Une expérience de mobilité régionale, nationale et internationale, que ce soit celles présentées et réfléchies dans ce blog ou celle de quiconque, revêt une dimension d'expérimentation territoriale, pour reprendre une expression utilisée dans une étude récemment survolée. Par territoire, utilisons la définition classique de l'étendue de surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain. Ce qui fait territoire, c'est l'ensemble des interactions entre le groupe humain dans toutes ses composantes, et l'étendue de la surface terrestre concernée, dans toutes ses diversités. Le territoire s'aborde donc de façon globale : spatiale, humaine, économique, sociale, politique.

Une année à vivre et travailler en Irlande ou en Guyane représente une belle forme d'expérimentation territoriale. Passons ce stage de quelques mois à la DCU un peu limité au niveau social, même s'il m'aura permis de travailler au jour le jour avec des habitants irlandais, et prenons plutôt l'exemple de la vie en famille irlandaise (quelques semaines pendant les cours d'anglais, dans cette "autre époque" pourtant déjà relatée dans ce blog), ou, encore plus, de mon emploi dans un grand magasin au centre-ville de Dublin : servir des centaines de clients par jour et voire défiler l'intégralité de la société dublinoise du feu tigre celtique; du papy à l'accent incompréhensible à la bimbo venant se faire bronzer plusieurs fois par semaine. Où alors de Philippe, coloc amateur de bons films à Juliana, Brésilienne rencontrée à Dublin et recroisée à Cayenne.

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Expérimenter Phibsboro et Dublin...à faire, lecteur (jeune) adulte !

Expérimenter un territoire, c'est ce que permet aussi un chantier international, en amenant un jeune adulte, 18-30 ans le plus souvent, à découvrir d'autres environnements en participant de manière volontaire à la réalisation d'un travail d'intérêt général. A Laurenan, Peiye, jeune Chinoise de la vingtaine habitant au Japon depuis l'âge de 11 ans, et souhaitant s'installer en milieu rural, a ainsi pu expérimenter ce joli village en y rencontrant quelques habitants apportant, via leur engagement politique ou associatif, un peu de vie à la commune. Et puis à Laurenan, il y a aussi des jeunes qui pourraient être contents de rencontrer une habitante du Japon. Expérimenter d'autres territoires, même durant un cours laps de temps (quelques semaines à une année), a pour origine et conséquence une certaine motilité, soit une capacité à être mobile. Et cette motilité est un phénomène vertueux : la motilité progressive va crescendo, selon trois piliers : appétences, aptitudes, moyens. Elle repose sur des pré-requis, s'acquiert, se développe, s'apprend et se transmet. Les expériences accumulées au long de la jeunesse participent de cet apprentissage tant elles ouvrent une capacité d'adaptation, installent des repères, consolident les savoir-faire, favorisent l'anticipation devant les contraintes et les situations incertaines ou inconnues qui accompagnent la mobilité. Elles permettent de prendre confiance et d'appréhender la mobilité avec apétence et sans crainte. Elles sont propices à la prise d'initiative...ainsi, de petites expériences en petites expériences, quiconque le souhaite peut se former, développe des savoirs et capacités organisationnels, intègre une compétence sinon une culture de la mobilité. Bien sûr, la mobilité n'est pas une fin en soi, elle reste un moyen. "Je" veux apprendre l'anglais en immersion dans une autre culture, cela nécéssite de m'expatrier un an. "Je" veux partir en Guyane, j'utilise les outils mis à disposition pour y aller. "Je" veux continuer à murir cette culture de la mobilité, parmi d'autres envies, "je" rejoins une association opératrice des dispositifs de mobilité et volontariat pour capitaliser sur ces expériences et en vivre de nouvelles. Bref, tout est "simple" et logique, au final.

Expérimenter un territoire permet aussi de doucettement réfléchir aux quelques représentations initiales qu'on a de celui-ci, puis de les dépasser. Sans oublier que les habitants qui y vivent peuvent aussi avoir des représentations nous concernant. Et c'est bien par l'échange et le respect réciproque qu'on peut facilement faire valser intelligemment ces quelques représentations. N'est-ce pas ce que dit un peu Giyeong-Jin, quand elle affirme que sa rencontre avec quelques jeunes habitants d'Europe lui a permis de se rendre compte qu'à quelques nuances culturelles et identitaires près, on peut s'entendre avec beaucoup d'autres Terriens, au niveau idéologique.

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Expérimenter le village de Mouleydier,

en rencontrant et aidant ses habitants, souhait d'Olivier,

jeune adulte congolais arrivé en France en 2014

Alors, oui, expérimenter d'autres territoires est une expérience que chacun devrait faire, un jour ou l'autre. Pour se rendre compte que même à l'échelle de Rhône-Alpes, beaucoup de choses sont accessibles. Passer d'Annemasse à Lyon, par exemple, permet typiquement de s'engager plus facilement dans une vie associative riche et variée, pour s'éduquer tout au long de la vie et faire de belles rencontres. Mais voilà. Comme pour toute nouvelle chose, il y a quelques freins. Matériels, cognitifs, psychologiques. Dans ce derniers cas, les déplacements seraient alors de plus en plus perçus comme une confrontation à l'inconnu exprimant une difficulté et souvent  une crainte à sa projeter hors de son territoire de référence. Et il y aurait quelques profils types de jeunes par rapport à la mobilité...du jeune mobile au jeune décroché. Mais dans ce domaine là, comme dans beaucoup d'autres, résilience il y a. Alors, ami lecteur, je t'en conjure : n'ai pas peur, ose, et expérimente les mobilités régionales, nationales et internationales !