Départ de Vila Brazil le lendemain matin et c'est parti pour 9 heures de pirogue afin d' arriver à Trois Sauts, village le plus reculé de la Guyane. 9 heures: un trajet Camopi-Trois Sauts ou un vol Paris-Cayenne moins cher que le trajet en pirogue. Étonnante comparaison. 9 heures d'aventures, tant dans ma pensée que sur le terrain...oui,9 heures durant lesquelles je m'aventure à imaginer - et espérer - voir un anaconda sur une rive, découvrir et continuer à voir ces oiseaux multicolorés et de genres variés, penser à cette Guyane envoutante, à finaliser mon projet guyanais, à profiter, tout simplement. Au final, 9 heures, un léger mal de fesses, un décor somme toute peu variable mais qui me plait, et une faible quantité d'espèces observées: quelques tortues et une dizaine d'espèces d'oiseaux. 9 heures de joie, malgré la pluie équatoriale qui s'abat sur nous en fin de parcours, malgré notre obligation de tous sauter dans l'eau - à hauteur des cuisses - pour pousser la pirogue au niveau d'un saut. En Guyane, le terrain, c'est ça.

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La Guyane offre plus d'aventures que le dernier Indiana Jones dans le vol Paris-Cayenne!

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Arrivée à la tombée de la nuit, trempé...tout le village vient vers nous...l'arrivée de tant de personnes , dont le maire, est particulièrement rare à Trois Sauts, "loin de tout" et protégé par arrêté préfectoral.   

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L'équipe s'installe dans le carbet du village, je pose le hamac, et après un repas frugal, une nuit réparatrice s'offre à moi.

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Le lendemain, passage à l'action avec notamment une réunion qui restera dans ma mémoire probablement à vie. Une première grosse réunion durant laquelle je représentais mon service, et durant laquelle je dus m'exprimer devant une quarantaine de personnes, dont 20 amérindiens du village qui écoutaient et traduisaient avec attention mes paroles. Pfiou, je ne m'attendais pas à cela ! Et comme me l'a dit un habitant du village, j'étais blanc, puis rouge, puis blanc :). Un moment mémorable...La journée fut consacrée au travail. Certaines discussions furent très intéressantes, et certaines rencontres étonnantes, tant avec les amérindiens qu'avec le personnel enseignant. Voilà un aperçu du lieu de vie. Une famille nous a offert une cassave, à savoir une galette cuite de manioc. L'abattis (culture sur brûlis familiale)  photographié est justement planté de manioc.

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Une petite recherche internet m'apprend que le manioc, cet arbuste vivace, est originaire d'Amérique du Sud et en particulier du plateau des Guyanes. Il est toutefois largement cultivé et récolté comme plante annuelle dans les régions tropicales et subtropicales. On consomme généralement ses racines tubérifiées riches en amidon, mais aussi ses feuilles en Afrique, Asie et dans le nord du Brésil. Le couac, que j'avais découvert sur le Maroni, est une forme de farine - ressemblant plutôt à  une semoule sèche plus ou moins grossière de couleur allant du jaune vif au gris en passant par le blanc - et tient une place culturelle importante ici, en Guyane. Une visite des différents sites du village nous permet ensuite d'arriver au niveau des sauts qui lui donnent son nom. Une petite plage féérique permet à tout le monde de profiter de l'eau, qui plus est non polluée: la région de Trois Sauts n'est pas aurifère. Vous pouvez voir la tenue vestimentaire des amérindiens de Guyane, le kalimbe. L'enseignant au premier plan l'a adopté. 

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La journée s'achève et un petite diagnostic animalier du carbet peut être fait. Mis à part les chauves-souris, qui posent un réel problème d'hygiène dans les habitations (le guano engendre des problèmes de santé), mis à part les nombreux serpents que craignent toute la population - il y a une fréquence d'une morsure tous les trois mois au sein du village - quels sont les animaux observables au sein même du carbet ? Tout d'abord, cette espèce d'araignée qui peut faire mal, mais qui n'est pas à priori pas dangereuse...précision importante, vu le nombre relativement présent dans le carbet.

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Puis une copine des guyanais, la Matoutou, une grosse araignée mais petite mygale assez commune autour des habitations, y compris sur le littoral, et qui est inoffensive...le bout de ses pattes est d'un joli orange. D'un autre point de vue, signalons aussi les nombreuses volailles qui se rencontrent sur tout le village et sont un aliment de base des locaux. Je gouterai un morceau de poulet fumé et boucané sur le chemin du retour: un vrai délice.   

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Et gardons le meilleur pour la fin avec ce beau scorpion à la piqure douloureuse mais non mortelle d'après une discussion que j'ai eue. La rencontre la plus dangereuse de la semaine, surtout pour lui...

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Cette journée étonnante, je la prolonge pendant une bonne partie de la nuit en restant immobile dans mon hamac, guettant les sons et humant les odeurs d'une Amazonie en pleine action, profitant de ce moment fort. Le lendemain, réveil en douceur et retour sur Camopi, avec un peu de pluie. Petit arrêt autour d'un carbet, pour manger et prélever les nombreux piments de quelques arbustes. Ananas , bananes rouges et noix de cajou sont aussi au rendez-vous.

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La descente vers Camopi continue. Arrêt soudain. Un iguane est repéré par le piroguier et maire. Un potentiel repas que seul lui et son compère amérindien descelleront, au milieu des lianes...demi-tour et tentative de le tirer. Échec du tir. De l'autre côté de la rive, dans la canopée, les perroquets, des aras peut-être, crient leur inquiétude au son de l'arme. Impressions amazoniennes. L'iguane se laisse emporter par la gravité et plonge dans l'eau, sain et sauf. Les perroquets, sentinelles improvisées, nous voient partir. Au revoir l'Oyapock.