

S'y trouvent une tourbière, un étang entourée d'une roseraie, une zone océanique riche, des prairies, un cordon dunaire à la flore particulière...le tout sur quelques km2. 

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Suki (Corée du Sud, 31 ans): "l'autochtone breton possède des techniques hydrauliques tout de même assez primitives: il vide l'eau de son bateau avec un seau et ne connait visiblement pas l'effet siphon"

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17 volontaires internationaux ont ainsi pu découvrir ce site splendide et comprendre quels enjeux se trouvent derrière la préservation de tels milieux tout en permettant une utilisation douce des terrains par l'Homme. L'une des problématiques environnementales les plus célèbres de France est la prolifération des algues vertes sur les côtes de Bretagne. une sujet sensible, où l'activité professionnelle des uns (les éleveurs de porcs notamment) agit sur celle des autres (les pêcheurs notamment), et éventuellement sur l'activité touristique de la région. Tamito, un japonais de 32 ans, a peut être trouvé la solution à ce problème: pourquoi ne pas développer des recettes de sushi ! Plus sérieusement, la prolifération d'algues, les dépôts de nombreuses tonnes de végétaux marins sur les plages, les risques de pollution et de toxicité de celles-ci (certaines espèces génèrent des toxines) sont un sujet sensible car réellement problématique.

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Dépôt d'algues sur la côte de Granit Rose, Côtes d'Armor

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Dépôt d'algues vertes sur une plage du Finistère Nord, août 2010

Le site Natura 2000 de Guissény offre donc une variété de sites naturels, de biotopes, particulièrement sensibles et dont la préservation est importante voire essentielle à l'échelle géographique de l'Europe. Cette zone littorale, comme beaucoup d'autres en France, est en effet potentiellement soumis à des contraintes foncières particulièrement fortes. Cela est bien sur une richesse, mais nécessite aussi des approches de travail et de gestion différentes d'un habitat à un autre. En revanche, la découverte de certaines espèces sensibles et protégées devient particulièrement riche pour le promeneur lambda. 

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Plante carnivore protégé dans un site tourbeux de Guissény

Ce promeneur, ce peut typiquement être l'un des habitants du village, dont certains, fin connaisseurs du site, deviennent des piliers pour le gestionnaire chargé de la mise en oeuvre du document d'objectif du site. Un site naturel, c'est ses habitats, mais aussi ses habitants ! Une petite présentation de certains d'entre eux sera pertinente....dans un prochain article !

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