06 juin 15

Irlande/Guyane - 5 ans plus tard, qu'en est-il ?

5 ans après, et si on faisait un petit bilan ? D'un côté, partir une année en Irlande et une année en Guyane, puis baigner dans une magnifique association proposant des échanges interculturels via divers dispositifs de mobilité et volontariat facilite d'éventuels futurs départs plus conséquents, si le souhait s'en fait sentir, et permet bien évidemment d'entretenir et développer cette ouverture sur le monde et les échanges interculturels. D'un autre côté, la mobilité hexagonale offre déjà des challenges d'intégration parfois relevés, tels que celui de s'installer et s'intégrer, notamment socialement, dans un territoire rural. Cette mobilité spatiale prend diverses formes dans l'historique de ce blog: d'Annemasse à Dublin, pour apprendre une langue et vivre dans une capitale européenne. Pour faire germer les graines de l'ouverture sur le monde, semées dès l'enfance, ne serait-ce que par la configuration internationale du bassin lémanique. De Dublin à Madrid, du fait d'une lègère tendance à l'héliotropisme. D'Annemasse à Cayenne, pour travailler dans un territoire ultra-marin et découvrir un coin d'Amazonie. De Suzini à Baduel, pour prendre le bus m'emmenant au travail, en bord de forêt : souvenirs, quand tu nous tiens ! Et aujourd'hui, il est un fait que ces expériences de mobilité m'offrent une réelle aptitude et un goût au changement. Une installation temporaire à Clermont-Ferrand n'aura fait que confirmer ce plaisir à la découverte de nouveaux territoires. Quelques jours et de suite, un sentiment d'être chez soi. Ce sentiment d'adaptation facile à de nouvelles aires n'est pas quelque chose d'automatique, mais bien un acquis, au moins pour l'hexagone et l'Europe continentale, à entretenir certes, mais fruit des expériences relatées dans ce blog. Alors tant mieux ! Attention, je ne me lance pas des fleurs, il y a de nombreuses personnes qui sont très épanouies dans leur territoire d'enfance, et c'est très bien ainsi. Mais alors que le premier départ à l'étranger, un an par exemple, semble difficile pour beaucoup avant de le départ, de nombreuses personnes en redemandent après l'expérience.

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Un avion passe-t-il au dessus du plan d'eau de Longeville, dans l'Ain ?

Mais continuons à réfléchir sur les règles d'une mobilité hexagonale ou internationale pour éventuellement mieux repartir. Sur ce thème, il existe des écrits, dont un livre d'Aymeric Bouthéon, que je recopie un peu, particulièrement intéressant. L'une des règles est donc celle de l'ouverture d'esprit. Cette ouverture dont parle cette candidate italienne au SVE, Laura, dans l'article précédent. Bien sûr, les graines bien semées par l'éducation reçue, les lectures, le contexte socio-culturel dans lequel une personnes grandit, facilite le développement de cette ouverture sur l'international. Chacun de nous a son passé, ses références, ses habitudes...et lorsqu'on déménage dans un nouveau territoire, que ce soit au sein de l'hexagone, dans un département ultra-marin ou à l'international, chacun d'entre nous a une part de lui-même qui résiste, qui se raccroche à ce qui est connu, à ses références. C'est un phénomène naturel. Une fois connue cette tendance, il est important de savoir la maîtriser, de savoir prendre sur soi pour ne pas se recroqueviller sur ces repères. Un élément qui ressort et est particulièrement important, il me semble, quand on déménage, est le respect du territoire d'accueil et de ses habitants : je pars en Irlande, il y a des choses qui me plaisent, d'autres moins, c'est comme cela. Ce n'est pas forcément moins bien ou mieux, il y a juste quelques nuances dans la vie de tous les jours, mais il est important de les respecter. De toute façon, on parle bien de nuances, rien de plus....ne l'oublions pas : partout dans ce monde, il y a des voix qui résonnent, et ces voix peuvent parfois bien s'entendre, qu'elles soient du Tibet ou de Haute-Savoie ! Petite allusion à une soirée récente passée à discuter avec un Tibetain très chouette, à Annemasse ! A Dublin, il m'est arrivé de ressentir des résistances. A Cayenne aussi. Rien d'anormal, hein. Mais là-bas, cette résistance peut résonner un peu différemment, du fait de l'histoire du département. Alors utiliser le modèle de Benett, pourquoi pas, pour se situer quand on a un ressenti négatif par rapport à un nouveau territoire d'accueil.

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Alors que j'écoutais l'interview d'un coopérant suisse long-terme en Haïti dans le cadre d'un reportage radio sur la politique d'aide au développement de la Confédération Helvétique dans ce pays, celui-ci, dont les parents avaient aussi été expatriés, expliquait : " les enfants qui vivent en Suisse n'ont pas cette conscience là d'être différents. Mes expériences dans l'enfance avec mes parents m'ont permis de dépasser ce "cap du Blanc": car c'est aussi un moule dans lequel on se glisse rapidement, et il faut faire des efforts pour sortir de là. Et mes parents m'ont appris à ne pas rester dans cette vie paisible d'expatriés qui ne cotoient que des expatriés, et d'aller plutôt aussi vers d'autres personnalités, d'autres gens. Avec mes expériences expatriées quand j'étais enfant, j'ai eu une phase de rejets des expatriés et j'ai vu qu'on pouvait passer à travers cela, et malgré tout, créer des liens assez forts. Et je pense que cela, c'est très important." Cet extrait est particulièrement intéressant pour mettre en valeur un autre critère très important que je tire de mes mini-expériences à Dublin et Cayenne, sans oublier quelques années en Suisse : il existe bien entendu des prédispositions à la mobilité internationale et nous n'avons pas toutes les mêmes, nous ne disposons pas tous des mêmes aptitudes à la base : son éducation et son habitude d'avoir vu, enfant, des personnes en situation de mobilité internationale : par exemple grandir avec un frère ou une soeur à l'étranger, les croiser pendant les vacances, permet d'incarner la mobilité internationale, lui donner une représentation. Plus difficilement, on note également le cas de la mobilité intégrée dans la culture : il existe en effet des zones géographiques où les contraintes économiques font, durant des décénnies, que les personnes partent loin pour trouver un travail. N'était-ce pas le cas de l'Irlande, qui devint, lors de la période du tigre celtique, pour la première fois de son histoire un pays d'émigration.

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Quelle que soit son histoire de vie, la mobilité internationale doit se préparer. ne serait-ce qu'administrativement : vaccins, passeports etc...mais elle se prépare aussi et surtout dans la façon de voir le monde, d'appréhender les nuances culturelles qu'on va rencontrer. Et même si au jour d'aujourd'hui, dans les métropoles européennes du moins, il est possible d'affirmer qu'on baigne dans un environnement globalisé et que l'international devient une dimension tellement prégnante que chacun est automatiquement préparé à la mobilité, attention ! Ce n'est pas automatique, et par exemple, un échange erasmus est très différent d'un poste professionnel ! Aussi, ce serait pur orgueil que de penser ne pouvoir s'appuyer que sur ses propres qualités. Et l'humilité est précisément l'une des attitudes vivement conseillées pour réussir la mobilité internationale : humilité devant la culture et le mode de vie qu'on rencontre...Mais bien sûr, dans une expérience à l'étranger, il n'y a pas que des pièges à éviter. Il y a aussi une multitude de choses à savourer. Tout d'abord, en ne restant pas chez soi, mais en prenant son agenda et en calant les sorties, visites, activités permettant de savourer la période...oh, ces samedi et dimanche à Dublin, souvenirs ! Ne serait-ce aussi qu'en allant faire les courses dans les marchés et supermarchés. Le contenu et l'agencement des étalages et des rayons sont un voyage à proprement parler. De la même façon, un simple voyage en véhicule, en transport en commun, peut constituer une découverte...Dublin, janvier 2008, à un arrêt de bus, attendant durant une heure un bus précis pour récupérer un objet perdu: Oh, le bus N°8, ce n'est pas lui. 10 secondes plus tard : tiens, un deuxième bus N°8. Encore 10 secondes plus tard : tiens, un troisième bus N°8. Marrant ! Et puis il y a toutes ces choses typiques que vous ne pourrez faire ou voir qu'ici et qu'il ne faut pas rater : un dimanche matin à Cacao par exemple.

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Ayumi (Japon) jouant au jeu de palets bretons - Laurenan 2014

L'une des pépites de l'expatriation, c'est de tisser des amitiés belles, sincères et uniques avec des personnes d'autres horizons. Oui, en situation d'expatriation, les amitiés se lient plus vite, on partage des moments forts, on partage directement l'essentiel, on ne dispose plus de ses repères donc on s'ouvre plus facilement. C'est de nouveau une aptitude qui se travaille, et je pense alors à Sylvia, une mexicaine rencontrée à Lyon dans une soirée polyglotte, qui après six mois dans la capitale des Gones n'avait pas encore rencontré de Français ! C'est souvent comme ça, les autochtones ne sont pas les plus simples à rencontrer ! Ainsi, quelque soit la situation, il est important de saisir chaque opportunité de contact et d'échange, comme Sylvia à cette soirée. Avec les locaux comme avec d'autres expatriés. Si l'échange culturel n'est pas simple, il suffit de la simplifier, en se rapprochant des personnes qui nous y aideront, et en évitant par exemple l'expatrié étroit d'esprit qui passe son temps à critiquer. Et puis parfois, l'expatriation participe aussi à un changement dans le regard du voyageur sur la vie et sur le monde. Beaucoup reconnaissent qu'ils apprennent une certaine sagesse, qu'ils prennent un certain recul. L'expérience internationale peut aider à relativiser...Bref, ami lecteur qui tombe sur cet article, tu peux le voir : si tu as l'occasion de partir vivre hors de tes cadres, fonce !

Posté par Emmanuel_M à 15:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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