Parfois, il est utile de conserver de bons magazines. C'est ainsi qu'en ce week-end de Pâques, je suis allé jeté un oeuil à la collection de Géo de mes grands parents. Et c'est ainsi que j'ai trouvé un Géo consacré à l'Irlande, datant de juin 1985. Certains articles, notamment celui sur les îles d'Aran, sont superbes. Voila un article sur le Dublin des années 80, avant le boom économique donc, et de ses écrivains, écrit par Alain Hervé, grand journaliste français. Je le ponctue de nouvelles photos de la ville.

Flâneries. Drôles de drames à Dublin.

D'abord, vous entendrez dans le lointain une chanson: "Dans Dublin la belle ville, où les filles sont si jolies, j'ai rencontré Molly Malone. Elle vendait des poissons comme père et mère. Elle est morte d'une fièvre que nul n'a pu guérir et maintenant son fantôme pousse sa charrette..." Même si vous rencontrez ni Molly ni san fantôme à Dublin, la mélancolie sera toujours au rendez-vous avec la pluie. Ville aux murs noirs, usés par l'histoire, se reflétant dans les eaux noirs de jus de tourbe de la rivière Liffey. Six heures du soir dans Dame Street: des hommes et des femmes se sont abrités sous la marquise d'un ancien théâtre. Portrait de groupe avec manteaux humides, Heinrich Boll nous avait prévenus dans son "journal d'Irlande": "En Irlande, il pleut sur la pauvreté". Dix heures le lendemain matin: les bâtiments de Trinity College brillent au soleil neuf d'un ciel lavé à grande eau. Des centaines d'Américains en chapeau rose et en casquette verte attendent en une interminable file d'avoir accès à la bibliothèque. Venus du fin fond du Minnesota, ces O'Connell et ces O'Flaherty, ces Reagan et ces Kennedy, dont les pères sont partis, il y a longtemps, chercher et trouver fortune de l'autre côté de l'Atlantique, vont bientôt avoir accès, quelques secondes, aux fragiles souvenirs de leurs ancêtres. Les voilà. Le livre de Kells...le livre de Durrow. 

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Danseuses, spectacle Riverdance 
 
Il n'aurait que 103 ans: James Joyce est né en 1882 à Dublin. Ecrivain, Irlandais, Dublinois: triple pléonasme, sur cette île ou la littérature est plus réelle que la vie. Dans un pays arraché par ses écrivains à la stupeur qui suivit la sanglante colonisation anglaise, Joyce dit un jour: "si Dublin était détruite, on pourrait la reconstruire en lisant mon oeuvre, qu'il s'agisse de "gens de Dublin" ou d'"Ulysse". Ne vous laissez jamais raconter que ce sont des livres difficiles. La preuve, on peut visiter Dublin avec l'un ou l'autre à la main.
 
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Swift, lui, était anglais, mais vivait en Irlande, dont il embrassa la cause. Pour le rencontrer, allez à Saint Patrick, la cathédrale sans charme de Dublin, dont il fut le doyen, et où il fut enterré en 1745. Son épitaphe est toujours d'actualité: "Swift a fait voile vers son repos. Là, la sauvage indignation ne peut plus lacérer son coeur. Imitez-le si vous osez, voyageur désabusé. Il s'est battu pour la liberté." Bonne occasion pour relire "les voyages de Gulliver" ou la recette pour cuire les enfants d'Irlande et les empêcher d'être une charge pour leur pays. N'oubliez pas en sortant de la cathédrale de suivre le trottoir sur la gauche, jusqu'à la bibliothèque Marsh, la plus vieille bibliothèque publique d'Europe. La publicité touristique n'a pas tort: l'Irlande est un pays vert et charmant qui se visite avec un imperméable, mais, pour l'apprécier, il faut s'en remettre à l'humour féroce des irlandais. N'essayez pas de séparer l'Irlande des Irlandais. Il ne resterait rien. En vol vers Dublin, vous découvrirez dans la revue de la compagnie nationale ce slogan: "Les Irlandais sont à l'Irlande ce que le champagne est à la France".

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Le temps passe, et Dublin a bien changé en 25 ans…