06 juin 15

Irlande/Guyane - 5 ans plus tard, qu'en est-il ?

5 ans après, et si on faisait un petit bilan ? D'un côté, partir une année en Irlande et une année en Guyane, puis baigner dans une magnifique association proposant des échanges interculturels via divers dispositifs de mobilité et volontariat facilite d'éventuels futurs départs plus conséquents, si le souhait s'en fait sentir, et permet bien évidemment d'entretenir et développer cette ouverture sur le monde et les échanges interculturels. D'un autre côté, la mobilité hexagonale offre déjà des challenges d'intégration parfois relevés, tels que celui de s'installer et s'intégrer, notamment socialement, dans un territoire rural. Cette mobilité spatiale prend diverses formes dans l'historique de ce blog: d'Annemasse à Dublin, pour apprendre une langue et vivre dans une capitale européenne. Pour faire germer les graines de l'ouverture sur le monde, semées dès l'enfance, ne serait-ce que par la configuration internationale du bassin lémanique. De Dublin à Madrid, du fait d'une lègère tendance à l'héliotropisme. D'Annemasse à Cayenne, pour travailler dans un territoire ultra-marin et découvrir un coin d'Amazonie. De Suzini à Baduel, pour prendre le bus m'emmenant au travail, en bord de forêt : souvenirs, quand tu nous tiens ! Et aujourd'hui, il est un fait que ces expériences de mobilité m'offrent une réelle aptitude et un goût au changement. Une installation temporaire à Clermont-Ferrand n'aura fait que confirmer ce plaisir à la découverte de nouveaux territoires. Quelques jours et de suite, un sentiment d'être chez soi. Ce sentiment d'adaptation facile à de nouvelles aires n'est pas quelque chose d'automatique, mais bien un acquis, au moins pour l'hexagone et l'Europe continentale, à entretenir certes, mais fruit des expériences relatées dans ce blog. Alors tant mieux ! Attention, je ne me lance pas des fleurs, il y a de nombreuses personnes qui sont très épanouies dans leur territoire d'enfance, et c'est très bien ainsi. Mais alors que le premier départ à l'étranger, un an par exemple, semble difficile pour beaucoup avant de le départ, de nombreuses personnes en redemandent après l'expérience.

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Un avion passe-t-il au dessus du plan d'eau de Longeville, dans l'Ain ?

Mais continuons à réfléchir sur les règles d'une mobilité hexagonale ou internationale pour éventuellement mieux repartir. Sur ce thème, il existe des écrits, dont un livre d'Aymeric Bouthéon, que je recopie un peu, particulièrement intéressant. L'une des règles est donc celle de l'ouverture d'esprit. Cette ouverture dont parle cette candidate italienne au SVE, Laura, dans l'article précédent. Bien sûr, les graines bien semées par l'éducation reçue, les lectures, le contexte socio-culturel dans lequel une personnes grandit, facilite le développement de cette ouverture sur l'international. Chacun de nous a son passé, ses références, ses habitudes...et lorsqu'on déménage dans un nouveau territoire, que ce soit au sein de l'hexagone, dans un département ultra-marin ou à l'international, chacun d'entre nous a une part de lui-même qui résiste, qui se raccroche à ce qui est connu, à ses références. C'est un phénomène naturel. Une fois connue cette tendance, il est important de savoir la maîtriser, de savoir prendre sur soi pour ne pas se recroqueviller sur ces repères. Un élément qui ressort et est particulièrement important, il me semble, quand on déménage, est le respect du territoire d'accueil et de ses habitants : je pars en Irlande, il y a des choses qui me plaisent, d'autres moins, c'est comme cela. Ce n'est pas forcément moins bien ou mieux, il y a juste quelques nuances dans la vie de tous les jours, mais il est important de les respecter. De toute façon, on parle bien de nuances, rien de plus....ne l'oublions pas : partout dans ce monde, il y a des voix qui résonnent, et ces voix peuvent parfois bien s'entendre, qu'elles soient du Tibet ou de Haute-Savoie ! Petite allusion à une soirée récente passée à discuter avec un Tibetain très chouette, à Annemasse ! A Dublin, il m'est arrivé de ressentir des résistances. A Cayenne aussi. Rien d'anormal, hein. Mais là-bas, cette résistance peut résonner un peu différemment, du fait de l'histoire du département. Alors utiliser le modèle de Benett, pourquoi pas, pour se situer quand on a un ressenti négatif par rapport à un nouveau territoire d'accueil.

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Alors que j'écoutais l'interview d'un coopérant suisse long-terme en Haïti dans le cadre d'un reportage radio sur la politique d'aide au développement de la Confédération Helvétique dans ce pays, celui-ci, dont les parents avaient aussi été expatriés, expliquait : " les enfants qui vivent en Suisse n'ont pas cette conscience là d'être différents. Mes expériences dans l'enfance avec mes parents m'ont permis de dépasser ce "cap du Blanc": car c'est aussi un moule dans lequel on se glisse rapidement, et il faut faire des efforts pour sortir de là. Et mes parents m'ont appris à ne pas rester dans cette vie paisible d'expatriés qui ne cotoient que des expatriés, et d'aller plutôt aussi vers d'autres personnalités, d'autres gens. Avec mes expériences expatriées quand j'étais enfant, j'ai eu une phase de rejets des expatriés et j'ai vu qu'on pouvait passer à travers cela, et malgré tout, créer des liens assez forts. Et je pense que cela, c'est très important." Cet extrait est particulièrement intéressant pour mettre en valeur un autre critère très important que je tire de mes mini-expériences à Dublin et Cayenne, sans oublier quelques années en Suisse : il existe bien entendu des prédispositions à la mobilité internationale et nous n'avons pas toutes les mêmes, nous ne disposons pas tous des mêmes aptitudes à la base : son éducation et son habitude d'avoir vu, enfant, des personnes en situation de mobilité internationale : par exemple grandir avec un frère ou une soeur à l'étranger, les croiser pendant les vacances, permet d'incarner la mobilité internationale, lui donner une représentation. Plus difficilement, on note également le cas de la mobilité intégrée dans la culture : il existe en effet des zones géographiques où les contraintes économiques font, durant des décénnies, que les personnes partent loin pour trouver un travail. N'était-ce pas le cas de l'Irlande, qui devint, lors de la période du tigre celtique, pour la première fois de son histoire un pays d'émigration.

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Quelle que soit son histoire de vie, la mobilité internationale doit se préparer. ne serait-ce qu'administrativement : vaccins, passeports etc...mais elle se prépare aussi et surtout dans la façon de voir le monde, d'appréhender les nuances culturelles qu'on va rencontrer. Et même si au jour d'aujourd'hui, dans les métropoles européennes du moins, il est possible d'affirmer qu'on baigne dans un environnement globalisé et que l'international devient une dimension tellement prégnante que chacun est automatiquement préparé à la mobilité, attention ! Ce n'est pas automatique, et par exemple, un échange erasmus est très différent d'un poste professionnel ! Aussi, ce serait pur orgueil que de penser ne pouvoir s'appuyer que sur ses propres qualités. Et l'humilité est précisément l'une des attitudes vivement conseillées pour réussir la mobilité internationale : humilité devant la culture et le mode de vie qu'on rencontre...Mais bien sûr, dans une expérience à l'étranger, il n'y a pas que des pièges à éviter. Il y a aussi une multitude de choses à savourer. Tout d'abord, en ne restant pas chez soi, mais en prenant son agenda et en calant les sorties, visites, activités permettant de savourer la période...oh, ces samedi et dimanche à Dublin, souvenirs ! Ne serait-ce aussi qu'en allant faire les courses dans les marchés et supermarchés. Le contenu et l'agencement des étalages et des rayons sont un voyage à proprement parler. De la même façon, un simple voyage en véhicule, en transport en commun, peut constituer une découverte...Dublin, janvier 2008, à un arrêt de bus, attendant durant une heure un bus précis pour récupérer un objet perdu: Oh, le bus N°8, ce n'est pas lui. 10 secondes plus tard : tiens, un deuxième bus N°8. Encore 10 secondes plus tard : tiens, un troisième bus N°8. Marrant ! Et puis il y a toutes ces choses typiques que vous ne pourrez faire ou voir qu'ici et qu'il ne faut pas rater : un dimanche matin à Cacao par exemple.

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Ayumi (Japon) jouant au jeu de palets bretons - Laurenan 2014

L'une des pépites de l'expatriation, c'est de tisser des amitiés belles, sincères et uniques avec des personnes d'autres horizons. Oui, en situation d'expatriation, les amitiés se lient plus vite, on partage des moments forts, on partage directement l'essentiel, on ne dispose plus de ses repères donc on s'ouvre plus facilement. C'est de nouveau une aptitude qui se travaille, et je pense alors à Sylvia, une mexicaine rencontrée à Lyon dans une soirée polyglotte, qui après six mois dans la capitale des Gones n'avait pas encore rencontré de Français ! C'est souvent comme ça, les autochtones ne sont pas les plus simples à rencontrer ! Ainsi, quelque soit la situation, il est important de saisir chaque opportunité de contact et d'échange, comme Sylvia à cette soirée. Avec les locaux comme avec d'autres expatriés. Si l'échange culturel n'est pas simple, il suffit de la simplifier, en se rapprochant des personnes qui nous y aideront, et en évitant par exemple l'expatrié étroit d'esprit qui passe son temps à critiquer. Et puis parfois, l'expatriation participe aussi à un changement dans le regard du voyageur sur la vie et sur le monde. Beaucoup reconnaissent qu'ils apprennent une certaine sagesse, qu'ils prennent un certain recul. L'expérience internationale peut aider à relativiser...Bref, ami lecteur qui tombe sur cet article, tu peux le voir : si tu as l'occasion de partir vivre hors de tes cadres, fonce !

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10 avr. 15

Une souris et...Laura, Esra et Elvira : partout dans ce monde...

Partout dans ce monde, il y a des voix qui résonnent. On peut s'en apercevoir lorsqu'on participe à l'étude des motivations de candidats à un volontariat SVE pour être actif quelques mois au sein du service jeunesse d'une communauté de communes auvergnate. Analyser ces candidatures pour en sélectionner une permet de découvrir quelques personnes avec qui sont partagées quelques valeurs. Sélectionner une candidature, certes. Mais pas seulement sur des savoirs-faire et un diplôme. Dans la philosophie du SVE prime aussi et surtout la vision personnelle du volontariat, ses dimensions citoyenne ou interculturelle. Extraits.

Laura - 25 ans - Italienne de Mirano (Vénétie) : as-tu déjà été engagé dans des actions de volontariat/bénévolat ? Oui, j'ai eu des expériences de bénévolat et volontariat assez hétérogènes. D'abord, des courtes expériences dans le domaine humanitaire, dans les kiosques de "Telefono Azzuro", l'association italienne qui s'occupe de lutter contre les différentes formes de violence sur les enfants; l'activité consistait à la sensibilisation du public envers l'association. En milieu culturel, j'ai été bénévole pendant quelques années dans un festival international de littérature, où les étudiants s'occupaient de la gestion du public et de l'accompagnement des écrivains. Mais mon expérience la plus importante a été en août 2012, lorsque j'ai adhéré à un chantier international de deux semaines organisées par Lunaria, mon association. Le chantier s'est déroulé en Allemagne du Nord, et j'ai collaboré avec une dizaine d'autres jeunes provenant du monde entier pour la restauration d'un navire ancré au port de Stralsund. Décris tes motivations et attentes pour ce volontariat ? L'idée de participer à un SVE aiguillonne mon imagination depuis très longtemps. J'avais envie de me trouver dans un contexte international, d'apprendre ce que voulait dire entrer en contact avec des personnes très différentes de celles qui peuplaient mon village, mon université, mes espaces. La même idée m'a poussée à partir à l'étranger lorsque j'en ai eu l'occasion. J'avais la même idée que j'ai aujourd'hui, qui est devenue de plus en plus claire pour moi : nous avons la chance d'être des jeunes dans un monde en mouvement et non seulement nous pouvonr en profiter, mais il s'agit aussi d'une sorte de responsabilité. "L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture de crâne", j'ai lu sur un mur à Lille. Il est fondamental de changer de point de vue, de renoncer aux points de référence, même pour un instant, pour comprendre l'autre. Et je crois que ça devrait être l'objectif le plus important dans notre monde kaléidoscopique. Ce projet au sein du service jeunesse de la communauté de communes me semble une idée parfaite pour développer cette idée. C'est un point de départ idéal pour diffuser et faire circuler les principes de l'interculturalité, et en particulier pour crééer une éducation à la citoyenneté du monde. Je crois que je pourrais apporter mon expertise dans des situations communicatives et relationnelles très variées, pour stimuler la rencontre libre et ouverte.

Fracture du crane 

Esra - 22 ans - Turque de Besni (Anatolie du Sud-Est). As-tu déjà été engagé dans des actions de volontariat/bénévolat ? Ma première expérience bénévole date de 2013 avec l'associatioon YASOM, qui signifie "association d'éducation informelle", ou, littéralement, "apprendre par le centre de la vie". C'est une organisation de jeunesse qui a été fondée par des étudiants. Ce que nous essayons de faire est d'augmenter la conscience de l'apprentissage par la vie. C'est une plateforme ouverte où les jeunes peuvent créer, apprendre, partager et enseigner sur les besoins des jeunes et leurs intérêts. Nous croyons aux effets de l'éducation informelle, donc nous supportons des workshops et activités avec les outils de l'éducation informelle. Nous avons des clubs pour parler les langues étrangères, des projets de responsabilité sociale etc. As-tu déjà participé à un projet international/européen de jeunes ? Oui, en 2013, j'ai participé à un séminaire européen du CCIVS: "inclusion sociale et participation active des jeunes." Durant 10 jours, nous avons discuté de la citoyenneté active, des opportunités pour les jeunes, de l'inclusion et l'exclusion sociale". Décris tes motivations et attentes pour ce volontariat ? Culture, structure sociale, politique, géographie : chacun compose ses besoins sociaux de différentes manières dans la société. J'ai toujours pensé que la manière la plus efficace d'apprendre est l'apprentissage par l'action et l'observation. Ainsi, des places multiculturelles sont parfaites pour l'apprentissage interculturel, qui lui-même permet d'intensifier la tolérance entre les personnes.

Elvira - 23 ans - Russe de Kemerovo (Sibérie). Décris tes motivations et attentes pour ce volontariat ? Je pense être une personne très ouverte, curieuse à propos de tout. J'ai eu l'habitude de travailler dans un contexte multiculturel et j'ai vraiment apprécié. Je crois en ma capacité de contribuer aux activités concernant des thèmes tels que la mobilité internationale, l'interculturalité. Je suis aussi très excitée à l'idée d'être animatrice de chantier international. En effet, tous mes anciens chantiers internationaux ont été de très belles expériences, en partie grâce aux animateurs. Aussi je voudrais faire du volontariat la même expérience pour d'autres personnes, afin aussi de promouvoir une idée de citoyenneté active auprès des jeunes de la communauté de communes.

No facism.

26 janv. 15

Une souris et...Giselle : une Ts'Italienne à Lyon

Eté 1994. Chez mes grands-parents, je supporte l'étonnante équipe de Suède et son attaquant Kenett Andersson atteignant les demi-finales de la coupe du Monde de football, remportée finalement par l'équipe du Brésil. C'était aux Etats-Unis, sous un soleil caniculaire, et cette coupe du Monde constitue la première que je suivais un peu. C'était il y a 20 ans, et étrangement, aujourd'hui, le souvenir le plus clair qu'il me reste de cette année est le suivi de ce Mondial...mais d'autres souvenirs rejaillissent doucement, plus flous certainement, mais réels. Il faut dire qu'à cette époque-là, on apprenait notamment l'histoire du 20ième siècle en faisant les pitres dans les classes de 4ième et 3ième d'histoire-géographie...des bons souvenirs, mais je me rappelle encore des propos de mon professeur de l'époque, Mr Whurlin : "ayez conscience qu'à deux heures d'avion de Genève, certains pays sont en guerre". A deux heures, ou un peu plus loin. Au Rwanda par exemple. Autre pays, autre actualité. Celle d'un génocide...quelques images des infos, mais sinon ? Pas grand-chose. Il faut dire qu'à 14 ans, on est à peine adolescent. Peut-être une forme de déni ? Une réalité difficile à intégrer alors que la sienne, dans le bassin annemassien, est globalement douce. Je ne sais pas. 20 Septembre 1995. Dans un camp du Zaïre naît une Rwandaise de parents réfugiés de la guerre : Giselle.

CONCORDIA 2015

Septembre 2014. Giselle a 19 ans. Elle a passé son baccalauréat dans la ville de Padoue, en Italie, et décide de partir faire un service volonaire européen (SVE) au sein des locaux de l'association Concordia. Son objectif: affiner sa conscience européenne, améliorer son français, voyager. En Italie, ses parents travaillent dans le champ de l'action sociale, et dans son petit village, ils représentent une famille de Blacks au milieu des Blancs. En cette soirée de janvier 2015, nous évoquons la période du génocide Rwandais. Ses parents qui sont partis dans les camps de réfugiés au Zaïre, aujoud'hui République démocratique du Congo. Elle qui est arrivée en Italie à l'âge de 5 mois. Et qui aujourd'hui, réalise un volontariat européen. Une belle expérience avant le monde étudiant. Quant au génocide, elle dit ne pas s'y identifier, elle qui ne l'a pas vécu. Mais toutefois, Giselle, Tutsi ou Hutu ? Généalogiquement, un peu des deux. Mais aujourd'hui : "Italienne, évidemment" !

31 déc. 14

France/Rhône-Alpes/Ain - Une journée à Ambérieu-en-Bugey

Il est pafois sympathique de réfléchir aux stéréotypes qu'on peut avoir sur un territoire, à toute échelle : de la ville au pays, en passant par la région ; des espaces ruraux au centre-ville des métropoles, en passant par les banlieues ; Dépasser ces représentations est souvent possible lorsqu'on a l'occasion d'aller vivre dans ces lieux. C'est depuis longtemps que je me posais la question de mes capacités de socialisation et d'intégration en milieu rural; Ayant eu la possibilité de m'installer à Ambérieu-en-Bugey dans le cadre d'un emploi, ce questionnement allait pouvoir être mûri ! En effet, Ambérieu est une petite ville d'environ 18 000 habitants située au sein d'un territoire rural : comment s'y adapter ? Revenons à nos outils utilisés à Dublin et Cayenne : école de langues, couchsurfing, colocations. A Ambérieu : niet ! Plusieurs raisons : une dynamique couchsurfing vierge, idem pour l'offre de colocation, ou presque. L'âge joue aussi un rôle : la trentaine entamée, pas forcément les mêmes envies qu'à 20 ans, âge de la majorité des personnes rencontrées dans les quelques pubs où se retrouvent les jeunes ambarrois n'étant pas partis dans les villes universitaires. Bref, rien d'extraordinaire, finalement. Mais cette simple constatation oblige à d'autres approches pour tenter de se créer une vie sociale en dehors des rencontres faîtes via le travail.

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Un lieu stratégique du socializing ambarrois : le jacuzzi de l'espace Laure Manaudou ! Oui, à défaut de se faire des potes à l'aide des moyens traditionnels, essayons le sport. La piscine en tant que telle, cela ne marche pas. Mais l'espace Manaudou offre aussi un espace détente, composé notamment d'un jacuzzi : que de rencontres dans ses bulles ; des gitans dans un jacuzzi : "pourquoi roulez-vous avec de vieilles mercedes"? Pas de réponse, tanpis ; des rugbymen dans un jacuzzi : "non, non, je ne suis pas l'un des vôtres". De nombreuses autres rencontres, mais pas vraiment de lien crée finalement. Force est de constater que l'intégration dans une petite ville rurale de France métropolitaine, quand on est seul, en début de trentaine, est bien plus difficile qu'à Dublin ou Cayenne. Et encore, j'avais la voiture...de quoi découvrir les petits chemins perdus et prendre quelques photos des beaux couchers de soleils locaux.

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Ah, la voiture ! En milieu rural et périurbain, la dispersion de l'habitat, la concentration des services dans les bourgs-centre et par conséquent l'allongement des distances parcourues tendent à créer une forte dépendance à l'égard du véhicule personnel. Les ménages ne disposant pas de moyens de locomotions propres, par choix ou par nécéssité (absence de permis de conduire, incapacité à conduire, contrainte financière etc) sont dépendants des transports publics ou des systèmes de solidarité. Or, dans les zones peu denses, les transports publics réguliers ne proposent pas toujours un maillage assez fin ou une fréquence suffisante pour permettre à l'ensemble de la population demandeuse d''accéder aux services selon les modalités que l'on peut trouver en milieu urbain (arrêt de bus trop éloigné, horaire inadapté à certaines démarches). L'absence de véhicule personnel, qui touche principalement les jeunes, les personnes âgées en perte d'autonomie et certaines personnes en parcours d'insertion professionnelle, contribue à créér localement des situations d'isolement, voire d'exclusion. Concernant les jeunes habitants des milieux ruraux, si le transport scolaire est bien pris en compte, les besoins de déplacements pour accéder aux loisirs sont réels. L'accès aux activités extrascolaires relève du transport privé. Le transport est principalement assuré par les parents. En cas d'impossibilité ou d'absence de système de solidarité, la pratique de telles activités peut être exclue. C'est pourquoi la liaison vers les pôles de loisirs et d'activités culturelles et vers les équipements sportifs est fortement demandée de la part des jeunes. C'est pour pallier à ces difficultés de transport que la commune de Grenay, dans le Nord-Isère, avait travaillé avec l'association dans laquelle je baigne sur mon temps libre, Concordia, en 2011, pour réaliser un chantier international atypique: l'aménagement intérieur et extérieur d'un bus, en partenariat avec le Point Enfance Jeunesse de la communauté de communes, pour aller à la rencontre des jeunes sur leur territoire et leur proposer activités et autres projets. Au programme : atelier graf, pose du parquet, création de mobilier.

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Chantier international "Point Jeunesse mobile", Grenay 2011

Mais revenons à nos réfléxions ambarroises...deux ans en Bugey...et pas un seul ami. Voilà une réalité de l'intégration dans une petite ville de province: trop peu de personnes en recherche de nouvelles amitiés, et une quasi-impossibilité de rentrer en contact avec elles; pas assez d'outils permettant de créer le lien social avec des personnes en besoin. Beaucoup de trentenaires, certes, mais avec une vie de famille construite et n'étant pas dans un besoin de sociabilisation. C'est un fait, le Bugey, que j'évoque ponctuellement dans ce blog, est une belle région...une région assez authentique, car préservée du tourisme de masse, à la différence du Beaujolais par exemple. Mais c'est un autre fait, venir s'installer dans un territoire à dominante rurale nécessite de réfléchir à ses attentes. Pour faire le lien avec les autres espaces géographiques que j'évoque dans ce blog, est-il rééllement pertinent de partir vivre et travailler dans les villages intérieurs de Guyane, tels que Grand-Santi sur le Maroni, ou Camopi sur l'Oyapock, quand on vient de France métropolitaine et qu'on baigne dans une culture plutôt urbaine ? Bien sûr, loin de moi toute généralisation, mais de ma petite expérience de l'époque, enrichie d' échanges avec de nouveaux habitants et professionnels des fleuves, il me semble que la question doit être mûrement réfléchie par les recruteurs et recrutés; "On n'envoie pas n'importe-qui à Trois-Sauts", commune amérindienne la plus reculée de Guyane, ai-je entendu lors d'une réunion. La Guyane est traditionnellement une terre d'accueil, et les gens y sont majoritairement accueillants; mais si je devais extrapoler mon expérience ambarroise à mes expériences irlandaise et guyanaise, j'en concluerais : "wow, qu'est-ce-qu'on est bien dans une bonne ville !"

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Le Bugey, c'est bien, Lyon, c'est mieux !

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18 déc. 14

France/Rhône-Alpes/Ain - Une journée à Cerdon

Dispositif de mobilité internationale. Voilà un terme qui m'était inconnu lors de mon départ en Irlande, en 2007, relaté dans les pages historiques de ce blog. Il faut dire qu'en 7 ans, il s'en passe des choses. Alors que l'Irlande fonctionnait dans une économie en plein emploi, la crise financière est passée par là, et le pays est revenu à une croissance dans "la normale". Et puis quand on sort tout juste des études, il n'est pas forcément évident de connaître les dispositifs qui existent à côté du célèbre Erasmus...enfin, partir dans un pays anglosaxon pour affiner sa connaissance de la langue de Shakespeare et s'ouvrir à une nouvelle culture passe par un emploi, qui même s'il n'est pas toujours très utile à moyen terme, permet au moins de pratiquer un peu le pays et ses gens. Mais voilà. Comment partir en Lituanie, pendant quelques mois, sans avoir à apprendre cette langue à priori peu utile en dehors du pays !? L'Union Européenne offre cette possibilité via un dispositif, le Service Volontaire Européen. Et c'est via ce dispositif qu'Evgeniya, Bielorusse originaire de Pinsk et vivant à Minsk, se retrouve pour 6 mois à Lyon. Pourquoi faire un SVE ? Une question, plusieurs réponses : "j'ai décidé d'utiliser ce dispositif de mobilité internationale car je ressentais le besoin de partir du Belarus, et en quelque sorte de davantage me trouver" Et c'est donc pour 6 mois qu'Evgeniya rejoint Concordia Rhône-Alpes pour apporter une pierre à la vie de la structure, en compagnie de Giselle, d'Italie. Quelques mois après son arrivée, elle confie avoir affiner les objectifs de son expérience expatriée en France : apprendre sur le montage de projets Erasmus+; apprendre sur la culture française, et la vie de tous les jours. Et pour apprendre sur la vie des habitants d'un territoire au jour le jour, un des outils les plus puissants n'est-il pas l'échange avec eux ? Dans un centre-ville mondialisé comme celui de Lyon, ou dans un village reculé de ce que le géographe Christophe Guilluy appelle la France périphérique, ou du moins d'une France plus rurale et moins mondiale ? Oui, mais pour pouvoir échanger, il faut aller les voir. Et pour pouvoir aller les voir, il faut une voiture ! Et pour avoir une voiture, on fait quoi ? On demande à la pop loc ! Ben oui, bien sûr ! C'est donc en cette belle journée du 8 novembre 2014 qu'Evgeniya et Giselle profitent de leur première expérience d'expatriée en France pour s'en aller visiter quelques jolies places du Bugey : Pérouges pour commencer.

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Giselle, elle, a 19 ans. Son désir : exploiter ce dispositif de mobilité pour partir dans un pays de langue inconnue. Pas en France, dont la langue lui est connue, mais plutôt un pays du Nord : Danemark, Norvège, Suède. Malheureusement, les différentes organisations d'accueil dans ces pays ne fournissent aucune réponse positive, et c'est à Lyon qu'elle se retrouve. Et finalement, elle en est très heureuse ! Même si son français est déjà excellent, elle utilise cette possibilité de mobilité pour se déplacer en divers points du pays, affiner sa conscience de la diversité géographique et humaine de la France métropolitaine. Par exemple, en allant visiter le joli village de Cerdon.

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Puis vient la fin de journée...qui nous laisse le temps d'aller observer le coucher de soleil depuis le mont Balvay, sur la commune de Leyssard. Une belle journée, qui est rendu possible grâce à l'existence de ces programmes de volontariat européen...et des systèmes de "solidarité" locale, via le véhicule individuel notamment. De quoi continuer à intégrer le concept de la vertu de la mobilité entre quartiers, entre régions, ou entre milieux urbains et ruraux...permettant l'échange interculturel, le choc culturel, tant pour les citoyens étrangers que français.

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06 déc. 14

Grèce/Macédoine centrale - Une journée à Thessalonique

En ce beau mois de septembre 2014, je me retrouve pour un week-end de travail à Théssalonique, Grèce, dans le cadre d'un engagement bénévole que j'ai pris au sein du groupe de travail "environnement" de l'Alliance des organisations européennes du service volontaire, réseau permettant d'organiser les échanges internationaux comme celui de Laurenan.

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En effet, chaque année est financé un week-end permettant aux différents membres des groupes de travail de se retrouver et travailler physiquement ensemble, alors que le reste de l'année les échanges se font seulement par conférence skype et mails. Cette année, c'est l'association Citizens In Action, qui propose à ses adhérents les dispositifs types du programme européen Erasmus+ (Service Volontaire Européen, échanges de jeunes, formations) et l'accès aux chantiers internationaux en Grèce ou à l'étranger, qui organise le week-end de travail. Théssalonique (520 km au Nord d'Athènes) est la deuxième plus grande ville de Grèce, construite le long du front de mer. La ville est composée de personnes de cultures variées, mais malgré son histoire multiculturelle, les dernières décénnies sont caractérisées par son profil xénophobe et conservateur. Toutefois, ce profil s'adoucirait depuis 5 ans. Depuis le début de la crise économique en 2008, la ville a montré une grande augmentation d'initiatives citoyennes, dont certaines nous sont présentées dans le cadre de visites de terrain organisées en matinées. C'est ainsi qu'une matinée est consacrée à la visite du premier jardin communal auto-géré de Macédoine centrale. Ce jardin a été créé par le groupe PERKA. Celui-ci a été formé au début de l'année 2011 par des habitants de Théssalonique dont le but était la culture communale, saisonnière, des légumes, fruits, fleurs et herbes, dans les champs dans ou à proximité de Théssalonique. Avec le soutien du Club Cultural local, le groupe a commencé à cultiver une petite partie de l'étendue des 68.9 hectares de l'ancien camp militaire Karatasou. La culture n'est pas destiné au profit, mais couvre une partie des besoins des membres de PERKA et est basée sur les principes de l'agriculture biologique ou biodynamique.

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 Plantations dans le 1er jardin communal auto-géré de Macédoine centrale

Bien sûr, chacun d'entre nous a une sensibilité plus ou moins forte à ce genre d'actions citoyennes, et plus généralement aux démarches d'actions sociales au sein d'un territoire ou d'un pays, fonction de son background socio-culturel et de ses valeurs. Mais la réappropriation d'un espace public en voie d'abandon par des groupes d'habitants est un acte particulièrement intéressant à souligner. La deuxième matinée, nous visitons notamment une société de design graphique, qui est construite selon le modèle économique de la société coopérative, un des quatre modèles de ce qu'on appelle en France l'économie sociale et solidaire (avec les associations, mutuelles et fondations), secteur économique important et bien plus vaste que celui de l'action sociale au sens strict du terme.

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 Société de design graphique organisée selon le modèle de coopérative

Et puis après les après-midi de travail, il est alors possible de découvrir la magnifique vieille ville de Théssalonique. De quoi s'imprégner un peu de cette atmosphère méditérannéenne agréable et qui donne envie d'en savoir plus sur cette ville et ses habitants.

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20 nov. 14

France/Bretagne/Côtes d'Armor - Une journée à Laurenan

Un samedi matin à Laurenan, Eva, Vénitienne de 18 ans, prend Monica, Barcelonaise de 20 ans, dans ses bras, pour un au-revoir chaleureux. Deux semaines plus tôt. En ce vendredi 15 août 2014, la petite commune de Merdrignac est d'un calme étonnant. Dans un des rares bus circulant en ce jour ferié, 9 Terriens. Le bus stoppe, ils descendent et retrouvent 2 compères, formant ainsi un groupe aussi puissant que temporaire : un groupe de volontaires participant à un chantier international. Pour les accueillir, les 2 animateurs du groupe, Madame le Maire de Laurenan, Valérie, et Bernard, 1er adjoint : "Good evening everybody. Here we are, here you are" ! la phrase est lancée...le chantier suit.

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"Terriens 2014" découvrant le résultat du travail volontaire du groupe de 2013

Premier repas très calme. un bon café, quelques échanges et la nuit s'installe doucement...il fait froid, le ciel est étoilé et les pieds...gelés. Samedi, jeux de présentation, échanges, rires...la dynamique du groupe est lancée. L'après-midi, balade dans le village et découverte des résultats des précédents chantiers réalisés par d'autres volontaires, d'ici où là : le mur de l'école ; le lavoir ; le four à pain. Le dimanche, rallye-patate au sein du village, pour permettre les premiers échanges entre habitants et volontaires. Ici est le premier objectif de ce chantier: faire découvrir le travail volontaire aux habitants, leur permettre d'échanger avec des personnes de différents pays. D'une patate, échange après échange, se forge la suite: rencontres, implication des habitants, venue à la porte ouverte du lundi soir. Une porte ouverte où chaque volontaire se présente, dans sa langue d'origine, en anglais, avec traduction en français. S'ensuit une première semaine de travaux pour valoriser le chemin de l'Etrat, une ancienne voie romaine, sur une distance de 300 mètres au sein de la forêt. Davantage d'informations sur le site web du chantier, ici. Première semaine ponctuée par des animations, la découverte de danses bretonnes, la participation aux jeux inter-villages etc.

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 La deuxième semaine, l'aventure continue : dimanche à la plage d'Erquy ; visite d'une ferme laitière ; atelier de fabrication d'un pain biologique ; découverte du centre-ville de Rennes.

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Pour les animateurs, ça fait du bien, un chantier qui roule comme ça. Où tout le monde est globalement content. Faut dire, quand on baigne, sur son temps libre, dans le monde de l'éducation populaire et des mouvements de jeunesse, on se rend compte qu'on peut en proposer, des choses, lorsqu'on anime un chantier de bénévoles internationaux. Pour discuter, par exemple. Un outil, le débat mouvant. L'idée : trouver une affirmation clivante, une phrase simple résumant une position sur un sujet dont on suppose qu'elle divisera le groupe en "pour" et "contre". Puis proposer l'affirmation et enjoindre les participants à choisir leur camp par rapport à une ligne au sol laissant l'espace en 2 parties. Chaque camp a alors alternativement la parole pour exposer un argument ; les personnes convaincues peuvent alors changer de camp, d'où le nom de cet outil d'animation. L'affirmation débattue à Laurenan : "il est plus important de s'investir sur des activités/projets d'où l'on est, plutôt qu'à une autre échelle, typiquement internationale". De quoi débattre, dans cette logique qu'est celle du travail volontaire, avec Ayumi par exemple, 19 ans, qui sortait du Japon pour la première fois pour aller donner un coup de main à cette communauté bretonne.

photo Erquy

Et voilà le départ. Deux semaines, c'est rapide. Mais intense. Et forcément, on est un peu triste de se séparer. Même si on le sait, il sera possible de se recroiser. Un jour. Peut-être. C'est entre nos mains. Espérons-le, du moins. Finalement, mûrissant ma connaissance sur le thème de l'animation, je concluerai ce petit article par une citation issu de l'ouvrage "Equiper et animer la vie sociale" de 1966 : "Animer, c'est susciter ou activer un dynamisme qui est à la fois biologique et spirituel, individuel et social : c'est engendrer un mouvement qui passe par l'interieur des êtres, et donc par l'intérieur de leur liberté. De l'extérieur, on peut contraindre et diriger, mais sans communication par le dedans, on ne peut animer. C'est dire du même coup que l'animateur n'est jamais neutre, car le dedans des hommes n'est jamais atteint lorsqu'on ne veut pas sa préoccuper des valeurs auxquelles ils tiennent profondément."

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15 nov. 14

France/Guyane - l'Oyapock : le pont, extraits choisis

Oiapoque est la ville brésilienne frontalière de la Guyane française et de la commune de Saint-Georges de l'Oyapock. Entre les deux communes s'est vu construire un pont, source de discorde. Ce petit article sans prétention synthétise quelques témoignages de personnes qui sont concernés d'une manière ou d'une autre par ce pont. Par exemple, Mael Cabaret, réalisateur breton dont vous trouverez le portrait en cliquant sur le lien précédent, a réalisé un beau reportage d'environ 1 heure, Oyapock, sur cette frontière fluviale davantage médiatisée depuis quelques années. De ma découverte des lieux, soit dans le cadre professionnel (Saint-Georges), soit dans le cadre personnel (Oiapoque), il n'est qu'une envie qui me dessine : continuer à apprendre sur ce territoire interragissant au jour le jour que compose les deux communes. Apprendre par la lecture, ou par l'écoute, et bien sûr,  dans l'idéal, par l'échange avec les habitants.

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 Pont sur l'Oyapock (photo du web)

Avant d'inaugurer le pont, les autorités veulent d'abord trouver un nouvel accord transfrontalier pour les habitants de la vallée. Car pour beaucoup comme pour Rona, guide touristique, la notion de frontières, sur le fleuve Oyapock, c'est tout neuf. "On avait pas besoin de ce pont. On dit ici qu'ils sont en train de construire un nouveau mur de Berlin". Retour à Saint-Georges de l'Oyapock. De ce côté-ci, on commence aussi à être agacé par ce pont. Comme cet habitant, qui indique qu'il ne peut plus faire de parties ou jeux avec ses amis d'Oiapoque. Lors de l'annonce du projet, ni la population, ni les élus locaux n'ont été consultés. Chacun s'apprête à vivre avec un pont majestueux, mais jamais désiré...toutefois, Fabienne Mathurin, ex-maire de Saint-Georges, propose que s'il y a bien un ouvrage qui symbolise l'intégration de la Guyane en Amérique du Sud, c'est bien ce pont sur l'Oyapock. Pour Gérard Police, docteur en civilisation brésilienne interrogé dans ce reportage vidéo, les 50 millions d'euros dépensés pour la construction de ce pont ne représentent en réalité que très peu d'argent, par rapport aux enjeux économiques, financiers et militaires entre la France et le Brésil. Il y avait besoin d'un symbole de ces partenariats : ce pont.

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Comme on peut le lire dans cet article d'Hervé Théry,  pourquoi un pont aussi grandiose alors que l'on attend un trafic très limité, qui aurait très probablement pu être absorbé sans difficulté, à un coût moindre, en renforçant le service des bacs qui assuraient déjà la traversée. Cela ne s'explique que dans une perspective géopolitique régionale de liaison entre le Brésil et ses voisins du Nord. Ces voisins se sont longtemps méfiés de son expansionnisme, notamment la France qui s'est abstenue de construire la liaison routière de 80 km entre Régina et Saint-Georges. Ce n'est que plusieurs années après le retour de la démocratie au Brésil, après la période de la dictature militaire (1964-1985), que les travaux ont été entrepris en achevés en 2003. Avec leur conclusion, l'axe RN1/RN2 assure désormais la liaison de 450 km entre Saint-George et Saint-Laurent-du-Maroni à la frontière du Suriname. Avec la construction du pont, la route côtière constitue donc désormais un maillon d'une panaméricaine atlantique. Il faut toutefois noter que le Brésil n'avait pas attendu de se doter d'une autre sortie vers les Caraïbes, via l'ouverture de la route Manaus-Caracas...

Ainsi va le Monde, la vie qui avance dans ces deux communes d'Amazonie...alors que plusieurs années après sa construction, de l'eau en a coulée...sous ce fichu pont !

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05 nov. 14

Une souris et...Lery Laura, mi-muse, mi-poète

Lery Laura est une amie. Une "amie du Monde", comme il est facile d'en avoir de nos jours. Je la contacte en été 2013 après être quelque peu tombé par hasard sur son profil linkedin: "Lery Laura es periodista, egresada de la Escuela de Comunicación Social de la Universidad Catolica Santo Domingo. Sus intereses están vinculados a la investigación periodistica, el arte, la comunicación social y las ciencias sociales en general. Trouvant que discuter avec elle pourrait être chouette, nos premiers échanges sont dans un spanglish moderne : "Hi I am seeing you are periodista (in linkedin) and I would really be pleased of speaking with you about life, work, etc...would you be interested ? Kind regards, Emmanuel from France." C'est alors qu'elle me répond : "Hola, sí, soy periodista. Trabajo en una revista dominicana, escribo artículos de economía y sociedad. Mi trayectoria no ha sido extenso, pero algo tengo para compartir. Empiezo contándote que me cuesta mucho escribir en inglés, pero you can translate this with google. Gracias por interesarte."

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Lery Laura, par Manu

Depuis ce jour, nous échangeons régulièrement sur la vie, le travail, la République Dominicaine, La France, les Alpes, les grenouilles, les fleurs...et quelle chance, Lery Laura et moi avons quelques centres d'intérêt en commun : la nature, la photo, l' écriture par exemple. Il est peu habituel d'entendre parler de cette île des Caraïbes dans les médias français, en dehors du tourisme. Alors pourquoi ne pas dépasser un peu les clichés et affiner sa connaissance du pays via cet échange interculturel ?

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Plage de Cabrera, République Dominicaine...et si on dépassait les clichés ?

Mais après cette brève introduction, je dois vous dire quelque chose...Lery Laura est aussi un peu poète. Mais ne le dites pas, hein, c'est un secret ! Et dans nos échanges, elle m'envoie notamment un de ses poèmes, XXX. Extrait choisi :

"...Y hablo de tristeza

No por estar triste - Lo juro.

sino porque es una palabra bellisima :

Tristeza, 

la tristeza,

Tristeza.

Es un cristal creciendo

en estos ojos cerrados

y temerosos de las sombras

y otros ojos que son apenas posibles."

Mais comme le dit José Marmol, poète dominicain né en 1960, au jour d'aujourd'hui, on ne vit pas de la poésie en République Dominicaine. Alors Lery Laura, pour palier à cet idéal, écrit sur la société dominicaine, dans le cadre de son travail...travail qui ponctuellement peut l'emmêner dans l'autre partie de l'île Hispaniola, en Haïti, comme à ce moment là.

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 Excursion professionnelle de Lery Laura en Haïti

Ces échanges interculturels entre une Dominicaine lambda et un Français lambda sont particulièrement variés, et permettent à chacun d'affiner un peu sa conscience internationale. Récemment, une des rares actualités de l'île commentée dans les médias français a été lié à la décision du gouvernement dominicain de dénationaliser une partie de sa population d'origine haïtienne. Historiquement, les relations entre les deux Etats de l'île sont tumultueuses, au niveau des politiques d'Etats en tout cas. En est-il de même au niveau de la population...Humm peut être, mais dans une moindre mesure sans doute. En tout cas, on pouvait lire quelques articles il y a un an dans les médias français. "En 1937, le dictateur dominicain Rafael Trujillo ordonna le massacre de plus de 15 000 migrants haïtiens noirs pour « blanchir la race ». L'année suivante, pour se faire pardonner par la communauté internationale, le tyran sanguinaire ouvrit les portes de son pays aux juifs allemands, blancs, persécutés par Hitler. Soixante-quinze ans plus tard, la décision du plus haut tribunal dominicain de retirer la nationalité dominicaine aux descendants d'Haïtiens provoque à nouveau la préoccupation de la communauté internationale et l'indignation des défenseurs des droits humains. Fin septembre, le Tribunal constitutionnel a jugé, de manière rétroactive, que les descendants des migrants « en transit », nés depuis 1929, ne pouvaient prétendre à la nationalité dominicaine." Concrètement, cette décision retire la nationalité dominicaine pour plus de 250 000 hommes et femmes d'origine étrangère [haïtienne]. Du discours de Grenoble...en République Dominicaine. Lery Laura, mon amie, m'a évoqué cette situation il y a un an. Bien sûr, elle n'est pas spécialiste de cela, mais en tant que citoyenne dominicaine, elle peut se sentir directement concernée par cette décision. Et on peut voir cette photo sur sa page facebook.

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Et puis parfois nous parlons aussi voyages. Lery Laura est notamment allé au Guatemala, et a passé plusieurs jours dans un village indigène du pays. Nous avons échangés sur ce thème, et elle m'a envoyé quelques textes décrivant cette expérience. Extraits choisis : "27 de noviembre de 2009. Estoy en un pueblo indígena y para mí todavía resulta muy impresionante el encuentro con esta cultura. Es gente muy silenciosa y tranquila. Los hombres y las mujeres mayores siempre caminan como quien va meditando. Desde niñaslas mujeres usan el huipil, un corte muy colorido que debe decir mucho sobre sus creencias pero que yo no entiendo muy bien todavía. La mayoría lleva muy largo el pelo, aunque en algunas jóvenes se puede notar una tendencia a abandonar esta costumbre. Las más viejas sí lucen con orgullo el pelo canoso que cae sobre sus espaldas. Se ven hermosas y no sé por qué encuentro que hay tanto sosiego en las arrugas formadas sobre sus rostros. Yo pocas veces miro la vejez como algo natural, como algo justo o con lo que yo estaría conforme, pero aquí con frecuencia le encuentro algo de encanto. Supongo que es igual de triste aquí que allá, y que mi encantamiento se debe a que de todos modos estoy más distante de este pueblo y todavía soy incapaz de verlos como algo más que un patrimonio cultural. No sé si digo lo que quiero decir. Me refiero a que sé la miseria que hay detrás de los rostros arrugados que se suben a la guagua en que voy del trabajo a mi casa, allá en Santo Domingo, o al menos eso creo. Conozco a mi gente y sus penas, pero de aquí casi no conozco nada. Sé que esta gente padece de muchas cosas, pero no soy capaz de ver esos dolores en sus rostros, como hago cuando veo a un dominicano. En fin…Ya dije que son gente muy reservada, pero un saludo no falta nunca cuando una se cruza con ellos por la calle o algún camino. Se limitan a decir buenos días o buenas tardes, pero lo dicen con una voz muy alegre, sobre todo las mujeres y niñas."

Enfin, nos discussions ne sont pas non plus trop politiques, et il est parfois tout aussi sympathique de comparer les formes et couleurs naturelles !

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Dans un jardin de Saint Domingue...(photos de Lery Laura)

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23 oct. 14

Suriname - Paramaribo, mobilités multiculturelles

Paramaribo. Une ville particulièrement méconnue en France métropolitaine, mais dont l'atmosphère m'aura quelque peu interpellée lors des trois petites journées passées en son centre en 2009. Il faut dire que le Suriname n'est pas une destination très touristique. Mais continuant à lire sur cette belle région du Monde qu'est le plateau des Guyanes, je dois dire que capitaliser sur cette micro-expérience touristique de mai 2009 est un petit bonheur que la toile permet d'alimenter. Par exemple par la lecture du site d'information anglophone sur le Suriname, Devsur : our story, by us. Et puis en plus des médias traditionnels, sites d'information ou livres, se cachent des publications et études plus techniques mais pas moins inintéressantes. Notamment, un article consacré à la ville, rédigé par H.J.L.M (Hebe) Verrest, une géographe néerlandaise spécialiste des villes de la région carribéenne. Mixant quelques éléments de son travail à des articles lus ici ou là, cet article présente quelques traits de cette ville atypique d'Amérique du Sud.

La capitale surinamaise, principal pôle économique, social, politique et administratif du pays, ressemble, malgré sa position en Amérique du Sud, davantage à une ville carribéenne qu'une ville sud-américaine. Le Suriname est localisé sur la côte nord du continent sud-américain, et la grande majorité de ses habitants (environ 500 000) sont localisés sur les côtes. De 1667 à 1975 le Suriname était une colonie hollandaise. Durant le 20ième siècle, la production de bauxite remplaça rapidement l'agriculture comme principale ressource économique. Le Suriname intensifia son autonomie à partir de 1954 et devient indépendant en 1975. La croissance et composition de Paramaribo reflète son histoire turbulente. Des habitants d'origine ethnique, sociales, géographiques et éducatives variées peuplent la capitale surinamaise. L'arrivée de groupe variés a ainsi changé la structure ethnique de la population de la capitale. Alors que les personnes créoles formaient 80% de la population surinamaise, cette proportion n'a cessé de diminuée jusqu'au recensement de 2004, comme le met en évidence la figure ci-dessous. Ce métissage croissant des habitants surinamais est un processus en cours, changeant régulièrement le profil de la ville.

Population Suriname

Xie Da, lui, est d'origine chinoise. Son histoire est raconté dans l'avant-dernier numéro d' Une saison en Guyane. "En 2002, à 32 ans, Xie Da a quitté son foyer dans la province chinoise du Fujian pour rejoindre le Suriname. Un ami lui avait parlé de bonnes affaires à saisir dans ce pays néerlandophone. Au début, ce fut très difficile de trouver un emploi, et les postes proposés étaient très mal payés. Xie a débuté dans un supermarché. Xie Da est ensuite intérrogé: "au début, j'ai travaillé très dur, ne gagnant que 80 dollars américains par mois, juste de quoi m'en tirer et payer mes appels téléphoniques en Chine. Rêvant d'une vie meilleure, Xie ne s'en est pas laissé abattre pour autant, il a alors quitté son emploi, et tenu tour à tour trois petits restaurants, ne connaissant le succès qu'avec le dernier. Puis il a lancé son propre supermarché. Persuadé que la vie au Suriname lui sourirait un jour ou l'autre ainsi qu'à sa famille, Xie n'a jamais cessé de prendre des risques. "Partout dans le monde, les migrants chinois ont d'abord recours au commerce de produits chinois bon marché comme moyen de survie, et finissent par accompagner la filière, tout en abandonnant les marché saturés et en évitant d'entrer en concurrence avec d'autres migrants chinois, selon le sinologue Tjon Sie Fat. Au fil des années, les magasins bon marché ont fait place à des établissements, restaurants, hôtels et casinos de grande envergure. "Avec le temps, ces migrants chinois finiront par s'éloigner de l'emplacement de leur première installation, essaimant d'abord autour de la périphérie de Paramaribo, puis vers les régions voisines fragiles sur le plan institutionnel et offrant les meilleures perspectives de marché : de la périphérie surinamaise à la Guyana, et à un degré moindre vers la Guyane française. La migration en chaîne est un modèle d'immigration selon lequel un migrant déjà installé recrute quelqu'un d'autre de sa région natale, habituellement un proche, pour venir travailler dans son entreprise. Sur place le nouveau migrant apprend les ficelles du métier tout en payant sa dette de parrainage, et éventuellement lance sa propre entreprise, recrutant à son tour de nouveaux migrants comme travailleurs. Selon Tjon Sie Fat, l'intrégration a opéré dans les deux sens. Depuis plus d'une décénnie maintenant, un marché chinois fonctionne dans la capitale Paramaribo, les nouveaux migrants ont amené de leurs nombreuses régions une grande variété de légumes, produits alimentaires et autres en-cas. "Prenez le marché chinois du dimanche, qui a été adopté par la population locale, la tolérance conduit à l'intégration, et dans ce cas, l'intégration conduit à la tolérance, créant un cercle vertueux".

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Marché chinois du dimanche, Paramaribo, mai 2009

Louis Autar n'est plus. Vous racontant ses quelques aventures dans un article précédent, je me demandais alors si j'étais capable de rentrer en contact avec lui via la toile...et c'est pourtant dans un vieux numéro de National Geographic de juin 2000 que j' en découvrais un peu plus sur ce feu spécialiste surinamien des tortues marines ! " Ainsi, la mère de Louis Autar a été amené "par contrat" depuis Java quand elle avait 15 ans. Récemment décédé, Louis était un spécialiste reconnu des tortues de mer géantes du Surinam. Il était né dans une plantation au bord de la rivière Commewijne appelée Het Vertrouywen (La confiance). Malgré ce nom prometteur, la vie des paysans n'avait rien de plaisant. Lors d'une visite chez lui, dans les faubourgs de Paramaribo, Louis m'a raconté sa jeunesse. Nous étions installé dehors, sur des chaises en plastique, et sirotions un soda à l'orange. Il parlait tantôt en hollandais, en anglais, tantôt en sranan tongo, une langue créole autant utilisée que le hollandais. " En 1917, après huit ans, ma mère a décidé de rester au Surinam et d'acheter trois lopins de terre. Elle avait réussi à économiser assez sur son salaire journalier d'un peu moins de 3 francs. Bien évidemment, ce n'était pas drôle tous les jours. On n'avait pas d'éléctricité et on ne buvait que l'eau de pluie. Je suis né à la saison sèche ; ma mère était obligé de me laver les dents à l'eau de mer." Louis était bon élève, mais ses parents n'avaient pas les moyens de l'envoyer au lycée. A 14 ans, il part s'installer sur la côte et s'improvise braconnier ; il dérobe les oeufs des tortues luths pour les revendre aux Javanais de Paramaribo, qui en sont très friands. Des années plus tard, il se fait prendre par les Hollandais. le jour même de son arrestation, les autorités lui proposent de travailler au Service des forêts, un des meilleurs, en ce temps-là, d'Amérique du Sud. Ils n'en revenaient pas que je connaisse si bien les tortues de mer, se rappellet-il. Protéger ces oeufs était largement plus lucratif que de les revendre illégalement. le Service m'a donné de l'argent pour construire un vivier. En tout, j'ai remis 16000 de ces tortues à la mer. Après l'indépendance, quand les militaires ont pris le pouvoir, on m'a coupé les fonds. Avec la montée de la mer, mon vivier n'est plus qu'un remblais de boue."

Un élément est également expliqué par Hebe Verrest: Paramaribo se compose de différents quartiers ou mixités sociale et ethnique sont fortes, sans réelles zones de non-droit et autres aires à totalement éviter. Même pour les touristes ?